Publié le 5 Feb 2016 - 01:01

Sur les traces des Mbanars de Ndayane.…

 

André Malraux disait de Senghor  ‘’qu’il tient entre ses mains périssables, le destin de tout un peuple’’. Pour un homme de culture, cela doit être compris, non pas seulement sur le plan strictement culturel, mais plutôt sur le plan global du développement intégral de l’homme sénégalais.  

C’est en puisant dans les valeurs véhiculées par le peuple, qu’une nation peut espérer se développer. Senghor soutenait que ‘’la politique doit être au service de la culture’’. Pour ma part, je partage entièrement cette assertion et je reste convaincu que l’émergence d’un pays est intimement associée à la vitalité de ses valeurs culturelles sous toutes ses formes. Ainsi que l’affirment Mésarovic et Pestel dans leur ouvrage célèbre ‘’Stratégie pour demain’’, ‘’tous les problèmes économiques comportent des aspects géographiques, historiques, psychologiques, culturels.’’

A Ndayane, un quartier de la ville de Diourbel, existe un site classé patrimoine historique de notre pays. Ce site, qui abrite les ‘’mbanars’’ de Ndayane, a la fâcheuse particularité de partager l’espace avec tous les détritus du quartier. Les habitants sont les premiers responsables de cet état de fait, sans absoudre pour autant le rôle du Ministère de la culture qui a une responsabilité de conservation et de suivi, à travers tous ses démembrements.

‘’Les « mbanars » constituent un sanctuaire, un site chargé d’histoire, un patrimoine culturel classé. Grâce aux « mbanars », l’on sait que les Sérères ont toujours cru à un être supérieur « Rogue Sène » qui pouvait régenter une autre vie après la mort. L’esprit de cette pratique ancestrale sérère remonterait à l’époque des pharaons d’Egypte connus pour leurs rites funéraires en partie similaires, car ayant les mêmes croyances sur une vie prolongée dans l’au-delà, après la mort. A Diourbel par contre, les ‘’mbanars’’ ont perdu leur éclat pour plusieurs raisons. Notamment l’érosion liée aux vents et aux intempéries a presque dévasté ce qui reste de ces lieux très mal protégés. Aujourd’hui, situés entre l’hôpital Heindrich Lubke et le lycée d’Enseignement Général de Ndayane, ils ne bénéficient d’aucun système de protection et de sauvegarde pour les générations futures.’’. Ce cri de cœur lancé par un compatriote sénégalais Lauris Gomis renseigne à suffisance sur l’urgence qu’il y a à protéger et apporter plus de soins à cet espace.

Sous les tumulus, aujourd’hui enfouis, dorment les vestiges d’un passé qu’il serait bon d’exhumer, de temps à autre, pour les générations futures. Car là, reposent des dignitaires sérères, de grands propriétaires terriens dont le mérite avait été d’ériger en culte, le goût du travail, l’endurance et la solidarité. Autant de valeurs qu’il est utile et même vital de ressasser, encore et encore, pour la jeunesse qui cherche ses repères dans ce monde perturbé. Il s’y ajoute que le site comporte aussi, sur près d’un hectare et demi, une extraordinaire concentration, de beaux et centenaires baobabs, qui force l’admiration et dont l’aménagement et la conservation pourraient en faire un admirable site écologique et touristique.

Le 27 février 2016, comme il le fait tous les ans, M. Assane Faye, sous le parrainage constant de M. Eugène NGOR FAYE Directeur général des phosphates de Matam et accompagné par toute la population, honore ses ancêtres et revisite pour les jeunes le sens de ces retrouvailles. Une noble mission menée cependant avec des moyens nettement insuffisants. Un acte hautement salutaire qui dénote chez M. Assane Faye un grand esprit de partage et de communion autour des valeurs sociales et culturelles de toute une communauté. Revisiter le passé est toujours un acte majeur pour une meilleure construction du futur. Aujourd’hui, faute de suivi et de conservation adéquats, les tumulus ont quasiment disparu mais le site peut s’enorgueillir d’être un vaste et bel espace peuplé d’une multitude de grands et beaux baobabs dont le charme et le mystère méritent admiration et respect.    

Aussi, nous rêvons du jour où avec les populations, le Ministère de la culture, le Ministère du tourisme, les Autorités locales et d’éventuels bailleurs feront de ce site, avec un peu d’imagination et de créativité, un haut lieu de souvenirs en même temps qu’un passage touristique prisé. Nous rêvons de ne point revivre ici le désastre écologique de cet autre merveilleux champ de baobabs – le fameux cimetière des baobabs – de Thiès déracinés par des promoteurs immobiliers pour des raisons bassement pécuniaires et dont l’association ‘’Les Amis du Baobab’’ – LAB - a fait largement écho dans la presse nationale. Nous rêvons, certains soirs assis, sous son aile et tentant de percer son mystère, alors que la lune projette l’ombre gigantesque de cet arbre béni, entendre le léger frémissement des feuilles qui laisse échapper des murmures confus, dont seuls les initiés sont capables de saisir le sens. Nous devons ainsi honorer le baobab. Le faire c’est se révéler à soi-même, car notre cosmogonie est intimement liée à sa survie’’.                                                                   

                                                              Ibrahima  Ndaw

                                                            malima_sn@yahoo.fr    tel : 77 419 71 16 

 

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