Publié le 13 Sep 2018 - 18:27
SENEGAL ET MAURITANIE

La plante typha pour pallier le déficit énergétique

 

Valoriser la plante aquatique typha afin de fournir du combustible et des matériaux de construction à des pays comme le Sénégal et la Mauritanie, c’est ce que vise le projet Tyccao. L’initiative a été lancée hier, à Dakar, avec l’appui financier de partenaires européens comme le Fonds social pour l’Environnement mondial (Fem).

 

La plupart des pays d’Afrique subsaharienne sont confrontés à deux enjeux cruciaux. Il s’agit du besoin en énergie pour le développement, et du changement climatique. Le Sénégal et la Mauritanie n’y échappent pas. Au fait, selon les initiateurs du projet Typha Combustible Construction Afrique de l’Ouest (Tyccao), dans ces deux pays, le non-accès à l’énergie touche directement 70% de la population, et 85% en zone rurale. Environ 730 millions de personnes ont recours, pour la cuisine, aux combustibles solides tels que le bois de chauffe et le charbon de bois.

Des substances qui dégagent des fumées ‘’nocives’’ et dont l’exploitation exerce de fortes pressions sur les ressources forestières. ‘’Le projet Tyccao s’appuie sur la valorisation du typha qui est un roseau à croissance rapide dont la prolifération dans le bassin du fleuve Sénégal s’est fortement accélérée, après la construction du barrage anti-sel de Diama. Cette plante aquatique envahissante couvre, aujourd’hui, une surface estimée entre 60 000 et 80 000 ha sur la rive gauche du fleuve Sénégal et 50 000 ha sur celle de droite, avec une progression de 15% par an’’, a relevé le Secrétaire général du ministère sénégalais de l’Environnement, Amadou Lamine Guissé. Il présidait, hier, l’atelier de lancement de cette initiative.

En réalité, selon le représentant du Pr Mame Thierno Dieng, la plante envahit aussi progressivement toutes les zones humides du delta dont le Lac de Guiers, principal réservoir d’eau douce de la capitale sénégalaise. Sur ce, le projet ambitionne donc de transformer cette contrainte en opportunité. ‘’Comme matériaux de construction, le typha va permettre de nous sortir du tout béton, dans laquelle la quête de modernité a plongé le bâtiment africain en coupant malheureusement de sa tradition bioclimatique séculaire.

Ce type de construction est une voie bien indiquée pour promouvoir les matériaux locaux afin de permettre au plus grand nombre de personnes de se loger plus confortablement et à moindre coût’’, a expliqué M. Guissé.  Par ailleurs, il est indiqué à cette occasion que 75% de la consommation d’énergie et d’émissions de gaz à effet de serre en Afrique sont issus d’activités liées au bâtiment. Or, le secteur de la construction est particulièrement dynamique en Afrique de l’Ouest, et la demande est tirée par une démographie soutenue et une forte croissance urbaine. Cependant, les techniques de construction calquées sur celles des pays de climat tempéré apparaissent peu adaptées aux climats tropicaux et sahéliens. Donc, pour les acteurs, une transformation de la conception architecturale, des choix de matériaux et de procédés constructifs apparaissent nécessaires. Ceci dans l’optique de renforcer tant le confort que la résilience du bâtiment au changement climatique.

Un montant total estimé à 17 millions d’euros

Pour sa part, la directrice de l’Action internationale de l’ADEME, Dominique Campana, a souligné que la question, aujourd’hui, c’est de transformer ce biocombustible dans le cadre de filières dédiées. ‘’Il y a déjà eu beaucoup d’expérimentations qui ont été faites avec le typha. Mais, il faut faire en sorte que cela soit généralisé. Que les filières industrielles qui seront à la fois créatrices d’emplois puissent s’exporter au-delà du Sénégal, de la Mauritanie. Ce sont des projets innovants qui nécessitent l’apport des scientifiques, des universités, chercheurs, ainsi que celui des industriels et l’ensemble des sociétés civiles’’, a-t-elle dit.

Sur un budget total de 17 millions d’euros, le projet Tyccao a bénéficié de 1,5 million d’euros du Fonds social pour l’environnement mondial (Fem). Il y a, entre autres partenaires, la Coopération allemande, les acteurs locaux. Articulé autour de 4 volets, les parties prenantes cherchent à affiner leur connaissance du fonctionnement biologique de la plante, à favoriser l’accès à une énergie de substitution à partir d’une biomasse renouvelable. Mais également, à contribuer au développement de bâtiments à faible impact environnemental et à sensibiliser, former et dynamiser les coopérations inter et intra sectorielles et transfrontalières entre les acteurs institutionnels, décideurs publics, industriels, chercheurs et entrepreneurs locaux.

MARIAMA DIEME

 

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