Publié le 18 Jan 2013 - 22:01
GAMOU THIÉNABA 2015

Thiénaba, la cité où la charia fait loi

 

Une cité qui applique la charia dans un État laïc. A Thiénaba, cette loi est en vigueur même si elle n’y est pas appliquée dans toute sa vigueur. Et pour cause, les gardiens de cette justice islamique n’ont pas le droit de tuer ni d’amputer ceux qui osent enfreindre la Charia. Aussi cette application reste-t-elle dans les limites permises par les fondamentaux de la laïcité étatique sénégalaise. La charia exige la peine capitale mais, n’ayant pas les pouvoirs d'appliquer la peine capitale, on se limite aux coups de fouet.

 

La cité de Thiénaba a été fondée en 1882, par Ahmadou Amary Ndack Seck (1830-1899), l'un des chefs religieux les plus courtisés durant les 17 dernières années de sa vie (1882 à 1899). Un grand nombre d'hommes de sciences islamiques séjournèrent auprès de lui, soit pour compléter leur savoir, soit pour dispenser leur enseignement. Ce gros village de 5 000 habitants est situé à 85 km de Dakar sur la route de Diourbel, entre Thiès et Khombole. Le khalife général préside aux destinées des fidèles de la confrérie tidiane.

 

C’est le premier khalife, Amary Ndack Seck, qui adopta la charia à Thiénaba : le fouet pour les coupables ou même l’expulsion définitive du village. Exigeant avec ses talibés, il leur imposa une orthodoxie sans complaisance, dans la pratique, ainsi qu’une pureté des mœurs exemplaire. S'acquittant de ses cinq prières à la Mosquée, il leur demandait d'en faire autant. Il réglementa la dot conformément à la charia, simplifia à l'extrême les cérémonies familiales et institua des règles de conduite pour les fidèles des deux sexes et de tout âge.

 

La cité qui fait partie des premiers foyers religieux du Sénégal, se veut le gardien de l’orthodoxie musulmane dans un État laïc. Depuis sa création, la charia continue d’y être appliquée. Jamais une femme enceinte hors mariage n'a accouché dans ce village. Après la disparition d’Amary Ndack Seck, son fils Serigne Mor Talla Seck, à la tête du khalifa, s'efforça toute sa vie de conformer ses moindres paroles et gestes à l’esprit et à la lettre de la charia. Ainsi, après la disparition de ce dernier, les autorités religieuses, pour perpétuer cette volonté de leur guide religieux, ont instauré la charia pour juger ceux qui osent braver les interdits de l'Islam. Le Khalife de Thiénaba, avec à ses côtés l'imam de la grande mosquée, se charge de veiller à l'application de ladite loi.

 

Ni alcool, ni tabac, ni fornication

 

Les populations de Thiénaba Seck font acte d’allégeance chaque année, à l'occasion du Gamou célébrant la naissance du Prophète Mohamed (Psl). Elles jurent devant la mosquée et le Khalife général, de respecter et de faire respecter les principes et les valeurs de l'Islam. C'est pourquoi dans la localité religieuse, la consommation de boisson alcoolisée, de tabac, ainsi que l’adultère et la fornication sont sévèrement réprimées. Selon Ndiouga Mbengue, membre de la commission communication de Thiénaba, pour la dernière interdiction, la cité est plus exigeante.

 

Une femme qui tombe enceinte, sans être dans les liens du mariage, est exclue de la communauté rurale jusqu'à son accouchement. Si elle souhaite revenir dans la localité, informe-t-on, elle doit au préalable subir la flagellation, comme prévue par la charia, en prenant 100 coups de fouets à la place du village, au vu et su de tout le monde. L’imam est chargé d'exécuter la sentence. Après, la punition, la victime fait deux raakas et renouvelle son engagement à respecter la charia, pour ensuite réintégrer les siens. Pour ce qui est de l'adultère, les concernés sont simplement bannis de Thiénaba Seck, puisque la peine de mort prévue pour ce cas n'est pas autorisée au Sénégal.

 

NDEYE FATOU NIANG

 

 

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