Publié le 4 Mar 2014 - 16:24
PAPA FARA DIALLO, POLITOLOGUE

 «L'Apr est un parti parasite...»

 

Selon Papa Fara Diallo, enseignant à l'Université Gaston Berger de Saint-Louis, l'Alliance pour la République (Apr), minée depuis son installation au pouvoir par des guerres de positionnements émaillées parfois par des actes de violences, gagnerait à aller en congrès pour structurer ses instances jusqu'ici provisoires si elle ne veut pas demeurer éternellement un parti parasite qui ne peut vivre sans ses alliés.

 

Selon vous, de quoi souffre le parti au pouvoir ?

Comme tout parti au pouvoir, l'Alliance pour la République est confronté à des problèmes de querelles de leadership, de fonctionnement surtout au niveau local. Le parti présidentiel est arrivé au pouvoir prématurément après seulement quatre ans d'existence. C'est un parti qui n'est pas structuré et qui est extrêmement centralisé dans son fonctionnement.

Tout tourne autour du président Macky Sall, tout part et tout revient vers lui. Il n'y a pas de relais locaux pouvant jouer un rôle de leadership au niveau local et au niveau des structures de base. (…) C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le président de la République Macky Sall avait émis des réserves sur certaines dispositions de la Charte de gouvernance démocratique issue des Assises nationales. Il avait demandé à ce qu'on lui donne deux ans pour structurer son parti.

 Mais cette structuration tarde toujours à se faire ?

Cette structuration tarde à se faire puisque jusqu'ici il n'y a pas encore un congrès qui permet de structurer et de sceller les bases institutionnelles du parti au niveau local. Et cela crée un désordre au sein du parti. Vous avez vu qu'avec les renouvellements en vue, les responsables locaux, au niveau de la base, se livrent à des batailles extrêmement rudes pour le contrôle des coordinations départementales ou des unions régionales.

À côté de ce manque de structuration, un foisonnement de mouvements et d'organisations gravitent tout autour de ce parti...

L'Apr est dans une logique de dynamisation et de mobilisation. Il veut ratisser large et le président de la République l'a dit clairement. ''Je veux travailler avec toutes les bonnes volontés qui veulent bien cheminer avec moi pour que le Sénégal puisse se développer.'' Donc, il est dans une logique de massification de son parti. Et quand on est dans une logique de massification, on n'exclut aucun soutien et c'est cela qui fait qu'aujourd'hui il y a un trop-plein de mouvements affiliés, des organisations satellites qui gravitent autour de l'Apr.

Cela crée des jaloux au niveau des militants de base de l'Apr, ceux qui étaient sortis du Pds pour aller avec Macky Sall et ceux qui ont cheminé avec lui jusqu'à l'élection de 2012. Ceux-là sont déjà assez jaloux de cette grande coalition qui s'appelle Benno Bokk Yaakaar (BBY). En plus de cela, cette situation crée un certain cafouillage au sein des structures de l'Apr et y entrave la lisibilité.

 Comme parti politique, ça pose problème !

En tant que parti politique, l'Apr n'existe pas encore et a tout intérêt en ce moment à cheminer avec les autres. Mais ce cheminement avec les autres se fait au prix d'une dépendance par rapport à ses alliés et à des organisations satellites. C'est un parti parasite qui ne peut vivre qu'avec les autres. C'est cela le malheur de l'Apr et cela créé une certaine lourdeur dans l'organisation et le fonctionnement, surtout au niveau local.

C'est ce qui explique ce degré de violence qu'on a vu chez les Farba Ngom et autres... On ne peut remédier à cette situation que quand il y a un congrès qui institue officiellement les structures du parti et désigne les responsables. Sinon, si cette situation persiste, cela risque d'être préjudiciable au président de la République.

PAR ASSANE MBAYE

 

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