Publié le 7 Oct 2020 - 20:46
DETTE EXTERIEURE FACE A LA COVID-19

Le FMI prévoit un autre allégement

 

Le Fonds monétaire international (FMI) accordera une aide financière aux pays qui ‘’n’arriveront peut-être pas au sommet’’, dans le cadre de la relance économique post-Covid-19 et allégera la charge de leur dette. L’annonce a été faite hier par la Directrice générale de l’institution, Kristalina Georgieva, lors de la célébration du 125e anniversaire de la London School of Economics.

 

Gérer la dette, surtout dans les pays à faible revenu, reste primordial pour la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) surtout face aux effets de la Covid-19 sur leur économie. Kristalina Georgieva, s’exprimant hier, lors de la célébration du 125e anniversaire de la London School of Economics, a relevé que ces derniers sont entrés dans la crise déjà ‘’lourdement endettés’’ et ce fardeau n’a fait que s’alourdir.

‘’Pour combattre la crise et maintenir les soutiens publics vitaux et pour éviter que les progrès accomplis ces dernières décennies sur le plan du développement ne soient annulés, ils auront besoin d’une aide supplémentaire et vite. Ils doivent avoir accès à davantage de dons, de prêts concessionnels et d’allégement de la dette, alliés à une meilleure gestion de la dette et à une plus grande transparence’’, soutient Mme Georgieva.

Dans certains cas, la patronne du FMI estime qu’une coordination mondiale sera requise pour restructurer la dette souveraine, avec la participation totale des créanciers publics et privés. ‘’Dans tous ces domaines, nos pays membres peuvent compter sur le FMI. Nous les aiderons à gravir la montagne. Nous chercherons à être leur ‘sherpa’. Nous les guiderons au moyen de conseils judicieux. Nous leur offrirons les formations dont certains ont peut-être besoin. Et surtout, nous leur accorderons une aide financière et nous allégerons la charge de la dette de ceux qui, sinon, n’arriveront peut-être pas au sommet’’, renchérit-elle.

Kristalina Georgieva rappelle ainsi que son institution a fourni des financements d’une ‘’ampleur sans précédent’’ et dans des délais records à 81 pays. D’après elle, leurs engagements de prêts dépassent 280 milliards de dollars, dont plus d’un tiers a été approuvé depuis mars. ‘’Et nous sommes prêts à faire davantage : nous disposons encore de ressources considérables, avec une capacité totale de prêt de 1 000 milliards de dollars à mettre au service de nos membres au moment où ils s’engagent dans leur ascension. Encore une fois, cette ascension sera difficile. Il nous faudra trouver de nouveaux sentiers pour gravir la montagne. Nous ne pouvons pas nous contenter de rebâtir la vieille économie, avec sa croissance poussive, sa faible productivité, ses fortes inégalités et l’aggravation de la crise climatique’’, affirme-t-elle.

‘’Aucun pays d’Afrique subsaharienne n’a émis de dette extérieure depuis mars’’

La patronne du FMI a aussi relevé que l’activité économique mondiale a enregistré une chute à nulle autre pareille cette année, au deuxième trimestre, lorsqu’environ 85 % de l’économie mondiale s’est trouvée confinée pendant plusieurs semaines. En juin, le Fonds monétaire international prévoyait une forte contraction du produit intérieur brut (PIB) mondial en 2020. ‘’Aujourd’hui, le tableau est moins catastrophique. Nous estimons maintenant que l’évolution des deuxième et troisième trimestres a été un peu meilleure que prévu, ce qui permet une modeste révision à la hausse de nos prévisions mondiales pour 2020. Et nous prévoyons encore une reprise partielle et contrastée en 2021. Vous verrez nos prévisions actualisées la semaine prochaine’’, fait-elle savoir.

En plus, les pouvoirs publics ont versé environ 12 000 milliards de dollars de soutien budgétaire aux ménages et aux entreprises. Et des mesures sans précédent de politique monétaire ont maintenu le flux du crédit, aidant des millions d’entreprises à rester à flot.

 Cependant, Mme Georgieva note que les pays émergents ainsi que les pays à faible revenu et les pays fragiles restent dans une situation précaire. ‘’Ils ont des systèmes de santé moins performants. Ils sont très exposés aux secteurs les plus touchés tels le tourisme et l’exportation de produits de base. Et ils sont très dépendants des financements extérieurs. L’abondance des liquidités et le bas niveau des taux d’intérêt ont aidé bon nombre de pays émergents à emprunter de nouveau. Mais aucun pays d’Afrique subsaharienne n’a émis de dette extérieure depuis mars’’, informe-t-elle.

La dette publique mondiale attendue à environ 100 % du PIB en 2020

Aujourd’hui, face à la crise qui se propage encore à travers le monde, Kristalina Georgieva signale qu’une ‘’extraordinaire incertitude’’ pèse sur le chemin qui les attend. Et elle pense que des avancées ‘’plus rapides’’ sur le front des mesures sanitaires, comme les vaccins et les traitements, pourraient ‘’accélérer l’ascension.

‘’Premièrement, préserver la santé des populations. Les dépenses de soins, de tests et de traçage des contacts sont impératives. Comme l’est le renforcement de la coopération internationale pour coordonner la fabrication et la distribution des vaccins, surtout dans les pays les plus pauvres. Nous ne pourrons assurer partout une pleine reprise économique que si le virus est vaincu partout’’, suggère Mme Georgieva.

Mais, selon elle, la situation pourrait aussi ‘’s’aggraver’’, surtout en cas de fortes augmentations des flambées épidémiques. ‘’Les risques demeurent élevés, notamment ceux qui découlent de l’augmentation des faillites et des valorisations élevées sur les marchés financiers. Et de nombreux pays sont aujourd’hui plus vulnérables. Leur niveau d’endettement a augmenté à la suite des mesures budgétaires prises face à la crise et des fortes pertes de production et de recettes. Nous estimons que la dette publique mondiale atteindra un niveau record d’environ 100 % du produit intérieur brut (PIB) en 2020’’, prédit la DG du FMI.

À cela s’ajoute maintenant, d’après elle, le risque que les pertes d’emploi, les faillites et les perturbations de l’éducation laissent de profondes cicatrices économiques. Du fait de cette perte de capacité, le FMI prévoit que la production mondiale restera, à moyen terme, très inférieure à leurs projections pré-pandémie. Pour presque tous les pays, il y aura un retour en arrière sur l’amélioration du niveau de vie.

D’ailleurs, face à cela, la DG du FMI souligne le besoin de réformes fondamentales pour bâtir une économie ‘’plus résiliente, plus verte, plus intelligente, plus inclusive, plus dynamique’’. Madame Georgieva trouve aussi que c’est là que devront être orientés les investissements massifs qui seront nécessaires pour une reprise ‘’forte et durable’’. ‘’Une nouvelle étude du FMI montre qu’une augmentation de l’investissement public de seulement 1 % du PIB dans les pays avancés et les pays émergents peut créer jusqu’à 33 millions d’emplois. Nous savons que, dans bon nombre de cas, les projets verts bien pensés peuvent générer plus d’emplois et dégager des rendements plus élevés que les impulsions budgétaires conventionnelles’’, ajoute-t-elle.

Éviter un retrait prématuré des aides publiques

La directrice générale du FMI appelle également les pays développés à ‘’éviter un retrait prématuré’’ des aides publiques. ‘’Là où la pandémie persiste, il est essentiel de maintenir des ballons d’oxygène dans l’ensemble de l’économie, au profit des entreprises et des travailleurs : par exemple, des reports de paiement d’impôts, des garanties de crédit, des transferts monétaires et des subventions salariales. Il est tout aussi important de maintenir la politique monétaire accommodante et les mesures de liquidités pour garantir les flux de crédit, surtout pour les petites et moyennes entreprises, et soutenir ainsi les emplois et la stabilité financière. Si ces ballons d’oxygène disparaissent trop vite, la longue ascension se muera en chute vertigineuse’’, prône-t-elle.

Mener une politique budgétaire flexible et prospective, pour bien mettre en place la reprise, est aussi une urgence, selon la patronne du FMI. Car elle relève que cette crise a provoqué des transformations structurelles profondes. Et Mme Georgieva estime que les pouvoirs publics doivent jouer leur rôle en réaffectant le capital et la main-d’œuvre pour faciliter la transition. Il s’agira de stimuler la création d’emplois, en particulier l’investissement vert, et d’amortir le choc pour les travailleurs : de la reconversion professionnelle et l’acquisition de nouvelles compétences à l’élargissement de la portée et l’allongement de la durée de l’assurance chômage.

La préservation des dépenses sociales est également jugée ‘’essentielle’’ pour une juste transition vers les nouveaux emplois. ‘’Nous savons aussi qu’une transformation numérique accélérée est en cours, qui porte la promesse de gains de productivité et de nouveaux emplois mieux rémunérés. Nous pouvons libérer ce potentiel en dotant les systèmes fiscaux de nouveaux outils et en investissant dans l’éducation et l’infrastructure numérique. Notre objectif doit être que chacun ait accès à Internet et possède les compétences pour réussir dans l’économie du XXIe siècle’’, suggère-t-elle.

MARIAMA DIEME

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