Publié le 1 Feb 2017 - 00:13
ABDOULAYE DIOUF SARR (MINISTRE LA GOUVERNANCE LOCALE, MAIRE DE YOFF)

“Khalifa Sall doit rentrer dans les rangs’’

 

Abdoulaye Diouf Sarr n’a pas encore dit son dernier mot. Le ministre de la Gouvernance locale par ailleurs challenger de Khalifa Sall dans la capitale sénégalaise tient à renverser les tendances à l’issue des prochaines joutes électorales. D’ores et déjà, il pense que la base sociologique de Dakar est Benno bokk yaakaar. Dans cet entretien avec EnQuête, l’actuel maire de la commune de Yoff demande à l’actuel maire de Dakar d’arrêter la politique de victimisation et de  rentrer dans les rangs. Pour ensuite  appeler ses camarades de Dakar dont Seydou Guèye, Amadou Ba et Mbaye Ndiaye à  l’unité.

 

Le Premier ministre a exhorté samedi dernier  les responsables de l’APR à mieux vendre le bilan du président de la République. Est-ce à dire que votre parti pèche dans la communication ?

Le Premier ministre, en répondant à l’invitation de la Convergence des cadres républicains, a eu un message extrêmement fort et important en direction des cadres. Un message qui prend en charge le combat de la communication, de la vulgarisation des résultats du chef de l’Etat : ‘’dites au Sénégal ce qu’on a fait’’. Cela a été simplement un moment pour le chef du gouvernement de demander à la CCR de poursuivre le combat de la communication, d’information et de vulgarisation. Nous sommes dans un domaine où il faut toujours faire plus, ne jamais dormir sur ses lauriers. Il faut donc que ce message soit compris dans ce sens, que le moment est plus qu’opportun, j’allais dire important pour redoubler d’efforts et faire plus qu’avant. C’est ainsi qu’il faut comprendre le message du Pm. L’APR est un très grand parti, même si quelque part on dit qu’il n’est pas encore structuré. Il ne faut pas confondre structuration et organisation. Dans sa stratégie d’organisation, ce parti a remporté tous les combats qu’il a menés jusque-là. Donc, c’est une grande formation politique qui a les dispositifs qui lui permettent de gagner les combats futurs.

Peut-on s’attendre à ce que la personne qui va diriger la liste de BBY aux prochaines législatives ne soit pas de votre parti ?

La personne qui va diriger la prochaine liste de Benno Bokk Yaakaar sera de BBY. Nous pouvons dire sans risque de nous tromper que c’est cette philosophie qui a commandé la gouvernance de ce pays depuis 2012. Nous avons gagné ensemble et gouverné ensemble. C’est la première fois qu’on voit au Sénégal une coalition aussi robuste. Parce que reposant sur des principes et des valeurs. Analyser intuitu personæ (Ndlr : En fonction de la personne) ce débat ne me semble pas être le bon. Le vrai débat, c’est celui des Législatives autour de la philosophie et des valeurs de BBY. Ce n’est donc pas une question de personne.

En 2012, c’est Moustapha Niasse qui dirigeait la liste de BBY, peut-on s’attendre au même schéma ?

Cette fois-ci, ce sera la personne que les leaders de BBY, de manière consensuelle, décideront de mettre devant. C’est cela qui est important. C’est pourquoi je disais tantôt que c’est plus une question de valeurs, de philosophie de BBY qu’une question qui va être traitée au plan personnel.

Selon vous, quel doit être le profil de la personne qui dirigera la liste de BBY ?

Il nous faudra certainement une personne robuste. Une personne qui répondra aux critères des leaders de Benno Bokk Yaakaar. Quelqu’un qui puisse porter le brassard de capitaine pour nous faire gagner. Mais dans tous les cas de figure, ce sera une personne qui sera choisie par BBY au niveau de son instance de direction.

Au sein de l’APR, vous pensez à qui ?

Je ne suis pas moi à une posture ou une position de penser à quelqu’un. Cela va être posé en temps opportun à un niveau pertinent de décision. La question ne me semble pas aujourd’hui importante.

Mais nous sommes à 6 mois des élections législatives…

 (Il coupe).Tout à fait. Ceux qui doivent aborder cette question, au moment opportun, en lieu opportun, le feront.

Entre vous,  le ministre de l’Economie et des Finances Amadou Ba, Seydou Guèye et les autres responsables, qui est le véritable patron de l’APR à Dakar ?

La question de leader de l’APR à Dakar n’est pas une question préjudicielle si je peux m’exprimer comme les juristes. La vraie question est celle de notre camp, du camp BBY. Notre victoire aux prochaines joutes électorales sera portée par une équipe. Et cette équipe sera composée de Seydou Guèye, de Mbaye Ndiaye, d’Amadou Bâ et de tout le monde. C’est ensemble, tout simplement, que nous allons gagner. La question du leadership ne se pose pas.

Mais qui est le capitaine qui doit conduire cette équipe à la victoire finale ?

Ce sera déterminé le moment venu.

Par qui ?

Par l’instance appropriée et au moment opportun.

Est-ce que cela ne constitue pas un handicap de taille, surtout qu’après l’élection des conseillers du HCCT, certains militants de l’APR  réclamaient votre tête ?

Je vais à ce niveau me permettre une analyse simple. Le Haut conseil des collectivités territoriales a été un moment électoral. Ce ne sont pas les militants de base qui avaient voté. C’était une élection assez spéciale. D’ailleurs, elle est l’une des premières de cette nature qu’on a connue au Sénégal. En son temps, nous nous étions battus et ceux qui avaient vu ces résultats comme une défaite avaient fait une analyse assez partielle de la chose. Nous, nous estimons que cela a été une large victoire du camp de BBY sur l’autre camp qui était en lice à Dakar. C’est d’ailleurs cette élection qui a créé cette nouvelle dynamique aujourd’hui. C’est-à-dire que la majorité des maires du département de Dakar sont jusqu’à présent ensemble, et continuent de se réunir et forment un bloc. Je crois que s’il n’y avait pas ce Haut conseil, on n’allait pas avoir cette situation qui est une dynamique majoritaire des maires du camp BBY.

Autre élément essentiel, c’est qu’aujourd’hui, le Conseil municipal de la ville de Dakar comporte deux tendances qui se valent. L’une est favorable à l’actuel maire Khalifa Sall et l’autre est arrimée à la dynamique de BBY. Donc, on a créé un équilibre au niveau du Conseil de Dakar. Ce qui s’est passé après ces élections est tout à fait normal. C’est un débat postélectoral, donc forcément pimenté. Mais le plus important est de savoir les leçons que nous avons tirées au niveau politique. On a appris de tout ça que pour gagner les combats futurs, pour donner une large majorité au camp du Sénégal émergent et du Benno Bokk Yaakaar, il faut qu’on soit tous ensemble. Aujourd’hui, le seul débat important pour nous, c’est qu’il faut qu’on soit ensemble pour aborder les Législatives et donner une large majorité au président de la République en 2019. Il faut aussi qu’on soit ensemble pour consolider les bases de notre parti. Donc le maître mot, c’est être ensemble et travailler la main dans la main.

Au vu des actes posés par les uns et les autres, est-ce qu’il ne s’agit pas d’un simple vœu pieux ?

Je n’ai pas vu d’actes posés par les uns et les autres. Chaque responsable dans les limites de son territoire ou de sa base, de ses moyens, de ses ambitions et de sa volonté de faire gagner, doit poser des actes. Nous ne devons pas être là, immobiles en se disant qu’on ne doit pas poser des actes. Il faut le faire mais le moment venu, il faut se réunir autour de l’essentiel qui est de faire gagner la liste BBY.

Depuis 2014, Khalifa Sall semble tenir tête à la mouvance présidentielle. Qu’avez-vous fait depuis lors pour renverser la tendance ?

2012 a été un moment important. C’est la victoire du Président Macky Sall et la victoire écrasante de BBY aux Législatives. En 2014, il y a eu une élection municipale. Malheureusement pour la majorité, le camp Taxawu Dakar l’a remporté dans beaucoup de collectivités locales. Après 2014, il y a eu le référendum où ce même camp a appelé à voter ‘’NON’’ et nous, nous avons fait voter ‘’OUI’’ et on l’a battu. Par conséquent, cette tendance victorieuse de Khalifa Sall dont vous parlez doit être relativisée. Il s’est passé autre chose après.

Ce sont les élections du Haut conseil des collectivités territoriales où 11 maires ont décidé de venir dans le camp de BBY. Depuis lors, l’effectif global des conseillers du département de Dakar s’est scindé en 2 avec un équilibre quasi parfait. S’il y a un camp qui a perdu un peu de terrain, ce n’est pas le camp de BBY. Mais je pense que cela n’est pas le plus important. L’essentiel pour moi, c’est que le processus de reprise totale de la ville de Dakar, voire du département, soit engagé et se poursuit. Il faut donc le consolider. Pour cela, il faut être ensemble autour de l’essentiel pour qu’en 2017, on puisse remporter ce département et préparer 2019 avec beaucoup plus de certitude.

Mais il faut reconnaître quand même que jusqu’à présent, il n’y a pas de leader consensuel pour conduire les troupes à cette victoire…

 (Il coupe) La question n’est pas encore posée. Elle le sera le moment opportun, en temps opportun et par qui de droit. Il ne faut pas qu’on confonde vitesse et précipitation. Il faut nous laisser nous organiser. Je vous ai dit tout à l’heure que notre camp est très structuré. Mais tout ce que je peux vous dire d’ores et déjà, c’est que tout ce que nous ferons, nous le ferons ensemble, pour gagner ensemble.

Pensez-vous pouvoir gagner à Dakar à l’issue des législatives du 30 juillet 2017 ?

C’est déjà fait. La base sociologique de Dakar est BBY. Sur la gouvernance locale, on est loin devant. Mais aussi au niveau des conseillers qui composent le département, on est à un niveau équilibré et les bases au niveau des communes constatent que le Président Macky Sall est en train de faire un excellent travail.

Pour les prochaines législatives, l’opposition  appelle à l’élaboration d’une liste unique.  Khalifa Sall et ses proches présenteront aussi une liste. Pendant ce temps, on ne sent pas l’APR bouger. Qu’est-ce qui explique cette léthargie ?

Au contraire, vous nous avez présenté une désunion de l’opposition. Or, dans le camp de BBY, nous sommes unis comme au premier jour. Il n’y a pas, jusque-là, un seul son de cloche discordant. Je crois qu’il n’y a pas entre responsables de guéguerre par presse interposée. Il y avait des réactions postélectorales et après le Haut conseil des collectivités territoriales, il y a eu des positions. Cela se justifie parce qu’après les élections, c’est normal qu’il y est des analyses postélectorales mais tous cela doit être confiné et apprécié à la lumière de la période. Aujourd’hui, nous sommes conscients que nous avons le même combat, c’est de faire gagner la liste Benno Bokk Yaakaar aux législatives de 2017 dans le département de Dakar.

Peut-on  dire que l’APR se porte bien à Dakar ?

L’APR se porte à merveille à Dakar comme dans l’ensemble des départements du Sénégal. Je vous signale que l’APR est un parti. Et dans toute formation politique, il faut absolument qu’il y ait une vie. Ce que je peux vous dire de façon dialectique, c’est que c’est dans la contradiction que les choses avancent.  On ne dort pas  mais on travaille, c’est pourquoi, de temps en temps, ça peut ressembler à des oppositions.

Le maire de Dakar vous accuse d’avoir bloqué ses projets pour Dakar. Que répondez-vous ?

Je crois que ma position est peut-être celle des Dakarois et des Sénégalais. Pour la place de l’Indépendance, de manière spécifique, Khalifa Sall  avait demandé qu’on lui laisse le projet. On le lui a laissé et tous les Sénégalais sont témoins de ce grand débat en son temps. Et jusqu’à présent, il n’y a pas de place de l’Indépendance rénovée voire aménagée par Khalifa Sall. Pendant ce temps, l’Etat a terminé les travaux de la place de la Nation. Les Sénégalais doivent se rendre à l’évidence : le maire de Dakar est dans une logique de politisation et de  victimisation. Il doit  s’arrêter et travailler. Sur les autres questions c’est la même chose ; s’il y a un régime qui a laissé la ville de Dakar travailler, c’est celui de Macky Sall. Je vais m’en arrêter là parce que les Sénégalais sont majeurs et vaccinés. Seule la vérité est durable.   

Pensez-vous réellement que Khalifa Sall soit uniquement dans une logique de victimisation ? 

Je ne vous le fais pas dire. On ne peut pas rester dans la phraséologie politicienne, ni dans la victimisation pour accrocher nos populations. Tôt ou tard, les Dakarois se rendront compte qu’il est temps de se lever pour travailler et arrêter les conflits.

 Est-ce que réellement, il y a des canaux de concertations entre le maire de Dakar et le ministre de la Gouvernance locale que vous êtes, d’une part. Et d’autre part entre Khalifa Sall et le président de la République ?

Je ne vais pas trop rentrer dans ce débat qui va attiser cet environnement de victimisation. Ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a plus de cinq cents collectivités locales dans ce pays. Il y a d’autres maires de ville dans ce pays, personne n’est plus engagé politiquement ou plus déterminé dans la gestion municipale que le maire de Thiès, Talla Sylla. Il en est de même pour ceux de Ziguinchor, de Saint-Louis… D’autres maires de très grandes villes ne posent pas le problème en ces termes-là. Je crois aujourd’hui qu’il faut qu’on apprenne à dépolitiser la gestion municipale pour être dans une logique de gestion pour les populations et pour les collectivités. Aujourd’hui, je note pour le regretter qu’à Dakar, on aborde souvent la gestion municipale sous un angle qui n’est pas technique.

Existent-ils des canaux de concertations…

Ce sont les canaux classiques. Le maire de Dakar gère sa commune et il y a un représentant de l’Etat, le Préfet en l’occurrence, qui assiste de manière permanente à l’ensemble de ces délibérations. Khalifa Sall, à l’instar des autres maires du Sénégal, est membre de l’Association des maires du Sénégal (AMS). Il est même membre du bureau. Il participe à toutes les réunions convoquées par les autorités. Ce manque de concertation dont il parle, c’est à lui de donner des cas spécifiques, s’il en souffre. Il faut lui rappeler que les Dakarois attendent encore la place de l’Indépendance rénovée. Il n’a qu’à dire à quel niveau il a un problème, à partir de ce moment, la question sera abordée et les Dakarois jugeront. Tôt ou tard, ils lui demanderont le bilan de ses réalisations et aujourd’hui, il faut aller le voir afin qu’il mette sur la table ce bilan. On l’attend sur des réalisations qu’on n’a pas encore vues.

Parmi les projets de la ville de Dakar, il y a le tramway qui sera enterré, selon Khalifa Sall, par le TER de Macky Sall.

Je pense qu’il n’y a pas de projet Khalifa Sall ni de projet Macky Sall. Par contre, Il y a les projets de l’Etat du Sénégal, pour le développement du pays. Nous sommes au Sénégal qui est un pays et non une Fédération. Tout ce qui s’y fait se fait dans un cadrage et un référentiel unique qui est le PSE. Ça, il est extrêmement important qu’on le comprenne. Vouloir faire croire aux Sénégalais qu’on a un projet qui nous appartient face à un projet qui est celui du Sénégal relève d’une analyse qui ne me semble pas bonne. Surtout  dans le contexte où notre pays s’est retrouvé avec des résultats extraordinaires dans le domaine social. Mais aussi du point de vue des infrastructures et de la restructuration de notre économie. Il faut revenir dans les rangs  et cela, c’est comprendre que tout ce que nous faisons, on le fait pour le Sénégal et non pour soi-même.

Où en êtes-vous avec la deuxième phase de la  réforme de l’Acte 3 de la décentralisation ?

On est assez avancé  sur la mise en œuvre l’Acte 3 de manière globale. La première phase qui était celle de la mise en place institutionnelle de la réforme en termes de communalisation intégrale, est bouclée. On est sur le chemin de l’installation des pôles territoires, le texte est prêt à ce niveau-là.  Le Haut conseil des collectivités territoriales étant désormais institué, et l’article 66-1 de la constitution exige à ce que l’ensemble des textes passe par cette nouvelle institution. Cette dernière sera saisie bientôt de  la question pour donner son avis. La deuxième phase est une phase importante parce que devant aider les collectivités locales à être mieux outillées du point de vue financier. Vous avez suivi récemment le débat sur la fiscalité locale, on a déjà extrait la problématique de la patente pour la poser sur la table. Il y a d’autres mécanismes dans la fiscalité locale qui seront revus pour donner aux collectivités locales de plus grandes possibilités financières. Ce dossier a fait l’objet d’une première réunion importante et le Premier ministre dans les 15 jours avant la fin du mois de février va réunir l’ensemble des acteurs au tour de la problématique de la fiscalité locale.

 Il faut aussi ouvrir le marché financier pour les collectivités locales. Mais en restant dans un cadrage macroéconomique qui ne dérègle pas le jeu de l’Etat. Il faut noter que tout cela doit être encadré et l’Etat doit jouer ce rôle d’encadrement pour que les collectivités locales ne fassent pas n’importe quoi sur le marché financier et remettre en cause la crédibilité de l’Etat. Voilà plusieurs mécanismes qui sont aujourd’hui en chantier.

Il y a un autre levier que nous utilisons également, ce sont les transferts en fonds de dotation et d’équipement des collectivités locales. Cette année il y a déjà une augmentation de 1,5 milliards, pour permettre aux communes de mieux prendre en charge l’investissement et le fonctionnement.

Malgré toutes ces sources de financement dont vous parlez, il y a des communes qui n’arrivent toujours pas à faire face à leurs charges salariales. Qu’est ce qui explique cela ?

 Cette année on n’en a pas connu beaucoup. 2016 a été une année où l’Etat, dans le cadre de la Loi de finance rectificative, a positionné 1,5 milliard FCFA pour prendre en charge les difficultés de règlement de salaires pour les communes de telle sorte que le front social s’est beaucoup amélioré. De ce point de vue, on n’a pas eu de difficulté. En répartissant le Fonds de 2017, on tiendra compte de cette contrainte parce que la question des ressources humaines est essentielle. D’où la nécessité de la maîtriser. Il peut y avoir des difficultés mais celles qui ont été signalées en 2016 ont été entièrement prises en charge. Nous engageons 2017 avec la même philosophie pour faire en sorte qu’au moins au niveau des salaires, il ne puisse pas y avoir de difficultés.

Mais il se trouve que l’essentiel de ces ressources dont vous parlez servent plus au fonctionnement des collectivités locales qu’à l’investissement…

Vous posez un problème peut-être plus profond, c’est la prise en charge des compétences transférées. Aujourd’hui il y a une étude qu’on est en train de boucler pour évaluer le coût de ces compétences transférées par l’Etat aux collectivités locales. Est-ce que celles-ci sont bien prises en charge financièrement ? Nous estimons que ce n’est pas encore le cas. C’est pourquoi tout ce mécanisme d’augmentation du volant financier par la fiscalité locale et les autres moyens est déroulé présentement. Maintenant quand on transfère des ressources aux collectivités locales pour le développement mais aussi pour le fonctionnement, il faut suivre l’utilisation de ces transferts. Mais notre préoccupation est de sécuriser les ressources humaines et les salaires. Je suis persuadé que très bientôt, tout cela ne sera qu’un mauvais souvenir. C’est tout à fait normal qu’à cette étape de la mise en œuvre de l’Acte 3, cette question des ressources se pose. Mais quand on va mettre l’ensemble des mécanismes fiscaux innovants pour attirer de la ressource dans les communes, nous allons avoir des collectivités locales viables, compétitives et porteuses de développement.

Il y a eu récemment des remous au sein de votre mairie. Qu’est-ce qui s’est réellement passé dans la commune de Yoff ?

Ce qui s’est passé, vous l’avez suivi. Le budget de Yoff a été voté par les 57 conseillers qui étaient présents. Au début il y a 63 qui étaient présents. 5 d’entre eux ont décidé de quitter la salle. Ce sont ces 5 conseillers qui faisaient beaucoup de bruit sur une question mineure. Tous les maires et tous les spécialistes de la décentralisation ont ri sous cape. Un compte administratif se fait avec un compte de gestion. Celui-ci est envoyé par l’Administration du trésor. Tant qu’un maire ne reçoit pas son compte de gestion, il ne peut pas faire  de compte administratif. Ces 5 élus devaient simplement s’informer pour savoir que leur revendication n’était pas pertinente. Heureusement que les 57 conseillers qui étaient dans la salle ont, comme un seul homme, voté à l’unanimité le budget. Ce qu’il faut souligner, c’est que très souvent dans les périodes préélectorales, il y a des actes de cette nature pour se signaler à l’opinion. Nous le comprenons ainsi, mais il n’y a jamais eu de problème dans ma commune.

L’actualité nationale reste dominée par l’emprisonnement de Bamba Fall et le procès de Barthélemy Dias. On accuse votre régime d’être derrière ces 2 affaires. Que répondez-vous ?

Je respecte la Justice de mon pays. Sur ces deux dossiers, l’Etat qui est le garant de la légalité et de la sécurité dans le pays a joué son rôle. Le régime du président Macky Sall n’a rien à voir avec ce qui s’est passé. Le premier dossier concerne le Parti socialiste et certains de ses membres. Comment pouvons-nous à ce niveau accuser l’Etat d’interférer ? Il s’agit d’une plainte qui concerne des militants d’un même parti politique. De manière responsable, la Justice est en train de faire son travail. Sur l’autre dossier, il s’agit bien entendu d’une situation qui ne concerne pas Benno bokk yaakaar ni l’APR. Je crois que l’Alliance pour la République a bon dos. Sur ces deux affaires, les Sénégalais ont compris comme tout le monde qu’on nous fait un mauvais procès. Ce sont des dossiers qui ne nous concernent pas. On n’a qu’à laisser  la Justice continuer de faire son travail.

L’affaire Ndiaga Diouf dans laquelle Barthélémy Dias est cité, date de décembre 2011, pourquoi avoir  attendu tout ce temps pour la réactiver ?

Je ne connais pas personnellement le temps de la Justice. Tout ce que je sais, c’est qu’un dossier de cette gravité a besoin d’un temps d’instruction, de vérification et d’enquête. Il s’agit d’une affaire qui n’est pas politique. C’est un dossier qui est traité par la Justice de mon pays et je lui fais confiance. C’est pourquoi quand vous avez dit ‘on’, je vous ai dit qui est ‘on’. C’est peut-être le même ‘on’ qui a presque insulté l’Administration sénégalaise en disant qu’elle est politisée. Cela ne me semble pas correct quand on parle à des fonctionnaires qui se battent pour la stabilité et le développement de notre pays de manière tout à fait neutre. L’Administration sénégalaise est connue de par le monde pour sa neutralité et sa compétence. Qu’on veuille lui faire un procès de cette nature, c’est vraiment désolant.

Par rapport au processus électoral, l’opposition vous accuse déjà de préparer un ‘’coup d’Etat’’. Qu’en pensez-vous ?

Pour ce qui est des inscriptions sur le fichier électoral, il s’agit aujourd’hui de refaire la carte d’identité nationale et les Sénégalais sont en train de s’inscrire. A mon avis il n’y a pas de faute signalée.

 Mais l’on note beaucoup de lenteurs dans les opérations…

En réalité les  lenteurs frappent tout le monde. En tant que membre de l’APR, je veux que ça aille vite pour inscrire le maximum d’électeurs qui vont voter pour nous. Ce ne sont pas des lenteurs qui affectent seulement l’opposition. Aujourd’hui le ministère de l’Intérieur et la DAF sont en train de travailler pour que tous les Sénégalais puissent avoir en temps voulu la carte d’identité. Il ne faut pas que nos opposants croient  que ces lenteurs les touchent seulement. Au contraire, elles nous défavorisent plus dès lors que nous sommes majoritaires. Il faut qu’on aille vite, qu’on fasse le plein pour gagner haut la main.

Que dites-vous du manque de consensus sur la date des élections, et sur l’augmentation du nombre des députés ?

Sur ces questions, il y a des échanges. Ce sont des questions politiques. C’est tout à fait normal qu’il y ait tout ce bruit. La première date qui a été prise, le 2 juillet 2017, n’arrangeait pas certains qui parlent de ramadan. Maintenant qu’on arrête une autre date, il y a d’autres arguments qui sont soulevés. Une troisième date serait reconnue, on aurait eu d’autres observations. C’est le jeu démocratique qui est comme ça. Il n’y a pas de position qui puisse recueillir l’unanimité. Forcément il y a des observations sur toutes les propositions. Le plus important, c’est qu’on s’entende sur l’essentiel et l’essentiel, c’est qu’on ira aux élections législatives et les Sénégalais vont voter pour qu’on mette en place une majorité. Je crois que l’opposition comme le pouvoir est d’accord sur ce principe de base.

Récemment vous avez annoncé une délocalisation de la décharge de Mbeubeuss. Où en êtes-vous avec ce projet ?

 On est très avancé là-dessus. Le cabinet qui est déjà sélectionné va déposer ses études dès le mois de juin prochain et le processus de requalification de Mbeubeuss est engagé. Cette fois-ci, ce sera la bonne.

Les victimes du dernier incendie ont fait récemment une sortie dans la presse pour dire qu’elles n’ont reçu aucune aide de l’Etat. Qu’en est-il réellement ?

Nous avons été à Mbeubeuss dès le premier jour et nous avons demandé à ce que l’on soit proche des victimes. Le processus a été déclenché pour les assister autant que faire se peut. Nous notons effectivement ce que vous venez de dire. Avec l’Administration territoriale, nous allons voir ce que nous devons faire.

Par Ibrahima Khalil Wade et Assane Mbaye

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