Publié le 16 Feb 2026 - 13:35
AFFAIRE ABDOULAYE BA

Les révélations de l’enquête

 

Une semaine après la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar, l’enquête s’accélère et a produit ses premiers résultats.

 

L’enquête s’est emballée ces derniers jours. Depuis le 9 février, le parquet s’est mobilisé pour élucider toutes les zones d’ombre dans la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba. Le premier communiqué, sorti le samedi 14 février, a suscité tout de même moult commentaires et interrogations chez de nombreux Sénégalais.

À ce stade, les éléments disponibles ne corroborent pas les rumeurs faisant état de violences physiques exercées sur la victime.” Voilà le passage du communiqué du parquet qui a du mal à passer aux yeux des étudiants et de certains observateurs qui y voient une volonté de dégager la responsabilité des forces de défense et de sécurité.

Dans une réponse du berger à la bergère, le Collectif des médecins, pharmaciens et chirurgiens-dentistes en spécialisation du Sénégal (Comes) réplique : “Nous rappelons que les conclusions de l'autopsie ont permis d'écarter l'hypothèse d'une cause naturelle isolée et orientent clairement vers l'existence d'un mécanisme traumatique majeur. Dès lors, une question fondamentale demeure : quelle est l'origine de ce traumatisme ?”

Les investigations s’orientent vers une chute mortelle

EnQuête a essayé d’en savoir un peu plus sur les causes du décès du jeune étudiant. Selon des sources proches du dossier, les dégâts relevés sur le corps du jeune étudiant ne résultent pas de violences exercées sur lui. Rien ne permet d’établir pour le moment l’existence d’un contact physique entre lui et les FDS”, réaffirment avec force nos sources, confortant le communiqué du parquet.  

À en croire nos interlocuteurs, il est établi que le jeune étudiant a chuté du 4ème étage et est tombé sur l’asphalte par son côté gauche. La question que se posent les enquêteurs, c’est maintenant de savoir qu’est ce qui a été à l’origine de cette chute mortelle. L’enquête se poursuit pour  déterminer ce qui s’est passé avant la chute”, renseignent nos sources, déterminées à éclairer la lanterne dans les heures et jours qui viennent.

Y a-t-il eu contact entre la victime et les forces de l’ordre durant l’intervention ? L’étudiant a-t-il paniqué et a essayé de se sauver en sautant du quatrième étage ? Des questions qui pour le moment restent sans réponse.

La responsabilité des policiers pas totalement écartée

Comme relevé dans nos précédentes éditions, l’autopsie avait visé la contusion thoraco abdominale  postéro-latérale gauche et une commotion cérébrale comme étant les causes du décès. Elles ont  occasionné, entre autres dégâts : une hémorragie sous durale gauche diffuse modérée sans fracture pariétale avec érosion occipitale du cuir chevelu ; une double fracture de l’arc postérieur et moyen de la dixième côte associée à un embrochage, des plaies profondes linéaires du lobe pulmonaire inférieur gauche hémorragique et un hémotorrax homolatéral volumineux….

L’autopsie, selon toujours nos sources, a également montré une petite contusion de la paroi postéro-latérale du myocarde et un hématome médiastinal postérieur ; une fracture de l’arc postérieur de la onzième côte gauche ; des plaies du hile du rein gauche avec volumineux hématome périrénal gauche ; des dermabrasions sur le membre supérieur gauche et une plaie superficielle de 3,5 cm sur le flanc droit.

Les réserves du Collectif des médecins

Du côté des médecins, on dit suivre avec attention l'évolution du dossier et invite les autorités à une enquête impartiale et rigoureuse. D’ores et déjà, ils fixent une ligne rouge. “Nous rejetons catégoriquement toute hypothèse laissant entendre que la victime aurait pu s’infliger elle-même un traumatisme physique mortel…”, ont-ils mis en garde. Pour eux, “il est inconcevable qu'un jeune de 20 ans, plein de vie, porteur de l'espoir de toute une famille et engagé dans un parcours exigeant en chirurgie dentaire, ait volontairement causé sa propre mort.”

Embouchant la même trompette, l’Amicale des étudiants de la Faculté de Médecine a exprimé, elle aussi, son incompréhension, en relevant ce qu’elle considère comme une “contradiction” avec les constatations médicales.

Rappelons que ce n’est pas la première fois que le procureur Ibrahima Ndoye est confronté à ce genre de situation, en l’occurrence la mort d’un étudiant. Procureur de la République près le tribunal de grande instance de Saint-Louis, il avait géré avec beaucoup de rigueur l’affaire de la mort de l’étudiant Fallou Sène, lors d’une intervention de la Gendarmerie.    

Très vite, le procureur était monté au créneau pour apporter des assurances. Notre devoir nous appelle à agir à l’endroit de ceux qui ont posé les actes mais aussi à l’endroit de ceux qui ont été à l’origine de cette situation. L’enquête a démarré le même jour et la gendarmerie procède à des auditions qui se poursuivent”, avait-il soutenu avec force en conférence  de presse.

L’enquête, sous sa direction, avait montré que la mort a été causée par une arme à feu au niveau du bassin. “Il est indéniable que Fallou Sène a été tué par une arme à feu… Les enquêteurs mèneront l’enquête jusqu’à son terme”, avait-il affirmé sans ambages. Et tous les actes nécessaires ont été posés dans un delai record avant que le dossier ne soit transmis au tribunal de grande instance hors classe de Dakar, compte tenu de la qualité des accusés.

Ce n’est donc pas de sa faute, si l’affaire Fallou Sène n’est toujours pas vidé à ce jour.

AMICALE DES ÉTUDIANTS FAC MÉDECINE

“Pas de reprise sans la vérité”

L’Amicale des étudiants de la faculté de médecine balaie, par ailleurs, d'un revers de main la décision illégale et unilatérale du Conseil académique de l’université de poursuivre les activités pédagogiques. “Une telle décision, prise sans mesure d'apaisement ni prise en compte de l'état de choc et de deuil que traverse la communauté universitaire, apparaît comme une tentative inacceptable de banaliser les événements et d'effacer du jour au lendemain la mémoire de notre camarade tragiquement disparu”, lit-on dans le communiqué de l’Amicale.

La reprise précipitée des enseignements, selon l’Amicale, ne saurait se faire sans vérité, sans justice et sans garanties réelles de sécurité pour les étudiants. “Aucune activité pédagogique ne se tiendra tant que des bases claires ne seront pas établies concernant le suivi de l'enquête, afin que toute la lumière soit faite”, soulignent les représentants des étudiants.  La structure exige la libération de tous les étudiants, ainsi que le sursis des réformes engagées par les autorités

Par Mor Amar

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