Publié le 30 Mar 2026 - 21:55
LE SÉNÉGAL DEVANT UN DÉTROIT D’ORMUZ FINANCIER

Explication métaphorique des TRS

 

Le marché financier est au Sénégal ce que le détroit d’Ormuz est aux navires américains ou alliés. Il n’est pas fermé mais sa traversée est dangereuse parce qu'il est miné (dégradation par les agences de notation entrainant une hausse des taux d’intérêt).

La seule voie de contournement (marché régional) peut être plus longue (moins d’investisseurs et moins d’argent) mais plus sûre. Seulement, si on n’a pas assez de carburant pour un trajet plus long que prévu, difficile de refuser les services des passeurs et ce n’est gratuit; c’est comme le péage.

Les passeurs sont : African Finance corporation (AFC), First Abu Dhabi Bank et la Société générale, qui ont permis au Sénégal de mobiliser 721 milliards FCFA via un Total Return Swap (TRS), c’est-à-dire un échange de rendement total.

En plus simple, ils ont donné au Sénégal du cash (qu’il n’a pas !) pour le carburant qui permet de contourner le détroit d’Ormuz (marché international) mais en retour, demandent 30% de la valeur des marchandises contenues dans le navire (décote sur les obligations) sachant que le pays sera content d’encaisser 70% de la valeur pour régler ses problèmes de trésorerie.

En effet, AFC a versé 69 milliards FCFA contre des obligations d’une valeur de 98 milliards FCFA alors que First Abu Dhabi Bank a donné 197 milliards FCFA et a reçu une valeur de 262 milliards FCFA. Pour la Société générale je n’ai pas encore vu les chiffres !

Le taux d’intérêt annoncé est de 7,1%, qu’on peut comparer avec les 6,4% sur la tranche A de 3 ans du dernier appel public à l’épargne (APE) de Février 2026 puisqu’on est toujours sur le marché régional mais aussi avec les 11 a 12% sur le marché des eurobonds puisque les investisseurs font le versement en devises étrangères (ici en euros).

Ce 28 Mars, on apprend que l’agence de notation Standard&Poor's a dégradé la note de crédit en monnaie locale du Sénégal; donc ça commence mal puisqu’en cas de baisse de la valeur des obligations c’est le Sénégal qui doit compenser. Par contre si les obligations prennent de la valeur, c’est au bénéfice des investisseurs.

Le Sénégal traverse une situation financière très difficile, justifiant le recours à 5 appels publics à l’épargne (APE) entre 2025 et 2026 pour lever près de de 1 800 milliards FCFA. Ce TRS n’est certainement pas  ce qu’on peut qualifier de "bonne affaire" mais les options ne sont plus très nombreuses. En attendant de trouver un accord avec le FMI, il serait bien de rassurer les investisseurs sur les avancées concernant les pourparlers.

N'avez-vous pas constaté que Trump dit toujours que les iraniens négocient, juste pour contenir la flambée du prix du pétrole ?

Pr Abou KANE
FASEG/UCAD

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