Manœuvre et contre-manœuvre

Annoncé comme une rencontre entre le président de la République et les coordonnateurs départementaux, Ousmane Sonko se pointe vers la fin et repart aussitôt. Si les uns y voient un signe de dégel, d’autres relèvent plutôt des manœuvres de haut vol, au sommet du parti présidentiel.
C’était parti pour des retrouvailles, des moments de partage en toute convivialité…. À l’arrivée, le ndogou offert par le président de la République aux coordonnateurs départementaux du Pastef en a rajouté à la polémique. La participation “surprise” de Ousmane Sonko à la fin de la rencontre a fait l’objet de tous les fantasmes et commentaires. Si les uns y voient un signe de dégel planifié par les deux leaders, d’autres sont convaincus, qu’en vérité, Ousmane n’était pas favorable au format. “Il est venu au moment de la rupture avant de repartir”, a confié une source qui a participé à la rencontre.
Secrétaire général du parti, Ayib Daffé a essayé de rassurer la base militante suite à la polémique et aux rumeurs qui sont allés dans tous les sens. Certains allant jusqu’à se demander si le Premier ministre était convié. “On ne peut pas inviter les coordonnateurs sans que le président du parti ne soit au courant. C’est impossible. Il était au courant et lui-même savait qu’il allait venir….”, a-t-il soutenu lors d’une émission sur la web Tv Sans Limites. Une sortie qui est loin d’avoir produit les effets escomptés. Par moment très hésitant et évasif sur les circonstances de la participation de Sonko au ndogou et son accord au format de la rencontre, Ayib a laissé beaucoup de militants perplexes. Certains sont formels. Ousmane Sonko n’était pas d’accord sur le format de la rencontre.
Question autour de la participation “surprise” de Sonko
Ce qui est constant, c’est que le Président Bassirou Diomaye Faye a plutôt invité les coordonnateurs départementaux de Pastef pour des échanges sur la vie du Parti et la situation du pays. “Ce n’était pas une rencontre formelle…., confie Ayib. C’était surtout un moment de retrouvailles et d’échanges entre le président de la République et les coordonnateurs. Des gens qu’il connaît parfaitement en tant que ancien secrétaire général. Il les connait tous individuellement”, a annoncé Monsieur Daffé, qui compare la rencontre à celle tenue en avril 2024, juste après la Présidentielle, à l’hôtel Azalaï. À l’époque, c’était avec Sonko. Mais cette fois, c’est presque sans Sonko qui s’est juste présenté au moment de la rupture, et est reparti aussitôt.
Selon des sources, tout s’est bien déroulé dans un esprit de camaraderie et de fraternité. Tous les coordonnateurs étaient présents en l’absence de deux qui se sont faits représentés. Hormis les coordonnateurs et le président de la République, il y avait le secrétaire général Ayib Daffé qui, d’ailleurs, est devenu la cible de certains radicaux, non seulement pour sa participation, mais aussi en raison de sa position jugée molle sur le limogeage de Bassirou Kébé.
Lors de la rencontre, le président du groupe parlementaire de la majorité a été chargé de présenter les objectifs et d’exposer les actions en cours pour re-dynamiser le parti, conformément aux instructions de son président Ousmane Sonko.
Les discussions ont ainsi tourné autour de la vie interne du parti et la nécessité de renforcer les principes de cordialité et de fraternité ; des enjeux politiques et des élections locales à venir… La situation socio-économique de chaque département et les attentes des populations a aussi été au cœur des interventions.
Les mises au point de Diomaye
À la suite des coordonnateurs qui ont eu chacun trois minutes, le président de la République a fait la synthèse et apporté des réponses aux interpellations. Pour lui, Pastef doit jouer un rôle central dans la vulgarisation de l’action du Gouvernement. Diomaye a insisté sur l’importance de préserver “l’identité du parti, forgée par des débats constructifs et contradictoires”.
A propos du limogeage de Bassirou Kébé, le Président aurait soutenu l’avoir averti à plusieurs reprises ; des émissaires lui auraient même été envoyés pour l’inviter à revoir sa communication, mais sans accès. En ce qui concerne les alliés, le moins que l’on puisse dire, c’est que Diomaye n’est pas prêt à les lâcher. Il a défendu sa posture par devoir de loyauté et de reconnaissance envers des gens qui se sont investis pour qu’il soit élu.
Loin de consolider la fraternité au sein de pastef, cette rencontre a soulevé pas mal de suspicions. Certains en ont profité pour tirer à boulets rouges sur leurs représentants. C’est le cas de certaines coordinations communales de Keur Massar qui dénient à Seydou Diallo (DG Pharmacie nationale d’approvisionnement) toute légitimité de les représenter. Dans un communiqué, ils informent que les coordonnateurs communaux de Yeumbeul Nord, Malika, Keur Massar Nord et Keur Massar Sud se sont réunis et ont tenu à faire une mise au point.
La guerre fratricide
Ils ont tenu à préciser que “Monsieur Seydou Diallo n’est pas et n’a jamais été le Coordonnateur Départemental de PASTEF Keur Massar”. Sa désignation initiale en 2021/2022 comme « point focal », insistent-ils, relevait d'une décision de Birame Soulèye Diop et Cheikh Aliou Bèye “pour les besoins de la coalition Yewwi Askan Wi et non d’une élection par la base ou d'une nomination officielle par les instances du parti ou d’une nomination officielle par les instances du parti.”
Les frondeurs affirment que Monsieur Diallo ne dispose d’aucun mandat pour agir ou parler au nom des communes suscitées. “Par conséquent, tout acte, décision ou déclaration émanant de sa personne n’engage nullement le département de Keur Massar”, fulminent-ils demandant au secrétaire général Ayib Daffé de prendre ses responsabilités.
Il faut noter que ce n’est pas la première fois que Dr Diallo fait l’objet de toutes sortes de critiques. Certains de ses proches soupçonnent directement Waly Diouf Bodiang d’être derrière ces manœuvres.
Hier, le directeur général de la Pharmacie nationale d’approvisionnement a porté la réplique sans citer de nom. “Nous, nous travaillons à mettre en évidence les actions du parti et du gouvernement, conformément aux instructions du président de la République et du président du Parti. Nous ne sommes pas dans la politique politicienne. Nous ne parlons pas aux arrivistes. Des gens qui ont bourlingué partout : PS, Rewmi, et qui veulent aujourd'hui nous diviser.”
Diomaye ne lâche pas Pastef
D’habitude très calme, Dr Diallo s’est lâché et a mis en garde ses détracteurs : “Nous, nous n’avons connu que Pastef, où nous avons eu notre première carte de membre. Ce n’est pas parce qu’on est parent à Ousmane Sonko, qu’on peut tout se permettre sans aucune limite. Nous n'allons pas l'accepter.”
Par cette rencontre en tout cas, Diomaye affirme que, s’il a des ambitions politiques personnelles, il ne compte pas les briguer loin des arcanes du Pastef. En tant que ancien SG, il a été la cheville ouvrière du Parti et connaît les responsables jusque dans les fins fonds du pays. Dès son élection, il avait choisi l’essentiel des coordinateurs de la JPS pour en faire des chargés de mission.
Aussi, son chef de cabinet avait confié que dans tous ses déplacements, il en profite toujours pour rencontrer les militants et leur parlent des élections locales à venir.
MOR AMAR







