Publié le 6 Aug 2025 - 15:13

Crève, la culture !

 

La polémique née de la nomination de responsables de services régionaux, exclusivement réservée aux cadres de la jeunesse et des sports, au détriment de ceux de la culture, est révélateur de la piètre place accordée à ce secteur. Cet acte dénote d’une marginalisation des professionnels de la culture au sein du département qui les regroupe. Les cadres culturels, constitués au sein de l’Amicale et du Syndicat des Animateurs et Conseillers aux Affaires culturelles (ADAC et SYAC), ont, à ce propos, bien raison de dénoncer cette discrimination flagrante pour ne pas dire corporatisme institutionnel.

Un tel acte mine l’inclusion de ces derniers et entame l’ambition du Président de la République de redonner à la culture la place qu’elle mérite, en tant que pilier de la souveraineté nationale.

En effet, l’exclusion des cadres de la culture des postes de responsabilité aux niveaux national et régional reflète une vision réductrice. Il dénote d’une méconnaissance du rôle central de ceux-ci dans le processus de développement économique du pays. La culture est un secteur porteur de richesses qui requiert plus de considération de la part des autorités. Lors de son dernier passage à l’hémicycle, notre défunt ministre de l’Economie et des Finances estimait la contribution de la culture dans le PIB à environ 50 milliards de francs CFA, entre 2023-2024.

Les animateurs et conseillers culturels, chargés de l’application de la politique culturelle et partenaires des créateurs, ont joué un rôle non négligeable dans l’atteinte de ce résultat. Ils disposent d’expertises scientifiques uniques, acquises dans de prestigieuses écoles. Le corporatisme ou le don, seulement, ne suffit pas pour légaliser l’exercice d’une profession. Ignorer les compétences de ces corps et leur apport pour un développement culturel national équilibré revient à fragiliser l’ancrage territorial de nos politiques publiques.

Nos dirigeants se trompent toujours quand, dans la définition des politiques publiques de développement, ils relèguent au second plan l’expertise des professionnels et acteurs des secteurs concernés.

L’alliage jeunesse-sports-culture en est un parfait exemple. Ce mariage qui avait suscité un espoir chez certains, apparait aujourd’hui comme un danger pour la Culture. Ce secteur court le risque d’une absorption systématique par le sport et la jeunesse. Compte tenu de son rôle dans la construction de l’identité nationale et de son apport dans l’économie, la culture ne saurait être à la remorque d’aucun autre secteur. Elle n’est ni folklore ni accessoire, c’est un secteur très sérieux. Il est animé par des bâtisseurs de conscience, des éducateurs et des gardiens de la mémoire collective qui façonnent les esprits, inspirent les générations et préservent l’identité d’un peuple à travers leurs œuvres.

Les constats et les insuffisances décriées par des acteurs (artistes, écrivains, cinéastes, gestionnaires du patrimoine, acteurs et professionnels, etc.) renseignent sur les difficultés que vit le secteur. Certaines nominations de personnes au profil et à l’expertise inavérés à des postes de responsabilité stratégique inquiètent également. Elles sont la source quotidienne des décisions insensées et des confusions de rôle notées dans l’administration et la gestion du secteur culturel. L’attelage actuel jeunesse-sports-culture semble improductif vu le manque de coordination institutionnelle sur le terrain. De l’avis de beaucoup d’acteurs et hommes de culture, cette réunion a entraîné une dilution des priorités de la culture. Ses besoins spécifiques sont de plus en plus négligés au profit de généralités et de conflits d’intérêts, adossé sur un esprit corporatiste.

A ce propos, il convient de faire remarquer que la souveraineté culturelle, prônée dans le référentiel Sénégal Vision 2050, ne peut prospérer que sur la base d’une lettre de politique sectorielle claire. Une lettre avec une vision et des orientations concertées, appliquée dans un environnement qui garantisse l’équité dans la gestion et la représentation des compétences culturelles dans les postes décisionnels, entre autres.

Au bout de quinze mois, la majorité des acteurs du secteur culturel sont unanimes à plaider pour le rétablissement de l’autonomie institutionnelle de la culture. En termes clairs, il s’agit de détacher la culture de la jeunesse et des sports. Persister dans le maintien de cet alliage et s’inscrire dans une entreprise visant à affaiblir les animateurs et conseillers culturels pourraient être assimilé à une tentative de déstructuration du secteur. Il en est de même de l’exclusion récurrente des animateurs dans les recrutements dans la fonction publique.

A l’instar des conseillers, les animateurs culturels sont des partenaires indispensables dans la définition et la mise en œuvre de toute politique culturelle. Les marginaliser, reviendrait à affaiblir notre pays dans sa capacité à renforcer son influence à travers le monde.

Les nouvelles autorités ne sont pas attendues sur les logiques corporatiste et politique, longtemps décriées. Les primes issues de l’appartenance fédérative, du sexe ou de l’allégeance politique entament la motivation et le volontarisme de valeureux commis dont l’unique et seul sacerdoce est de servir l’Etat.

Abdoulaye SENE,

Animateur et Conseiller aux

Affaires culturelles.

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