RAPPORT D'ORIENTATION DE SON 15E CONGRÈS
Le PS sur de nouveaux axes, mais encore traumatisé par sa défaite de 2000
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A la veille de son congrès et plus de quatorze ans après sa défaite face à Abdoulaye Wade, le Parti socialiste semble encore traumatisé et se convainc que les Sénégalais s'étaient trompés non sur leur choix mais sur la personnalité de celui qui allait diriger le pays pendant douze ans. Aujourd'hui, Ousmane Tanor Dieng et ses camarades dessinent de nouvelles perspectives dans un contexte de participation au pouvoir qui a balayé les libéraux en mars 2012.
C’est aujourd’hui que s’ouvre le 15e congrès ordinaire du Parti socialiste. Un rituel dont l’issue est connue d’avance car le secrétaire général sortant, Ousmane Tanor Dieng, seul candidat en lice après le retrait de son challenger Aïssata Tall Sall, va rempiler. En prélude à ce sacre, la Commission thématique du comité national a produit son ‘’rapport d’orientation’’ dont EnQuête a copie.
Dans ce document, le PS y décline sa vision par rapport au ‘’rôle des partis politiques et des partis de gauche en particulier dans une société en pleine mutation’’. Les socialistes constatent que ‘’le Sénégal est entré dans une phase active de bouleversement social et politique depuis 2000’’ avec l’arrivée du régime libéral au pouvoir. Un «changement», constatent-ils, «fortement marqué par des dérives politico-politiciennes jamais connues jusqu’ici».
A preuve, «les Sénégalais sont désabusés par les détournements de deniers publics accentués par des retournements de position, les incohérences, les tergiversations», mais également «désorientés par la transhumance politique», relève le document d'orientation. Qui rappelle que «la politique», comme «définition des choix collectifs au niveau national», «ne peut donc pas être abandonnée ou désacralisée».
En 2000, «l'erreur sur la marchandise» Wade
Alors qu’il venait d’être renvoyé dans l'opposition après 40 ans aux affaires, le PS estimait qu'«en démocratie, un peuple a le droit en se prononçant de se tromper souverainement sans avoir à rendre compte de ses choix à qui que ce soit». Mais l’important est de savoir «si les choix faits l’ont librement été». Et le sentiment des socialistes était que «le choix fait par les Sénégalais en 2000 marquait la lucidité d’un peuple et sa volonté d’exercer souverainement son pouvoir de changement».
A l’époque, rappelle-t-il, ‘’vainqueurs et vaincus étaient confondus dans le même torrent d’éloges dont les échos résonnaient partout à travers le monde’’. Mais ‘’douze ans après, le régime du Président Wade a largement prouvé que le changement d’hommes était loin de constituer des garanties certaines quant à la manière de diriger et de conduire le destin d’un peuple’’.
Autrement dit, ‘’le peuple sénégalais s’est lourdement trompé dans le choix de la personnalité’’ de Wade dont le régime avait ‘’consacré le règne des médiocres, la promotion des corrompus et des corrupteurs, le massacre des valeurs morales et de l’éthique’’. Ce régime avait «surtout engagé la république dans un profond abîme’’. Et la conséquence directe de cette situation est «la bipolarisation de la vie sociopolitique avec d’une part les partis politiques, et d’autre part les forces dites de la société civile’’.
S’érigeant «en sentinelles de la République», cette société civile a provoqué ‘’un désintérêt croissant au sein de la société à l'égard de sa pratique et de l'attrait plus grand de nouvelles forces’’ qui obligent ‘’les acteurs politiques à tenir leurs engagement mais surtout à gérer les deniers publics de façon transparente et à respecter la démocratie’’.
Face à cette nouvelle donne, les socialistes proposent «cinq nouveaux axes» que sont : «une liaison de ces partis au sociétal» ; «leur rapport aux politiques publiques» ; «mettre en valeur le rôle des experts» ; «étudier les évolutions internes des partis et de leurs dirigeants», et enfin «le rapport des partis au genre».
L’unité de la gauche souhaitée
Le Parti socialiste dit consacrer ‘’la promotion des valeurs de progrès, de solidarité, de justice sociale et d’égalité’’ à son ‘’action’’ parce qu'il est convaincu que ‘’le changement de l’image de la politique doit être au cœur d’une culture de la confiance’’. Toutefois, ‘’deux niveaux’’ sont à ‘’prendre en considération’’, selon le PS : ‘’un niveau qui échappe aux politiques internes, imposé par la globalisation et par les conjonctures internationales (..)» et «un autre niveau (qui) est plus maîtrisable et (qui) concerne le niveau interne où les politiques du Parti socialiste pourraient influer sur les canaux de production, de reproduction ou de renforcement des valeurs». Autant d’éléments qui posent ‘’la nécessité de rassembler toutes les forces de progrès à travers l’unité d’une Gauche moderne (qui) s’impose dans le contexte politique actuel.’’
Le pluralisme politique au Sénégal
Pour mieux appréhender l’avenir, le PS a jeté un regard sur l’histoire politique du pays. Une histoire marquée par l’instauration, sous le régime de Senghor, du ‘’multipartisme encadré’’ avec les quatre courants qu’étaient le Socialisme démocratique (UPS), le Libéralisme (PDS), le Communisme ou marxisme-léninisme (PAI), et les Conservateurs (MRS). Si ce système fut décrié à l’époque, le vieux parti senghorien estime pourtant que c’était la seule manière d'éviter «une certaine anarchie politique (…) au risque de détruire l’Etat», mais aussi ‘’de remettre en jeu l’équilibre fragile et l’unité encore précoce de la nation sénégalaise’’.
L’autre raison reposait ‘’sur la nécessité d’enfermer la lutte politique dans le cadre d’idéologies différentes, mais clairement formulées, de manière à ne pas égarer les citoyens sénégalais, et d’autre part, sur la nécessité de limiter les ambitions personnelles démesurées qui pouvaient conduire des hommes à créer n’importe comment et n’importe quand des partis politiques, avec comme seul objectif, la conquête du pouvoir, sans même se préoccuper du contenu idéologique de leur action’’.
Ce souci est d’autant plus justifié qu’on assiste, au lendemain du pluralisme intégral décrété par le successeur de Senghor, Abdou Diouf, le 6 mai 1981, à une floraison de formations politiques. ‘’De 4 partis politiques en 1976, le Sénégal en comptait 16 légalement constitués en 1982 et plus d’une quarantaine en 2000.’’, indique le PS. Aujourd’hui, on en dénombre 253. Conséquence : ‘’Cette expérience démocratique fut décriée à l’extérieur et en Afrique même, comme une aventure aberrante’’, dit le PS.
DAOUDA GBAYA
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