Publié le 27 Aug 2019 - 16:38
AWA NDIAYE, PLASTICIENNE

Le pinceau qui combat les Mgf

 

Sortie de l’école des beaux-arts depuis 2006, Awa Ndiaye est une jeune artiste plasticienne. A travers ses belles œuvres, non seulement elle se libère, mais aussi et surtout essaie de sensibiliser les femmes et la population sur les mutilations génitales féminines, pratiques dont elle a été elle-même victime.

 

Derrière la carapace, se cache des déchirures, des marques indélébiles qui marquent la jeune Awa Ndiaye, artiste-plasticienne de talent. Par la peinture, elle se libère et tente de se battre contre certains fléaux qui continuent de décimer certaines contrées du Sénégal. Parmi lesquels, il y a les mutilations génitales.

Mère de 2 enfants, la jeune Hal Pulaar en a elle-même été victime. Aujourd’hui, elle est plus que jamais déterminée à faire cesser cette pratique. Elle raconte le calvaire des femmes excisées : ‘’La première catastrophe reste le moment des noces. Aussi, l’accouchement est un problème. Moi, j’ai eu la chance d’avoir un mari artiste et compréhensif. Au moment de l’accouchement, on n’a pas déchiré mon orifice vaginal, contrairement à d’autres femmes excisées.’’

Ainsi, la présence de cette thématique dans l’œuvre d’Awa Ndiaye est loin d’être fortuite. Pour elle, en plus d’être une passion, la peinture est un moyen de se libérer, de s’évader.

C’est au cours d’une visite à la galerie Léopold Sédar Senghor, rouverte le 11 juillet dernier, après sa rénovation par la Fondation Sonatel, qu’Awa Ndiaye a été découverte hasardeusement. Ici, les multiples tableaux accrochés aux cimaises, tantôt abstraits, tantôt figuratifs, dévoilent de profondes inspirations de la part de leurs auteurs. Dans cette pléthore de créations, une attire particulièrement l’attention. Elle est intitulée ‘’L’amour maternel’’.

Au-delà de l’aspect géométrique, s’y dégage beaucoup d’affection : celle d’une mère envers son enfant. Selon la galeriste, ce chef-d’œuvre en dit long sur la personnalité de l’auteure qui n’est personne d’autre qu’Awa. ‘’Vous voyez la symétrie dans son tableau ? Elle traduit sa personnalité. Dans la vraie vie, Awa est une jeune femme organisée, droite et vraiment  correcte’’, renseigne-t-elle, ravie.

Retrouvée dans un des 52 ateliers du Village des arts, tableau sur ses cuisses découvertes, Awa manie bien son pinceau. Accueillante et chaleureuse, la jeune fille à la noirceur d’ébène est très ravie de présenter ses tableaux d’art. Loin de la distraire, cette petite visite l’inspire davantage. Au bout de quelques minutes, apparait ’’miraculeusement’’ l’image d’une petite enfant inquiète et pensive, mais cette fois en l’absence de la mère comme dans l’exposition à la galerie.

‘’Je travaille sur le thème de la femme et de l’enfant, les enfants de la rue, l’amour maternel et surtout sur les mutilations génitales. Disons que je m’inspire de moi-même’’, informe-t-elle.

Consciente que ces messages qu’elle livre dans ses tableaux n’atteignent pas le quart de sa cible, Awa ne se décourage pas pour autant. A côté de la céramique et de la mosaïque, la peinture, en plus d’être un moyen de sensibilisation, reste une grande passion chez elle. Ce qui peut être une petite consolation. Elle affirme : ‘’Même si tout le monde ne comprenait pas l’art, même si toutes les femmes ne pourront ni voir ni déchiffrer mon message,  je me réjouis d’exercer ma passion. D’abord, il faut aimer l’art pour pouvoir vivre avec.’’

En attendant de posséder son propre atelier au Village des arts, l’artiste Awa continue de matérialiser ses inspirations quotidiennes, dans l’espoir que les mutilations génitales qu’elle juge illégales et injustes soient arrêtées. 

FATMA MBACKE (STAGIAIRE)

Section: 
LITTÉRATURE – AMOUR, TRANSPARENCE, CONFIANCE, CONTRÔLE… « L’Équilibre du cœur » suscite réflexion
20 ANS D’AFRICULTURBAN Le hip-hop sénégalais sur le piédestal
FESTIVAL REKK Le Sénégal s'enrichit d'un nouveau festival
RESTITUTION ARTISTIQUE AU GRAND-THÉÂTRE : Théâtre-forum et playback à l’honneur
TRANSPOSER L’HOSPITALITÉ SÉNÉGALAISE EN MILIEU PROFESSIONNEL... Sokhna Diaw développe le concept Teranga esprit
FEMMES INVISIBILISEES - RECITS OUBLIES : Le pari de PluriElles
16E EDITION DAK’ART : Enfin la date connue !
DISPARITION D’UNE ICONE : Seni Awa Camara, la sculptrice de la terre s’en est allée
TANIT D’OR JCC 2025 : Liti-Liti, une déclaration d’amour à l’humain
EXPOSITION ‘’TES VUES / MA VIE’’- FOLIE SUR LES RESEAUX SOCIAUX L’artiste Boubacar Diallo invite à l’introspection
COPIE PRIVÉE ET DROITS D’AUTEUR : L’État donne le signal, les artistes attendent les actes
CULTURE : Thiès accueille les trésors retrouvés du champ de bataille de Samba Sadio (1875)
Dalifort Hip Hop
50 ANS DE CARRIÈRE DE SOULEYMANE FAYE : Célébration d’un demi-siècle d’art et de sagesse sur scène
RENTRÉE SCOLAIRE 2025/2026 : L’U2PF mise sur l’égalité des chances
LIVRE – DJEMBERÉ, CELLE QUI CHANGE TOUT : Une résiliente face au chaos institutionnel et social
PROLIFÉRATION DES MÉDIAS ÉTRANGERS : Péril sur la souveraineté
ACCES 2025 : Le musique africaine rencontre le monde à Pretoria
TROISIEME EDITION FESTIVAL JOTAAY JI : Dakar a vibré aux voix du féminisme 
BARRIÈRES À L’AUTONOMISATION DES FEMMES : La plaidoirie de l’AJS