Publié le 12 Feb 2015 - 12:55
DEBAT SUR LA SITUATION DE LA PRESSE

Le code emprisonné par la dépénalisation

 

Le code de la presse se fera sans la déprisonnalisation ou ne sera pas. Cette position du député Me El hadji Diouf, réaffirmée hier lors d’une rencontre sur la question, n’est pas loin de celle des décideurs actuels. Le secrétaire général du Synpics, pour sa part, constate que les choses sont au point mort depuis l’avènement de Macky Sall.

 

Entre l’Etat du Sénégal et les acteurs des médias, c’est le dialogue de sourds, tant les uns et les autres semblent être sur des positions distantes. La rencontre d’hier portant sur le devenir des médias en est une parfaite illustration. Le secrétaire général du Syndicat des professionnels de l’information et de la communication (SYNPIS) sait sans doute de quoi il parle quand il affirme que depuis que le président Macky Sall est arrivé au pouvoir, le code de la presse est au point mort. Alors que les journalistes multiplient les initiatives pour essayer de convaincre les décideurs sur la nécessité de voter le code, ceux-ci sont plus que jamais décidés à ne le faire que quand la déprisonnalisation sera éliminée du texte.

Ibrahima Khaliloulah Ndiaye a beau appeler les parlementaires et autres personnalités à connaître le fond et l’historique du texte avant de le critiquer, c’est peine perdue. ‘’Les journalistes ne demandent pas à ne pas être punis. Extirper une partie pour juger, c’est fausser l’esprit du code’’, plaide-t-il. Mais à peine a-t-il terminé que le député Me El Hadji Diouf, ‘’l’ami des journalistes’’, prend le contre-pied. ‘’C’est un projet de code qui risque de ne jamais devenir un code. Le journaliste n’est pas au-dessus du président de la République, des ministres et des députés. Personne ne votera le code tant que la déprisonnalisation y figure’’, a prévenu celui qui se dit responsable des frondeurs contre le texte.

Avec la verve qu’on lui connaît, il a affirmé qu’avec ce code, ‘’celui qui a des milliards peut facilement détruire un adversaire’’. Dans la foulée, le tonitruant député accuse les patrons de presse de vouloir maintenir cette disposition en l’état afin de mieux exploiter les reporters. L’intervention de Bakary Domingo Mané du CORED ne lui fera pas changer d’avis. Ce dernier regrette que le député-avocat et compagnie lisent le document ‘’en détail’’, ignorant au passage la philosophie du texte. Selon lui, le premier problème résolu par le code est la formation. Vient ensuite l’entreprise de presse. Car il est convaincu que le meilleur journaliste, si bien formé soit-il, dans le contexte de misère dans la presse, va développer la logique de vie. Et suivent en dernière position la régulation et l’autorégulation.

De son côté, Ibrahima Ndoye, journaliste, conseiller à la présidence, doute lui aussi de l’efficacité des sanctions, quelles soient pénales ou pécuniaires. Prenant exemple sur son cas personnel, il se dit avoir été victime d’un lynchage médiatique non justifié. Ainsi, il en conclut : ‘’ Certes il faut un code consensuel mais quelle que soit sa nature, les gens continueront à faire ce qu’ils veulent. La bataille est dans la formation et la sensibilisation.’’

Pour le magistrat Bamba Niang du Comité national de transition de l’analogie au numérique (CONTAN), la question n’est pas de dépénaliser ou pas, car il y a peu de journalistes qui ont été envoyés en prison. Et pourtant, il n’en manque pas, des raisons. Le problème, à son avis, est donc de savoir si cette sanction est la mieux indiquée par rapport à la dérive. ‘’La question ici est d’adapter la réponse à la dérive’’, conseille-t-il.

BABACAR WILLANE

 
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