Publié le 31 May 2012 - 09:48

Éliminer Les rentiers de la ''Res Publica''

 

Le 25 mars 2012, les citoyens sénégalais dans leur immense majorité, en décidant d’une deuxième alternance en douze ans, ont indiqué clairement leur volonté de rupture radicale d’avec un demi-siècle de gouvernance politique qui a précipité notre cher Sénégal dans le lot des pays les plus pauvres de la Planète.

 

La politique au sens noble du terme étant la déterminante de tous les autres aspects de la vie d’un pays sur le plan économique, social, culturel etc., il ne pouvait en être autrement au regard de notre élite politique, de l’indépendance à nos jours, nous l’avions souligné dans une contribution en début décembre ‘Misère de l’offre politique ou politique de misère), et la composition arc-en-ciel victorieuse de l’élection l’a confirmé.

 

En effet, en schématisant, tout le monde peut être d’accord sur le fait que la politique en charge de l’Etat définit les règles de fonctionnement d’un pays en s’appuyant sur ses fonctions régaliennes, et balise le terrain à l’acteur économique créateur de richesses pour tout développement d’un pays donné.

 

Maintenant, si nous examinons l’aspect économique de notre pays, de l’indépendance à nos jours, à la lumière du binôme capital/travail, nous pouvons affirmer sans hésiter qu’il n’y a jamais eu de capital conséquent détenu par des Sénégalais authentiques et patriotes pour investir et développer ce pays, à l’exception de feus Ndiouga Kébé et Djily Mbaye.

 

Le régime de Senghor a essayé à travers le fameux compte K2 de promouvoir une bourgeoise nationale, le résultat en fut la faillite des banques sénégalaises (Bnds, Usb, etc.). Le régime Diouf jeta les bases de la patrimonialisation de l’Etat, ce fut le début de l’ère des rentiers de la République en free lance, ou organisée dans les différentes organisations patronales le Cnp, la Cnes, l’Unacois, etc. et s’est prolongé avec le Mdes sous l’ère Wade.

 

En caricaturant, nous pourrions considérer : le Cnp «comme les nègres de service» du capital étranger essentiellement français ; l’Unacois, comme «les représentants économiques» de la classe maraboutique affairiste qui ont érigé l’informel en modèle économique dominant, ce qui a fini par achever l’ordre économique formel au Sénégal ; le Meds, symbole achevé de la nébuleuse affairiste du régime défait à l’image de son ex-très coloré président.

 

Peu d’entre ces gens peuvent regarder les Sénégalais les yeux dans les yeux ou jurer devant DIEU et certifier l’origine licite de leur avoir.

 

A contrario, l’exemple d’un Youssou Ndour qui a accumulé du capital en chantant les louanges des nouveaux riches, qui a eu l’intelligence de le faire fructifier en créant des entités économiques viables, peut inspirer d’autres Sénégalais potentiels investisseurs à partir des gains licites et facilement traçables (footballeurs professionnels, champions de l’arène, compatriotes de la diaspora ayant réussi dans leur domaine comme le rappeur Akon, etc.).

 

C’est pourquoi, au vu de tout ceci, Monsieur le Président élu et bien élu, vous avez la responsabilité historique de rompre définitivement d’avec le Sénégal d’hier et de poser les jalons du Sénégal de demain.

 

Monsieur le Président, armez-vous d’une foi de croyant inébranlable en DIEU en misant directement sur le citoyen Sénégalais. En faisant l’état des lieux comme vous dites, vous avez une occasion inespérée d’éliminer cette mafia politico-affairiste que nous appelons les rentiers de la Res publica : ils n’ont jamais travaillé, n’ont jamais quitté les salons huppés de Dakar, ils n’ont aucune légitimité pour agir et parler à la place du pêcheur de Guet Ndar, du paysan de Mbane, du mineur de Sabadola ou de l’éleveur du Ferlo. Monsieur le Président, votre slogan «La patrie avant le parti» doit être traduit en acte concret tous les jours par la pédagogie de l’exemple : soyez au front principalement dans le domaine de l’éthique, de la transparence et de la bonne gouvernance. Ne pensez surtout pas à votre prochaine réélection en vous rasant le matin : soyez déterminé pour poser les fondations d’une véritable République, il ne peut plus rien vous arriver de meilleur sinon la gratitude de votre peuple à la fin de votre mandat, Dieu vous a tout donné. Le pire serait que vous cédiez aux pressions immenses qui ne manqueront pas (une certaine presse et certaines grandes gueules de ce pays). Monsieur le Président, gouvernez avec le peuple pour le peuple en concertation, mais sans faiblesse, et vous verrez que développer ce pays ne nécessite pas de grandes théories : le pragmatique DENG XIO PING, quand il disait «qu’importe que le chat soit blanc ou noir, pourvu qu’il attrape des souris», a jeté les bases de l’émergence chinoise. Enfin, monsieur le Président, que DIEU vous assiste et préserve le Sénégal, il est temps de travailler, toujours travailler encore travailler, mais surtout bien travailler (efficience, efficacité, suivi, évaluation) pour paraphraser et compléter notre illustre Grand-père qui doit se résoudre à prendre une retraite bien méritée.

 

Mame Latyr FALL

Forum civil, Saint-Louis

 

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