Publié le 18 Mar 2013 - 09:35

De l’alternance dans les partis politiques et syndicats sénégalais

 

Le problème auquel est confronté le SUTELEC (lors de son dernier congrès) doit susciter moult questions auprès des démocrates de ce pays. Voilà un syndicat qui, après avoir fait les beaux jours de la lutte ouvrière dans notre pays, doit faire face à une ''crise'' interne à la limite honteuse car découlant de l’entêtement d’un homme à rester à la tête de l’organisation qu’il a fini par confondre avec son propre patrimoine. Après avoir fait les beaux jours du SUTELEC des années de braise d’avant l’alternance de 2000, après avoir traité le doyen Madia Diop (Paix à son âme) de tous les noms d’oiseaux parce qu’il refusait d’aller à la retraite syndicale, voilà que le théoricien de ''la ménopause syndicale'' est atteint de cette maladie dont il semble ignorer à coup sûr le remède.

 

Pauvre Ngagne ! Tu es tombé dans tous les travers que tu reprochais il n’y a guère au Doyen Madia : multitude de postes et de salaires (PCA, Membre d’Institution…), maintien en exercice après l’âge normal de retraite,… et j’en passe. Pour reprendre tes termes, tu t’es embourgeoisé, camarade. Peut-être est-ce l’effet du contact que tu as eu avec le Pouvoir ? En réalité, cette situation que vit le SUTELEC est symptomatique de ce qui se passe dans nos organisations politiques et syndicales. Une revue de celles-ci nous permet de constater qu’à quelques exceptions près, elles ont toutes gardé un Secrétaire général inamovible.

 

Si l’on considère les Partis politiques, ils s’identifient tous avec une seule personne qui en est tout à la fois et souvent depuis plusieurs décennies. Soit il n’y a pas de congrès, soit il y en mais sans débat avec reconduction automatique du leader ''bien aimé''. Ceux qui ont l’audace, pour ne pas dire l’outrecuidance de poser le problème de la succession des vieux leaders sont purement et simplement sanctionnés. C’est ce qui a valu à AJ/PADS sa dislocation et non un problème de ligne comme on veut nous le présenter. M. Savané, qui est à la tête de cette formation depuis sa création et qui recule dans les scores à chaque élection ne veut pas céder sa place. Le cas de Malik Noël Seck du PS est également une illustration de cette situation. Voilà quelqu’un qui a été exclu du PS pour avoir osé dire que ce looser de Tanor doit quitter la tête du Parti car ayant montré ses limites.

 

Et c’est cette même logique d’accaparement qui a eu raison d’un JËF JËL prometteur. Dans les autres partis politiques, c’est l’omerta. Qui se souvient de la première élection de Bathily à la tête de la LD ? Dansokho a pris du recul pour laisser la place à un autre dinosaure ; même si l’ancien SG du PIT continue toujours d’être au-devant de la scène, éclipsant notoirement Maguette Thiam dont peu de Sénégalais savent qu’il est depuis peu le SG de ce parti. Le RND, miné par les querelles de succession à la mort du Pr. Cheikh Anta Diop, s’est disloqué en mille morceaux et n’arrive plus à retrouver son lustre d’antan malgré les efforts de réunification des héritiers du Pharaon sénégalais. Je ne parle pas des Partis comme l’URD, l’AFP, le PDS…qui ont été créés et qui appartiennent à leurs leaders ou d’autres encore qui ont été versés dans le patrimoine successoral à la mort des pères fondateurs-propriétaires (FSD/BJ et RP de feus Cheikh Abdoulaye Dièye et Serigne Mamoune Niass).

 

Les organisations syndicales ne nous offrent pas un tableau meilleur en l’espèce. A l’exception notable des syndicats d’enseignants qui procèdent régulièrement à des renouvellements, ils sont tous atteints de la même gangrène. Que dire de la CNTS qui n’a connu que deux (02) Secrétaires généraux depuis sa création il y a plusieurs décennies ? Son démembrement, la CNTS/FC est déjà à bonne école pour avoir connu une scission du fait de ces problèmes de leadership. Mballo Dia Thiam du SUTSAS semble atteint du même syndrome de caporalisation du mouvement syndical ; mais la liste n’est pas exhaustive.

 

Le phénomène s’observe également dans des associations sportives, de défense des consommateurs…, brefs dans toutes les organisations de masses du Sénégal. Mais la palme de l’immobilisme appartient incontestablement à ce défenseur des Droits de l’Homme qui est leader inamovible de son organisation qui a fini par se confondre avec lui. Le fait d’avoir changé le titre de la personne morale n’y change rien (secrétaire général/ président) car on ne peut faire du neuf avec du vieux : je veux nommer M. Alioune Tine de la RADDHO. Hessel aurait certainement trouvé en cette attitude mille et une raisons de s’indigner !

 

 

En attendant que nos sociologues me donnent une explication de ce phénomène, j’en appelle à tous les démocrates pour fustiger et dénoncer de telles attitudes car les organisations politiques, syndicales ou autres ne sont la propriété de personne. Elles ne doivent pas être des instruments de pression ou d’ascension sociale pour leaders en mal de popularité. A tous ces Chefs de partis qui en ont toujours appelé à une alternance au sommet de l’État, je dis Messieurs balayez d’ abord devant vos portes.

 

 

OUMAR BA

NIMZATT KAOLACK

baroubassel@yahoo.fr

 

 

 

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