Des féministes interpellent le procureur

À la suite de la prise de parole de Boury Bathily, épouse du lutteur Balla Gaye 2, plusieurs organisations féministes sénégalaises ont exprimé leur soutien à cette dernière et demandé au procureur de la République de s’autosaisir. Elles réclament un examen diligent des faits dénoncés ainsi que des mesures destinées à assurer sa sécurité.
Pour les organisations féministes sénégalaises, le témoignage public de Boury Bathily dépasse le cadre d’une affaire conjugale. Il met en lumière les pressions sociales qui poussent encore des femmes à « supporter », à « pardonner » ou à « préserver leur foyer », au risque de les maintenir dans des relations violentes. Dans un communiqué publié hier, elles appellent à rompre avec ces injonctions et à assurer une meilleure protection aux victimes.
Le 17 août, l’épouse du lutteur Balla Gaye 2 s’est exprimée lors d’un direct sur TikTok pour dénoncer publiquement des violences conjugales dont elle dit être victime. Une démarche jugée courageuse par les signataires du communiqué, en raison notamment de la notoriété de la personnalité mise en cause. « Nous apportons tout notre soutien à Boury Bathily. Nous savons le courage qu’il faut pour prendre publiquement la parole sur les violences conjugales, particulièrement lorsque l’auteur présumé est une personnalité publique bénéficiant d’une forte visibilité et d’un important soutien social », déclarent-elles.
Au-delà de ce cas, les organisations féministes attirent l’attention sur les pressions sociales exercées sur certaines femmes pour les contraindre à rester dans leur ménage. Les injonctions à « supporter », à « pardonner » ou à « préserver leur foyer » peuvent, selon elles, maintenir les victimes dans des relations violentes et, dans les situations les plus graves, les exposer au féminicide.
Les signataires rappellent que les violences conjugales ne sont pas exclusivement physiques. Elles peuvent également être psychologiques, verbales, économiques, sexuelles ou sociales. Elles reposeraient souvent sur un mécanisme d’emprise qui rend particulièrement difficile la sortie de la relation.
Le communiqué décrit un cycle composé de plusieurs phases. La première est marquée par le contrôle, les menaces, l’isolement et les pressions psychologiques. Vient ensuite le passage à la violence, suivi d’une phase de culpabilisation durant laquelle l’auteur présumé minimise ou justifie ses actes et en rejette la responsabilité sur la victime. Une période d’accalmie, souvent accompagnée d’excuses, de promesses de changement et de gestes affectueux, peut alors donner l’espoir d’une fin des violences. Mais le cycle peut recommencer et s’intensifier avec le temps, préviennent les organisations. Dans ces conditions, demander simplement à une victime de quitter son conjoint ne suffit pas, soulignent-elles. La sortie d’une relation marquée par l’emprise nécessite une protection, un accompagnement, des ressources et un environnement qui ne fasse pas porter la responsabilité des violences à celle qui les subit.
Une interpellation adressée à la justice
Face aux déclarations publiques de Boury Bathily, les organisations féministes demandent une réaction des autorités. « Nous demandons au procureur de la République de s’autosaisir rapidement, afin que les faits puissent être examinés avec toute la diligence nécessaire et que la sécurité de Boury Bathily soit pleinement prise en compte », écrivent-elles. Elles invitent également la société à soutenir les victimes, à les croire, à les protéger et à ne pas les culpabiliser.
Selon elles, présenter les auteurs de violences comme des personnes ayant momentanément « perdu le contrôle » contribue à occulter les mécanismes sociaux de banalisation et de protection qui entourent les violences faites aux femmes. « Nous croyons les survivantes et nous les soutenons », concluent les organisations féministes sénégalaises. Au moment de la publication de leur communiqué, aucune réaction de la personne publiquement mise en cause n’y était rapportée.






