Publié le 2 Jul 2026 - 16:36
RÉFORME DES INSTITUTIONS

Diomaye privilégie le consensus

 

Au lendemain des débats sur la proposition de révision constitutionnelle portée par des députés de la majorité, Bassirou Diomaye Faye a réaffirmé, hier en Conseil des ministres, son attachement au dialogue pour toute réforme de la Loi fondamentale. Le chef de l'État a également donné de nouvelles orientations sur la décentralisation, la gestion de la dette publique, tandis que le Premier ministre Ousmane Sonko a demandé d'accélérer le règlement des contentieux fonciers et de trouver des solutions aux difficultés persistantes dans le secteur de l'eau.*

 

Le débat sur la révision de la Constitution n'est pas clos. Après les controverses suscitées par la proposition de loi constitutionnelle initiée par des députés de la majorité, le président Bassirou Diomaye Faye a profité du Conseil des ministres pour réaffirmer sa ligne. Saluant « la position de clarification remarquable du Gouvernement » ainsi que « la brillante prestation » du ministre de la Justice lors des débats à l'Assemblée nationale, il a insisté sur la nécessité de poursuivre « les concertations adéquates et le dialogue avec toutes les forces vives de la Nation » afin d'aboutir à « une révision de consolidation de la Constitution, respectant la souveraineté nationale ».

Le chef de l'État a rappelé que les ajustements institutionnels envisagés devaient tenir compte « de notre histoire politique, des acquis démocratiques et des points d'excellence du fonctionnement de nos institutions et des pouvoirs publics ». Le président de la République a également remis la décentralisation au cœur de l'action gouvernementale.

Considérant la territorialisation des politiques publiques comme une priorité, il a demandé au Premier ministre et au ministre chargé des Collectivités territoriales de finaliser la mise en place consensuelle des pôles-territoires. Bassirou Diomaye Faye souhaite aussi accélérer le transfert des investissements publics et des compétences vers les collectivités territoriales. À cette fin, il a demandé au ministre de l'Économie, des Finances et du Plan et à son collègue chargé des Collectivités territoriales de coprésider chaque année une conférence sur les finances locales afin d'améliorer la visibilité sur la gestion financière des communes et des départements.

Une réflexion devra également être engagée sur la gestion du foncier et du patrimoine immobilier des collectivités territoriales. Sur le volet économique, le chef de l'État a confirmé la création d'une Direction générale des Financements et de la Dette. Cette nouvelle structure sera chargée de renforcer la gestion des ressources, des charges publiques et de l'endettement de l'État ainsi que de ses démembrements. Le président a demandé au gouvernement de prendre toutes les dispositions nécessaires pour assurer « une mise en œuvre optimale de la transformation intégrale du système national des finances publiques ». Il a, dans le même temps, félicité le gouvernement pour la tenue du Débat d'orientation budgétaire dans « un contexte exigeant d'assainissement des finances publiques, de maîtrise stratégique de l'endettement public et de relance de l'économie ».

Magal et Maouloud sous haute vigilance

Les préparatifs des grands rassemblements religieux ont également été évoqués. Les éditions 2026 du Grand Magal de Touba et du Maouloud devant se tenir en plein hivernage, Bassirou Diomaye Faye a demandé au gouvernement de prendre « toutes les dispositions logistiques et sécuritaires préventives » pour garantir leur bon déroulement. Il a également demandé au ministre de la Santé de prendre « toutes les mesures et dispositions pour l'ouverture du nouvel hôpital El Hadji Malick Sy de Tivaouane ».

Dans sa communication, le Premier ministre Mouhamadou Al Aminou Lô est revenu sur les contentieux fonciers, dont il a souligné les conséquences sur les citoyens et sur le secteur du bâtiment. Il a demandé au comité chargé des audits fonciers de mettre en œuvre « toutes les mesures idoines urgentes » afin de « lever l'incertitude pesant sur un nombre conséquent de personnes physiques de bonne foi affectées par les suspensions de travaux » et de « donner du souffle au secteur des BTP ». Le chef du gouvernement a également insisté sur la nécessité d'engager une réforme foncière globale et de renforcer les moyens de la Direction générale de la surveillance et du contrôle de l'occupation des sols (DGSCOS).

Le Premier ministre a aussi reconnu que, malgré les mesures déjà engagées, le secteur de l'eau restait confronté à deux difficultés majeures : l'achèvement de la réforme de l'hydraulique rurale et le rétablissement de l'équilibre financier de l'hydraulique urbaine. Il a demandé la mise en place d'un groupe de travail chargé de proposer, avant la fin du mois de juillet, un plan d'actions détaillé.

Concernant le barrage de Sambangalou, il souhaite disposer, d'ici la mi-juillet, d'une feuille de route portant notamment sur la renégociation des échéanciers de paiement, la reprise des travaux et la sécurisation des financements, avant sa soumission au chef de l'État. Enfin, le Conseil des ministres a entendu deux communications consacrées à la souveraineté pharmaceutique et au futur Code général d'éthique et de déontologie des agents publics. Il a également adopté le projet de loi autorisant la ratification du Traité de Marrakech destiné à faciliter l'accès des personnes aveugles ou malvoyantes aux œuvres publiées

Les hommes de Pastef tombent les uns après les autres

Ngagne Demba Touré, Toussaint Manga, Alioune Gueye, Aïssatou Mbodj... Le Conseil des ministres d’hier a emporté plusieurs figures identifiées à Pastef. Ces remplacements interviennent alors que la rupture entre Bassirou Diomaye Faye et son ancien parti ne fait plus de doute.

Il y a les nominations qui passent presque inaperçues et celles qui envoient un message politique. Celles annoncées hier appartiennent manifestement à la seconde catégorie. En l'espace d'un seul Conseil des ministres, plusieurs responsables nommés sous le magistère de Bassirou Diomaye Faye ont été remplacés à la tête de structures stratégiques.

À commencer par Ngagne Demba Touré, démis de la direction générale de la Société des mines du Sénégal (Somisen), où il est remplacé par Mamady Touré, ingénieur géologue et expert minier.

À la Lonase, Toussaint Manga, autre figure connue du Pastef, cède sa place à Abdourahmane Baldé, juriste fiscaliste. Même scénario à Petrosen Holding, où Alioune Gueye est remplacé par Thierno Seydou Ly, ingénieur pétrolier. Quant à la DER/FJ, Aïssatou Mbodj laisse son fauteuil à Abdoulaye Niane, expert fiscal.

Pris séparément, chacun de ces changements pourrait relever de la vie normale de l'administration. Leur simultanéité, en revanche, retient l'attention. D'autant que les quatre responsables sortants avaient en commun d'avoir été propulsés aux commandes de ces structures après l'arrivée au pouvoir du tandem Diomaye-Sonko et sont membres du Pastef. 

Aussi, cette série de changements intervient-elle dans un contexte politique particulier. Depuis plusieurs semaines, les relations entre le président Bassirou Diomaye Faye et Pastef se sont profondément dégradées, jusqu'à une rupture désormais consommée. Dans ce climat, difficile de ne pas s'interroger sur la portée politique de ces décisions.

MAMADOU DIOP

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