Publié le 10 Jun 2024 - 14:08

Faut -il criminaliser l’homosexualité ?

 

La visite de Jean Luc Mélenchon a ravivé la polémique relative à l’homosexualité, une pratique aussi vieille que le monde. Les textes sacrés des différentes religions révélées parlent de ce phénomène qui n’est pas nouveau.

La véritable nouveauté est qu’il est objet de débats épiques voire de fractures profondes entre les nations occidentales qui prônent la permissivité totale en matière de sexualité et certains peuples qui ont une conception pas très libérale sur la question compte tenu de leur histoire, de leur mœurs, de leur culture voire de leur religion.

 Et là où le bât blesse, c’est que les sociétés d’abondance qui exercent leur suprématie un peu partout dans le monde et installées dans cette logique du « tout pour le plaisir des sens » veulent imposer certaines de leurs modes de vie et de leur façon de penser à d’autres régions du monde aux conceptions philosophiques, culturelles voire religieuses totalement opposées. Quitte à leur imposer même des sanctions économiques et autres ?

Tout le problème est là !

Que recouvre alors ce vocable qui charrie tant de passion ?

D’après le dictionnaire Webster, l’homosexualité est “l’activité érotique avec un membre de son propre sexe, (...) la satisfaction de la libido [désir sexuel, sensuel] recherchée avec des individus de son propre sexe”.

Par conséquent, les baisers, les caresses et les câlineries destinés à éveiller les passions d’un individu de son propre sexe sont autant de pratiques homosexuelles. En outre, bien que la plupart des gens s’imaginent que seuls des hommes sont homosexuels, le terme s’applique également aux femmes qui s’adonnent à cette pratique. Toutefois, il existe un autre mot pour désigner ces femmes inverties ; on dit qu’elles sont lesbiennes.

Nous n’allons pas nous arrêter à cette définition. Nous ferons appel à Amadou Lamine Sall pour cerner la problématique dans ces facettes les plus intimes. Sa réflexion avec une forte teneur socio-anthropologique, sonne éminemment juste et interpelle l’humanité entière en ce sens qu’elle prône le respect des autres. Des autres qui voient autrement le phénomène : « Les gens ont la liberté de faire ce qu’ils veulent, mais ils n’ont pas la liberté d’imposer aux autres ce qu’ils sont. » « Les fondements de la nature humaine, susceptibles de conduire à l’homosexualité sont bien connus dans les cultures africaines, mais cette pratique a été contenue dans des proportions qui ont empêché d’en faire un problème social. Les cultures africaines reconnaissent la dualité de l’être humain, selon laquelle, chaque personne porte en elle une dimension du sexe opposé. Les mythes cosmogoniques dogon et bambara, entre autres, sont sur ce plan, très explicites. » écrit Raphaël Ndiaye dans un solide article intitulé « Homosexualité et dualité de l’être humain. » Donnons du respect à tout combat qui préserve la vie humaine et sa dignité mais sans rien céder sur nos valeurs primordiales de défense d’une identité sociale et spirituelle forte, non négociable. Au Sénégal, l’homosexualité constitue un délit puni par la loi. Sa nature nous l’interdit. Mais nous ne devons pas nous substituer à la justice et franchir l’infranchissable : agresser et donner la mort ! Inacceptable ! À ceux qui, librement, la défendent, l’Ambassadeur de Tombouctou dit ceci : « Ne confondons pas liberté coupable et droit de l’homme ! » Je recommande vivement la lecture de ce texte majeur intitulé : HOMOSEXUALITÉ : SAUVEZ NOTRE IDENTITÉ !

Cette pratique, l’homosexualité qui est source de tensions et de discussions rageuses dans le pays doit-elle continuer à mobiliser nos énergies en nous engageant dans des querelles sans fin ?

Voilà une question fondamentale que tous les sénégalais, soucieux de l’avenir de ce pays doivent se poser. Doit-on évacuer totalement la problématique des mœurs pour des pays comme les nôtres, confrontés à de multiples défis ?

Je ne le pense pas au motif que les mœurs interfèrent quelque part dans le champ du développement. Pour autant, on ne doit pas s’y focaliser à tout bout de champ.

Pour dire vrai, la question de l’homosexualité ne sera pas réglée par des mesures administratives, réglementaires et autres. La criminalisation qu’appellent de tous leurs vœux certaines organisations de lutte contre certaines formes de déviances, ne changera en rien dans l’évolution de ce fait social. Absolument rien !

N’a-t-on pas criminalisé la drogue au Sénégal ? Les lois qui sanctionnent les trafiquants de drogue sont devenus plus sévères. Cela a-t-il arrêté les bandits qui s’adonnent à ce honteux trafic. Non ! La preuve, la Une des journaux de la place est souvent barrée par des titres du genre : arrestation de trafiquants de drogue. Tout cela pour dire que des questions de ce type ne se règlent pas uniquement par la répression.

Le phénomène qui a pris une ampleur insoupçonnée ces dernières années n’est pas né ex nihilo. Il est révélateur de dysfonctionnements graves dans la société. Quand une société est complétement déréglée au point que ces assises morales, sociales, religieuses voire culturelles sont totalement fragilisées, alors là, tous les possibles en termes de régression morale sont possibles.

C’est faire preuve de courte vue que de penser qu’en brandissant le bâton, cela pourrait avoir des effets dissuasifs. Au contraire !

Cela dit, qu’on se comprenne bien ! Je ne défends pas l’homosexualité ! J’essaie seulement en tant que technicien du social de comprendre et d’indiquer la démarche idoine à même de nous permettre de nous protéger de ce fléau qui est entrain de gangrener la société sénégalaise.

Me revient en mémoire une discussion que j’ai eu avec un activiste pour lequel j’ai beaucoup de respect il  y a de cela deux ans. L’homme qui a des positions tranchées sur la question de l’homosexualité avait fait à l’époque une sortie médiatique dans laquelle il promettait la géhenne aux homosexuels. Je m’arrange pour avoir son numéro de téléphone.

 Mon intention, c’était de le convaincre sur la nécessité de rompre avec sa position extrémiste sur la question. Je dois dire que j’ai échoué dans ma tentative de le convaincre.

Avant de clore   la discussion, je lui demande de méditer sur ce mot : « Si Dieu devait choisir entre ces deux possibilités, laquelle prendrait-il selon vous : tuer l’homosexuel à coup de pierres ou tout autre objet comme vous le préconisez ; ou aider l’homosexuel jusqu’à ce qu’il rompe définitivement avec son passé et revenir prendre sa place dans la société » ? Je crois que le Dieu que partage toutes les religions monothéistes est un Dieu de tolérance et de pardon et qu’il aurait choisi la seconde option à savoir aider l’inverti à reprendre sa place dans la société.

A ce que je sache, il n’y a pas un individu au monde qui aimerait vivre la situation d’un homosexuel sénégalais. Ces derniers font l’objet de mépris et de rejet dans la société. Et les choses se sont corsées ces dernières années pour les homosexuels du fait de discours et de sermons à relents religieux assez musclés, répétés à longueur d’antenne et très critiques à leur encontre. Ces imprécations survenant dans un contexte de pauvreté généralisée ne pouvaient qu’ouvrir la voie à l’intolérance !

Ces hommes et femmes qui sont désignés à la vindicte populaire et qui subissent des traitements dégradants doivent-ils être pris pour cibles ? Ne faudrait-il pas questionner la société dans ses pratiques, dans son fonctionnement pour savoir comment ce phénomène a pu connaitre ce développement fulgurant ces dernières années. ? Comment cette société a pu créer tous ces éclopés moraux ?

A mon humble avis et là je me répète- celle-ci a des vertus pédagogiques- : ce n’est pas la répression qui va régler ce problème de société. Notre société déréglée dans ses fondements ne peut que fabriquer toutes sortes de déviances.

Qui s’intéresse présentement à l’éducation des enfants dans nos familles ? Pratiquement personne ! Dans les quartiers populaires, des jeunes de 12 -13 ans squattent les rues jusqu’à 4heures, 5heures du matin et cela ne dérange personne. La famille qui se devait être un milieu de socialisation et d’épanouissement pour la jeunesse est devenue malheureusement ces dernières années un cadre de fabrique d’hommes et de femmes totalement déstructurés au plan moral et social. Dans ces conditions, ne soyons pas surpris de la progression des comportements en déphasage avec nos bonnes mœurs.

Rien, absolument rien ne prépare le jeune sénégalais à pouvoir s’affranchir de comportements qui heurtent la morale sociale. L’école sensée jouer un contrepoids face aux défaillances de la famille, est dans un état moribond.

Cet environnement porteur de déséquilibres de tous ordres dans la société a été amplifié par une gouvernance étatique faite de rapines, de vols, de pratiques occultes en tous genres. Tout cela ne peut que déteindre négativement dans la société.

A vrai dire, ce qui se passe aujourd’hui dans la société sénégalaise en terme de dissolution des mœurs ne doit nullement surprendre personne. Toutes les conditions sont réunies dans notre groupement humain pour faire basculer quelqu’un dans les travers qui fleurtent avec l’immoralité.

Nos enfants, livrés à eux même vivent dans un désert affectif terrifiant. Et là bonjour les dégâts ! Suivons ce chercheur américain, Irving Bieber, autorité internationale en la matière et auteur de plusieurs ouvrages sur l’homosexualité : ‘Un père qui ne s’intéresse pas à ses enfants et une mère autoritaire sont une combinaison parfaite pour produire un fils homosexuel.’ Il a ajouté : “Il est impossible à mon avis qu’un père produise un fils qui se prostitue s’il se montre affectueux envers sa femme et son fils, et favorise la masculinité de celui-ci ».

Les propos de ce psychothérapeute, Irving Bieber ne déparent pas de celui de son collègue, Joseph Nicolosi, spécialiste des troubles mentaux quand il affirme que l’homosexualité masculine est “presque toujours le résultat de relations familiales anormales, particulièrement entre le père et le fils”.

Ces affirmations qui portent la signature de scientifiques reconnus, doivent nous pousser à la retenue. Au fait derrière beaucoup de masques, se cachent des douleurs, des traumatismes indicibles qui ont pu façonner une personnalité. Une personnalité déstructurée !

Quand vous ignorez tout de l’histoire d’une personne, il faut se garder de faire dans les jugements faciles, hâtifs et intempestifs. C’est là le point de vue du

Professionnel du social que je suis. Lequel a compris qu’en matière de lutte contre certains « dérèglements sociétaux », la démarche la meilleure n’est pas toujours la sanction.

 Ce qu’il nous faut véritablement, c’est refonder notre société sur des bases plus justes, plus égalitaires avec des dirigeants qui donnent le bon exemple ; le tout combiné avec une éducation de qualité dans nos écoles. Une société qui surfe dans la Justice, la Vérité sur la longue durée peut espérer produire des hommes et femmes de grande valeur morale. Autrement ce n’est pas possible : ne nous leurrons pas !

Ecoutons à ce propos cette vérité, signée d’un savant sénégalais en l’occurrence, Abdoulaye Sokhna Diop. Ces mots prononcés en 1981 lors d’un colloque n’ont pas pris une seule ride. Ils   transcendent le temps par la charge de vérité d’airain qu’ils charrient : « Après vingt ans dans une société souveraine, le citoyen sénégalais reste désabusé devant ce qu’il continue de vivre au plan de la moralité et des valeurs morales. Il a l’impression bien réelle qu’une sorte d’invite permanente lui est lancée pour qu’il tourne le dos à la moralité et à la vertu. Cette impression le pousse à admettre de façon cruellement malheureuse, que « pour être bon citoyen », pour faire partie de la frange enviée des « boroom daraja », de l’ « élite », il lui faut  « vendre son âme au diable » en pactisant de façon zélée avec celui-ci qui incarne , sous tous les rapports possibles , le vice, la tare, le défaut. Si le citoyen sénégalais résiste à cette invite permanente, il risque de se marginaliser (l’expérience est là qui le prouve) par rapport aux exigences de la société corrompue, travestie, bafouée du fait de la mise à l’encan de ce qu’elle avait de plus sacré : ses vertus ». In ETHIOPIQUES, 1981, préfacé par le président poète, Léopold Sedar Senghor

Ce papier, c’est comme s’il l’avait écrit aujourd’hui. Mais c’est le propre des grands esprits de faire des réflexions qui transcendent le temps. Que de turpitudes, vécues entre 2000 et 2024. Les tenants du pouvoir entre 2000 et 2024 ont démoli la société sénégalaise, côté, valeurs morales.

Et résultat des courses : le développement phénoménal des anti-valeurs.

Le mot de la fin, je vais l’emprunter à deux brillants esprits qui ont dû projeter de la lumière sur ce sujet qui fait l’actualité. Il s’agit de Vieux Savané et Amadou Lamine Sall. Pour le premier nommé, brillant philosophe, reconverti au journalisme, il est temps de passer à autre chose de plus essentiel : « « Wax ji doy na sëkk » a-t-on envie de scander puisque le temps est à l’action. A ce titre, faut-il le souligner, il est rassurant de voir que, loin des agitations de tous ordres, le plus jeune président de la République du Sénégal semble résolument se focaliser sur les problèmes qui taraudent les populations en situation de précarité. La cherté de la vie. La pauvreté en milieu rural. La mal gouvernance, etc. Les chantiers qui sont énormes et en attente de solutions invitent le président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye et son gouvernement à ne pas se laisser divertir ni se laisser entrainer sur des terrains sans horizons. ».

Dieu sait qu’il a raison ! Les peuples qui veulent caracoler vers le sommet ne s’attardent pas sur des considérations qui les tirent vers le bas. On a trop discutaillé sur ces questions. Il est temps d’aller vers des préoccupations fondamentales à même de faire secouer et de faire bouger les lignes. Le progrès n’attend pas. Et merci à Amadou Lamine Sall pour nous avoir rappelé cette vérité irréfutable : pour grandir et gagner la bataille contre le sous-développement, il y a plus urgent à faire : « L’homosexualité n’est pas notre projet, pour utiliser un mot à la mode au Sénégal ! Il y a plus urgent d’autre à affronter et vite : cette apocalypse sénégalaise plus destructrice que tout : l’indiscipline, l’incivisme, l’insolence, l’illettrisme, la médisance, la jalousie, la haine, l’impunité, la défiance et la bravade, la corruption qui gangrène tout ! Voilà le mal dominant qui affronte avec panache un État hésitant, comme désarmé et toujours sur la défensive. Voilà le vrai combat de ce cher pays que nous aimons tant et que nous regardons s’effriter si, très vite, nous ne réinventons pas un nouveau citoyen !»

Fait à Pikine le 9 Juin 2024

Madi Waké TOURE,

Assistant Social, Conseiller en Travail Social

tmadi70@yahoo.fr

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