Publié le 28 May 2013 - 00:15

La paix et la sécurité dans l'espace africain

 

On sait que l'Afrique de l'Ouest abrite l'essentiel des musulmans africains noirs. Dès lors, on comprend pourquoi elle fait l'objet d'une attention particulière de la part de l'Occident. Contrairement aux autres musulmans du monde qui ont opposé une longue résistance à la colonisation au nom de leur religion, on a souvent cru que ceux d'Afrique n'étaient assez imprégnés de l'islam pour pouvoir y trouver les fondements spirituel et moral d'une résistance significative et durable. On croyait que la colonisation avait réussi à dé islamiser l'élite africaine et que le pouvoir post colonial incarné par l'Etat issu de la colonisation avait fini grâce aux moyens dont il dispose à arraché les populations africaines à l'influence de l'islam.

 

Cela n'étant pas le cas, tout le monde est fautif. On reproche aux confréries, qu'on croyait avoir apprivoisées, de ne pas être assez molles et de rester encore sensible à l'appel du Coran (puisqu'elles l'enseignent et s'y réfèrent) et aux mouvements anti-confrériques d'être extrémistes parce qu'elles prêchent l'islam scripturaire donc fondamentaliste, djihadiste, extrémiste, takfiriste, salafiste, wahhabiste, etc. (1) et expriment leur compassion avec les Palestiniens et les autres peuples qui subissent une invasion étrangère.

 

En face de cette situation, et , ironie du sort, au moment où l'on célèbre le 50e anniversaire de la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA, ancêtre de l'Union Africaine) dont la principale mission était de réaliser l'indépendance des pays africains, on propose aux dirigeants africains non pas d'intensifier la lutte contre la Pauvreté, de donner la Priorité à l'Education et à la Santé et de renforcer la Démocratie et la Justice sociale, mais plutôt de renforcer la surveillance de leurs populations musulmanes, de considérer leur liberté de conscience, présentée ailleurs comme un droit de l'homme, comme une menace à la paix et à la sécurité et une source potentielle de terrorisme. En clair, on leur demande de s'attaquer à la racine du mal en supprimant l'appareil reproductif de l'islam, son système éducatif qui lui a permis de survivre jusqu'à nos jours, donc de poursuivre un des objectifs de la colonisation.

 

Il est vrai que la stabilité et la sécurité des pays africains sont constamment menacées, mais par qui ? Qui sont derrière les mouvements séparatistes parfois dirigés par des religieux compris et protégés ? Comment expliquer que ces mouvements deviennent parfois assez forts pour pouvoir renverser un pouvoir central en 48 heures ? Comment expliquer que certains de leurs dirigeants trouvent un refuge sûr dans les capitales occidentales ? Qui assure leur financement ? Qui est à l'origine du génocide de 1994 au Rwanda ? Qui est-ce qui finance les rebellions armées en RDC ? Est-il vraiment sérieux de déclencher des incendies dans les différents pays africains et dénoncer ensuite l'incapacité des dirigeants africains à les éteindre ? Les chercheurs et autres enseignants chercheurs devraient tenter de trouver des réponses objectives à ces questions au lieu de nous gaver de conclusions hâtives, donc partielles et partiales.

 

Dr Khadim Mbacké

Chercheur en islamologie, IFAN/UCAD

 

(1) Concepts flous manipulables à dessein. Il me semble qu'on les emploie dans le cadre d'une préparation psychologique de l'opinion internationale à une autre grande opération de reconquête à mener au Moyen-Orient dans les années à venir.

 

 

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