Publié le 19 Jul 2012 - 17:30
ABDOU KHADRE CISSOKHO DU PARTI SOCIALISTE

‘’Le président de l’Assemblée doit connaître l’État et avoir une très bonne expérience politique’’

 

C’est avec un œil de sagesse qu’Abdou Khadre Cissokho, ancien président de l’Assemblée nationale, suit la bataille autour du perchoir. Du haut de ses 15 années passées à l’hémicycle dont 8 au perchoir, le président du comité des sages du Parti socialiste rappelle aux prétendants les règles du jeu.

 

 

Que pensez-vous de toute cette polémique autour de la présidence de l’Assemblée nationale ?

 

Il faut rappeler que les députés de l’Assemblée nationale sont là par la volonté du peuple sénégalais. De manière générale, le président de l’Assemblée sort de la majorité présidentielle et souvent, cela se faisait de façon apaisée, dans une harmonie qui lie le chef de l’État et sa majorité. Du temps du régime socialiste, il n’y avait aucun problème. L’autorité était connue, respectée. L’équipe était homogène. Donc, la proposition du président (NDLR : de la République) était faite le premier jour de l’Assemblée nationale sans aucune difficulté. Les élections se faisaient : il y avait un candidat de la majorité et un de l’opposition. Il faut quand même rappeler que le Sénégal connaît une coalition de coalitions formidables capables d’apporter des changements certains pour le pays. Les positions partisanes doivent être bannies. Il faut privilégier, à chaque fois, les règles qui sont établies par la coalition Benno Bokk Yaakaar, c’est-à-dire les accords passés entres les membres de cette coalition constituée d’anciens candidats à la présidentielle, sauf Abdoulaye Wade. C’est un bonheur pour le Sénégal. Il y a aussi dans cette coalition entre trois à quatre grandes coalitions : Macky 2012, Benno Siggil Senegaal, Benno ak Tanor, Idy 4Président. Ce qu’on appelle dans notre jargon de politicien le G4. Il doit y avoir une concertation permanente pour que les décisions majeures qui doivent être prises au niveau de l’État fassent l’objet de suggestions avant que le président de la République ne la prenne de façon définitive.

 

Au nom de la séparation des pouvoirs, est-ce que le président Macky Sall ne devrait pas laisser les députés choisir eux-mêmes leur président ?

 

En fait, la séparation des pouvoirs donne à chaque entité le pouvoir de décision. Mais il n’est pas exclu que le leader de la majorité fasse des propositions. Nous sommes dans le cadre des propositions. Ça c’est tout à fait normal. En France et ailleurs, on se concerte toujours sur les candidats et on arrive toujours à un premier consensus. On est non seulement devant le peuple, mais aussi devant le monde entier. Et cette question doit se discuter au niveau du groupe des 4. Cela est d’autant plus malheureux que la personne à l’origine de cette polémique (NDLR : Moustapha Cissé Lô) est un membre de la coalition Macky 2012. On est un peu gêné et surpris par cette contradiction au sein de cette coalition.

 

Quel est le profil adéquat pour être président de l’Assemblée nationale ?

 

Il faut qu’il soit élu député d’abord, c’est-à-dire qu’il ait la confiance du peuple. A partir de ce moment, il n’y a plus de compétence particulière. Mais il faut quand même connaître l’État, c’est important. Il faut avoir une très bonne expérience politique. Moi, j’ai été président de l’Assemblée nationale étant ingénieur agronome. Des gens ont posé la question au président Diouf. Ils pensaient que ce poste ne devait être occupé que par un administratif ou un homme de droit. Le président Diouf leur a dit que Monsieur Cissokho est celui qui connaît le plus les 70% de la population ; à savoir le monde rural. Il n’est pas question qu’il ne puisse pas être au poste où sont votées les lois liées aux conditions de vie de ces populations.

 

On parle d’une éventuelle candidature d’Ousmane Tanor Dieng au perchoir, même si l’intéressé a nié l’information. En avez vous débattu au sein de votre parti ?

 

Le Parti socialiste et la coalition Benno ak Tanor sont très bien organisés et structurés. De la base au sommet. Le président Ousmane Tanor Dieng est un homme très respectueux de l’État et de son parti. Il n’a jamais fait état, au Bureau politique, de son intention de présenter sa candidature à la présidence de l’Assemblée nationale. Jamais ! S’il avait cette intention, comme je le connais, il l’aurait manifestée avant les élections législatives. Il ne peut pas courir après cette occasion exceptionnelle puisqu’il a eu des occasions d’être nommé à des postes de responsabilité sans qu’il soit obligé de profiter d’une situation.

 

Le Parti socialiste s’est retrouvé avec 20 députés à l’issue des élections législatives devant Benno Siggil Senegaal. Vous avez apparemment retrouvé vos marques…

 

Le nombre de députés n’est pas une valeur intrinsèque du Parti socialiste. Le nombre de députés découle d’un effort commun Benno Bokk Yaakaar. Nous avons presque raflé tous les départements, sauf deux. La deuxième chose, c’est que nous sommes partis sur le même principe des investitures. C’est-à-dire qu’on choisissait les députés en fonction du résultat du premier tour. Il y a beaucoup de cas où nous avons été pénalisés, dans d’autres cas, nous avons été favorisés. Là où nous sommes arrivés deuxième dans les départements, automatiquement, nous avons plus de députés potentiels qu’une autre coalition. Donc, le mérite revient à Benoo ak Tanor.

 

Comment expliquez le faible score obtenu par le candidat Ousmane Tanor Dieng, à la dernière présidentielle ?

 

Ce score n’est pas à la hauteur de l’homme, ni de sa coalition. C’est un score qui nous a tous surpris. Surpris, c’est peu être trop dire. Mais, nous nous-y attendions un peu puisque nous ne nous sommes pas lancés suffisamment dans la campagne. Nous avons beaucoup cru au M23. Nous étions à Dakar et nous nous sommes déployés dans les régions que très tard. Le candidat n’a pas pu parcourir tout le pays. On aurait dû avoir un score beaucoup plus important. C’est un parti qui est dans les villages. C’est un parti d’espoir. On a enregistré l’adhésion de jeunes cadres, d’étudiants, de professeurs d’université, de chefs d’entreprise. Vous avez vu qu’il y a beaucoup de jeunes candidats élus. Nous nous sommes abstenus pour donner la chance aux jeunes.

 

Est-ce à dire que vous allez participer aux prochaines élections locales ?

 

Non, je ne serai pas candidat. Je suis entré dans le gouvernement de Diouf en tant que technocrate avant de faire de la politique, quatre ans après. J’ai été ministre pendant 15 ans en plus d’être député. J’ai été président de l’Assemblée pendant 8 ans. J’ai accepté le redressement au niveau local. J’ai été président de conseil régional pendant 7 ans. Je pense qu’il est temps de laisser la place aux jeunes. Je suis là pour les aider. Conseiller aux cadres de militer à la base pour ultérieurement occuper les postes de président de conseils régionaux. Avec les changements à venir, on aura besoin de compétence pour leur gestion.

 

Comment appréhendez-vous l’après Tanor Dieng ? On parle de Khalifa Sall et Aïssata Tall Sall comme de potentiels successeurs ?

 

Une entrée des jeunes dans le parti ne veut pas dire un jeune à la tête du parti. La tête du parti sera définie par les militants à partir des candidats à la candidature. Comme le parti le prévoit, il faut que les candidats arrivent à battre campagne comme cela se fait en France. On parle souvent d’Ousmane Tanor Dieng. Mais c’est un homme qui s’est toujours battus pour le PS. Le parti a du respect pour lui et ne le poussera pas à la porte.

 

Avez-vous fixé un deadline pour organiser ces renouvellements ?

 

Non. Nous avons juste suspendu la vente des cartes jusqu’après ces élections-là. A tête reposée, nous procéderons au changement.

 

Le président Macky Sall vient de boucler ses 100 jours à la tête du pays. Quelle note lui donnez-vous ?

 

Je lui donnerai 9 sur 10 pour ne pas dire 10 sur 10.

 

Est-ce à dire que tout est bien ?

 

C’est une bonne note. Il a pris les choses entre ses mains dès sa prise de fonction. Même au sommet de l’Union africaine, il apporte des changements. Le calendrier du changement est respecté pour le moment. Je pense qu’il a fait zéro faute même si des gens essaient de lui jeter des peaux de bananes sur son chemin. Moi j’ai beaucoup d’espoirs. Ce que je lui demande, c’est de se battre pour que la coalition Benno Bokk Yaakaar reste unis, solidaire pour apporter des changements. Seule cette coalition peut y arriver.

 

Certains dénoncent le fait que le président de la République soit entouré de lobbies financiers. Si tel est le cas n’est-ce pas là une mauvaise chose ?

 

En Afrique, dès que vous êtes élu, il y a un groupe d’affairistes qui constituent une couronne et qui l’empoisonnent de réflexions, de considérations, etc. Le président doit prendre ses décisions sans pression. Quand j’étais président de l’Assemblée nationale, j’avais huit formations politiques et deux groupes parlementaires. C’était la première fois qu’on avait une assemblée plurielle. J’ai dit aux députés : ‘’Une fois que vous franchissez la porte de l’Assemblée, déposez votre casquette aux vestiaires’’. C’est la même chose avec le gouvernement. Quand on le forme, on pense à ses alliés politiques, ses compagnons de parti. Mais la primauté, c’est la compétence. Ça peut être un technicien, un homme d’affaires. Maintenant, une fois au gouvernement, ils sont obligés… et sont déjà encadrés par une loi. Ils sont alors au service de l’État.

 

 

PAR DADOUDA GBAYA

 

 

 

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