Publié le 7 Jul 2021 - 18:38
SECURITE ROUTIERE AU SENEGAL

La partition du département d’Etat américain

 

Face à la recrudescence des accidents de la circulation, l’ONG Partners West Africa a lancé, en 2017, le projet ‘’Initiative pour la sécurité routière’’ financé par le département d’Etat américain. Les élus locaux, les forces de défense et de sécurité, entre autres, bénéficient depuis hier d’un partage d’expériences, suite aux quatre ans de mise en œuvre du projet.

 

Au Sénégal, la route tue plus que la pandémie de Covid-19. Selon les données du ministère des Transports terrestres, l’insécurité routière coûte au moins 163 milliards F CFA au Sénégal par an, soit environ 2 % de son PIB. Entre 2017 et 2020, 3 000 décès ont été enregistrés, suite à des accidents de la circulation et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) renseigne que l’accident de la circulation est la première cause de décès chez les jeunes Sénégalais.

C’est fort de ce constat que le projet ‘’Initiative pour la sécurité routière’’ a été mis en œuvre par l’ONG Partners West Africa, la Fondation pour la sécurité du citoyen et le département d’Etat américain.

Après quatre ans d’exécution, il s’est agi, hier, au cours d’un atelier, de partager les résultats et les expériences avec les parlementaires, le Conseil économique, social et environnemental, les forces de défense et de sécurité, la société civile et les élus locaux. 

Il se trouve que 90 % des accidents de la route sont liés au comportement humain, d’où l’accent mis sur le facteur humain dans la mise en œuvre dudit projet. De l’avis du député Adja Kanouté, membre de la Commission des transports à l’Assemblée nationale, ‘’il est extrêmement important de penser ensemble, d’agir ensemble pour réduire le nombre des accidents. Il nous faut agir sur le comportement humain, car on note bien souvent l’excès de vitesse, l’état d’ébriété et l’usage du téléphone au volant. Le comportement humain est un premier facteur, dans la mesure où il est important qu’on procède régulièrement à la visite technique de nos véhicules. A cela s’ajoute l’état des routes et il nous faut porter un plaidoyer sur cela, même si les autorités étatiques ont consenti beaucoup d’efforts en ce sens. Nous devons aller vers les routes de la vie et non de la mort, en prenant en compte trois facteurs : le comportement humain, l’état de nos routes et l’état de nos véhicules’’.

Elle estime que la sécurité routière est l’affaire de tous et pas seulement des pouvoirs publics. A quelques jours de la fête de Tabaski, la parlementaire plaide pour plus de sérénité et de responsabilité sur les routes.  ‘’Que les conducteurs soient plus concentrés sur la route et sachent qu’ils ont la vie de Sénégalais entre leurs mains’’, insiste-t-elle. 

Dans les rangs des forces de défense et de sécurité, on estime que l’accent doit être mis sur l’application stricte des textes en vigueur. Agent de police, Mouhamadou ‘’Amoul Yakaar’’ Diouf sert à la compagnie de circulation de Dakar. ‘’Il est temps que les autorités étatiques prennent leurs responsabilités face à ce fléau. Il y a de plus en plus d’accidents, ces derniers temps, qui tuent plus que les maladies, mais il n’y a pas de mesures fortes pour l’éradiquer.  Nous, les forces de l’ordre, sommes interpellées. Les services étatiques aussi, surtout ceux qui gèrent la visite technique. J’indexe en grande partie les FDS et les centres techniques, car c’est nous qui sommes sur le terrain et qui devons sanctionner les usagers qui ne se conforment pas à la réglementation. Les centres doivent prendre leurs responsabilités par rapport à l’octroi des pièces afférentes à la conduite’’.

Le policier martèle : ‘’Ces accidents sont souvent dus au comportement et la responsabilité des FDS sur la voie publique. Il faut que les usagers aient leurs pièces, conformément à la loi. Il faut qu’on arrête de faire de la complaisance. Comment un véhicule qui ne se rend pas au centre technique arrive à obtenir une carte de visite ? Egalement, les interventions doivent cesser, tant qu’on continue d’en faire, par rapport à certaines pièces, par rapport aux attestations, nous continuerons à compter nos morts sur les routes. Il faut qu’il y ait un peu de sérieux dans ce pays. Quand nous réussirons à régler ces problèmes, nous aurons moins d’accidents de la circulation’’ 

Une responsabilité collective et individuelle

Le projet ‘’Initiative pour la sécurité routière’’ a pour objectif de renforcer la communication et la collaboration continues entre les forces de sécurité, les institutions gouvernementales et les citoyens, afin d’aboutir à une réponse multisectorielle. Il concerne aussi le Burkina Faso.

Selon le coordinateur du projet à l’ambassade des Etats-Unis au Sénégal, il a été question de mettre en œuvre une série d’activités et de dialogues inclusifs dans les zones cibles (Kaolack, Ziguinchor, Tambacounda), en vue d’un rapprochement entre les populations et les FDS, et du renforcement de la confiance entre les acteurs.

Joseph Denis indique que ce travail est basé sur une stratégie de sécurité mettant l’accent sur la transparence, la responsabilité, l’efficacité et la proactivité. ‘’Je plaide pour une capitalisation des expériences et des résultats du projet, afin de former des politiques publiques en matière de sécurité routière’’, a-t-il déclaré.

Selon les acteurs, seule une approche inclusive peut produire des résultats satisfaisants. ‘’Cette sécurité routière est une coproduction entre les pouvoirs publics et les usagers de la route. Donc, c’est une responsabilité collective et individuelle pour chacun au quotidien. Cette violence routière qui pèse lourdement sur les systèmes de santé n’est pas non plus une fatalité, car la bataille de la sécurité routière peut et doit être surmontée par l’engagement déterminé des pouvoirs publics, mais aussi du comportement de chacun.

Nous entamons, cette année, la deuxième décennie de la sécurité routière 2021-2030, avec une batterie de mesures étatiques pour lutter contre l’impunité et l’indiscipline de certains conducteurs. Elle démarre donc avec le partage des recommandations issues de nos activités avec les acteurs qui aident à la prise de décision et ceux qui sont chargés de l’application stricte de la loi. Chacun a un rôle à jouer et cela passe par le renforcement de la coopération entre les services de sécurité publique, les FDS, le secteur privé et les populations. La solution serait une approche inclusive participative collaborative. Tout cet argent perdu à cause des accidents pourrait servir à d’autres projets de développement tels que l’éducation, la santé’’, soutient pour sa part la directive exécutive de l’ONG Partners West Africa Sénégal.

La lutte contre la corruption, selon Adjaratou Wakha Ndiaye, doit également être de mise.

EMMANUELLA MARAME FAYE

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