Publié le 14 Jul 2026 - 14:12
COULISSES DU MONDIAL 2026

Abdoulaye Fall déballe tout

 

Lors d’une conférence de presse explosive, ce lundi après-midi, le président de la FSF a levé le voile sur les coulisses tumultueuses de la Coupe du monde, fustigeant la rupture de confiance et le manque d’autorité de l’ex-sélectionneur national.

 

Le divorce est définitivement consommé et l’heure est au grand déballage. Ce lundi après-midi, lors d’une conférence de presse très attendue, le président de la Fédération sénégalaise de football (FSF), Abdoulaye Fall, est revenu en détail sur la fin houleuse de la collaboration avec l’ex-sélectionneur des Lions de la Téranga, Pape Thiaw. Entre rupture de confiance, négociations contractuelles tendues et dysfonctionnements majeurs au sein du vestiaire en pleine Coupe du monde, le patron du football sénégalais a livré un réquisitoire sans concession. Selon lui, cette fracture interne a directement plombé le parcours du Sénégal.

Une rupture de confiance totale

Les relations entre l’encadrement technique et la haute direction de la Fédération se sont détériorées de jour en jour durant la prestigieuse compétition mondiale. Abdoulaye Fall n’a pas caché sa profonde amertume face à ce qu’il qualifie de rétention d’informations de la part du technicien, affectant de fait la cohésion et le bon fonctionnement du groupe. « Il y a eu des frictions dans notre relation et cela a eu un impact sur le fonctionnement de l’équipe nationale.

À un certain moment, on n’avait plus de retour sur son travail. Je n’avais plus d’informations sur les compositions d’équipe. C’est sur le terrain que j’ai découvert le onze de départ lors de nos deux premiers matchs. Personnellement, je pense que c’est extrêmement grave. On ne doit pas nous priver de l’information. Quand j’ai vu que cela devenait compliqué, je me suis rendu dans sa chambre. C’était la première fois que je faisais cela. Je ne l’avais jamais fait auparavant, ni avec un joueur ni avec un entraîneur. Je lui ai parlé en toute sincérité et je lui ai fait savoir que nous n’étions pas ses ennemis. Je lui ai fait comprendre que cela pourrait mal tourner pour le Sénégal s’il continuait dans cette logique. »

Pour le dirigeant fédéral, cette rupture du dialogue a sapé la synergie indispensable pour performer au plus haut niveau, poussant la tension jusqu’à des menaces de boycott du banc de touche, à quelques heures d’un match crucial contre la Norvège. « C’est difficile de gagner quand il n’y a pas une bonne coordination. On avait des retours sur les compositions probables la veille du match ou bien avant le début de la rencontre. Cela nous permettait d’en discuter.

À un moment donné, il y a eu une rupture totale de confiance. Il ne nous faisait plus confiance. Il faut l’assumer. Je pense que cela a eu un impact sur le fonctionnement de l’équipe. Ce n’était pas souhaitable. Le jour même du match contre la Norvège, le secrétaire général de la FSF, Abdoulaye Sow, est venu me voir pour me faire savoir que Pape Thiaw menaçait de ne pas s’asseoir sur le banc s’il ne signait pas son contrat. Alors, pour éviter que les choses ne s’enlisent, on a réglé cette affaire le plus rapidement possible. Mais l’équipe nationale du Sénégal doit être au-dessus de tout le monde. Il fallait être un peu patriote. Il y a eu des situations qui ont eu un impact négatif sur les résultats. Et je pense qu’à un certain moment, l’autorité n’a pas été respectée. C’est inacceptable. »

La question contractuelle

Malgré l’affection qu’il porte à son « petit frère », Abdoulaye Fall a tenu à clarifier la chronologie des discussions contractuelles. Il a rappelé que le volet financier relevait directement de la responsabilité du ministère de tutelle. « La façon dont notre collaboration avec Pape Thiaw a pris fin ne nous plaît pas. C’est mon petit frère, je le dis en toute sincérité. Notre relation ne date pas d’aujourd’hui ni de l’équipe nationale. Il le sait. Nous avons eu une relation sincère, qui nous a permis de gagner la CAN. Mais je pense qu’après, il y a eu un changement. Il n’y a jamais eu de problème contractuel entre Pape et moi.

Les discussions ont commencé avant même la fin de l’année. Je lui ai fait une proposition en février. À ce moment-là, il était en Arabie saoudite. Il m’est revenu le 8 mars. Mais quand j’ai revu ses prétentions, j’ai trouvé qu’il y avait des dispositions un peu difficiles à satisfaire. Alors, je l’ai appelé pour que l’on s’explique. Je lui ai dit que si nous maintenions certaines dispositions, il y aurait une instabilité autour du contrat. » Afin de trouver un terrain d’entente, la Fédération s’est tournée vers le ministère des Sports, dirigé par Khady Diène Gaye, en prenant pour base de travail les conditions fixées pour l’ancien sélectionneur Aliou Cissé.

« Par la suite, on s’est mis d’accord et je lui ai demandé d’en discuter avec la ministre des Sports d’alors, Khady Diène Gaye, d’autant plus que les deux entretiennent une excellente relation. Sur le plan financier, ce n’est pas la Fédération qui paie le sélectionneur. C’est l’État qui s’en charge. Sans entrer dans les détails, j’ai envoyé une correspondance à la ministre des Sports afin qu’elle nous fixe le salaire et la prime de signature du sélectionneur. Khady Diène Gaye m’a demandé de nous référer au dernier contrat signé par Aliou Cissé et ses adjoints. Alors, nous nous sommes basés sur cela pour faire une nouvelle proposition à Pape. Mais il n’était pas satisfait. Selon lui, cette proposition ne correspondait pas à celle que la ministre des Sports lui avait faite. Pape avait des prétentions. C’est tout à fait normal et légitime. Chacun connaît sa valeur. Mais il y a des limites. »

Le feuilleton a cependant pris une tournure publique et étatique juste avant le décollage pour le continent américain, les demandes financières s’étant poursuivies une fois sur place. « À notre grande surprise, nous avons appris dans la presse que Pape Thiaw ne voulait pas prendre l’avion à la veille du départ pour les États-Unis, sous prétexte qu’il n’avait pas encore signé son contrat. Puis, il y a eu l’intervention du chef de l’État, qui l’a fait changer d’avis. Nous sommes ensuite partis aux États-Unis. Mais, étonnamment, à notre arrivée, Pape Thiaw réclamait un meilleur contrat. Il voulait autre chose. Verbalement, il nous a demandé 1 % sur la prime de victoire, mais sur le papier, c’était 13 %. J’ai accepté ce 1 %, parce que je me suis dit qu’il le méritait. Puis, il m’a encore demandé une prime exceptionnelle. Je lui ai répondu que cela allait être un peu compliqué, mais que j’allais faire un effort. Au final, nous avons accepté. Jusque-là, tout se passait très bien dans les discussions. Mais, à un certain moment, il y a eu des frictions et les négociations sont devenues très compliquées. Ce n’était plus un problème d’argent. »

Tensions et clans au sein de la Tanière : le cas Pape Gueye révélateur du malaise

Au-delà des simples désaccords financiers et administratifs, le cœur du problème se situerait au sein même du vestiaire sénégalais. Interrogé sur l’annonce fracassante du milieu de terrain Pape Gueye, qui a choisi de mettre sa carrière internationale en pause en attendant un changement de staff, Abdoulaye Fall a validé, à demi-mot, l’existence de graves ingérences et de luttes d’influence au sein du groupe.

Abdoulaye Fall conclut sans détour sur le fonctionnement de la Tanière pendant la Coupe du monde : « Si vous avez bien lu la publication de Pape Gueye, vous remarquerez qu’il a parlé du staff technique. Et vous pouvez faire votre propre lecture des déclarations des autres joueurs. Je ne vais pas entrer dans les détails, mais il y a eu des problèmes au sein de la Tanière. Je discute souvent avec les cadres. Il y a eu des problèmes qui ont eu un impact négatif sur le fonctionnement de la Tanière. Certains joueurs commençaient à avoir de l’emprise sur le sélectionneur Pape Thiaw. Il y avait des joueurs qu’on n’osait pas sortir, d’autres qu’on ne voulait pas faire jouer, d’autres qu’on ne souhaitait pas convoquer et d’autres encore qu’on ne voulait plus rappeler en sélection. Quelque chose s’est passé sur le plan technique. Si vous analysez bien, il y a des joueurs qui soutiennent le sélectionneur et d’autres non. Cela peut vous permettre d’avoir une idée de ce qui se passe. »

Ce diagnostic sans filtre, posé par l’instance faîtière du football national, sonne comme un avertissement pour l’avenir : l’autorité institutionnelle de la FSF devra impérativement être restaurée pour permettre aux Lions de retrouver la sérénité nécessaire au sommet du football mondial.

Toujours est-il que, pour le moment, seule la version de la Fédération est connue. Peut-être faudrait-il s’attendre à ce que le principal intéressé, Pape Thiaw, fasse lui aussi une sortie afin que tous les Sénégalais sachent réellement ce qui s’est passé en Amérique, et même bien avant la Coupe du monde, dont le dénouement restera encore longtemps en travers de la gorge des inconditionnels des Lions de la Téranga.

Un gynécologue pour soigner les Lions de la Téranga !

Lors de la conférence de presse consacrée au bilan de la Coupe du monde 2026, le président de la FSF, Abdoulaye Fall, a fait une révélation pour le moins surprenante concernant le staff médical.

« En fait, notre médecin titulaire n’a pas le profil académique pour accompagner nos athlètes. Le docteur Fédior est gynécologue de formation. Cela aussi, c’est quelque chose que j’ai découvert tardivement. Les joueurs n’étaient pas convaincus », a déclaré le président de la FSF.

MAMDOU DIOP

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