L’avis d’agents de joueurs sénégalais
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En salle au cinéma Pathé de Dakar, le film ‘’Mercato’’ permet de débattre sur le métier d’agent de joueur de football. Après avoir visionné le film, des membres de l'Association des agents de joueurs FIFA du Sénégal, sont revus les critères d’un agent. De jeunes joueurs ou amateurs de foot ont, eux aussi, donné leurs avis sur ce thriller.
‘’Mercato’’ est un film qui plonge les spectateurs dans les coulisses du football professionnel. En salle au cinéma Pathé de Dakar, ce thriller montre le quotidien d’un agent de footballeurs professionnel endetté. En difficulté depuis que son joueur préféré est sanctionné par le PSG à cause d’une histoire de drogue, Driss, incarné par le talentueux Jamel Debbouze, s’engage dans une course contre la montre à une semaine du mercato. Pour sortir la tête de l’eau, la morale est parfois mise de côté. Il a aussi voulu vendre un enfant talent à un centre de football, l’obligeant à quitter son pays alors que ce dernier souhaite prendre du plaisir dans le jeu avec ses amis du quartier. La fin du long métrage est inattendue, heureuse, peut-être grâce à l’instinct de survie, mais aussi au talent de négociateur de Driss.
Agent de joueur FIFA et certifié représentant de mineur, Moustapha Diop est le président de l'Association des agents de joueurs FIFA du Sénégal. Après avoir assisté à la première du film ‘’Mercato’’, il a tenu à souligner que le métier d’agent de joueur est maintenant encadré. Il déclare : ‘’On a vu qu'à travers le film, il y avait une vraie mafia qui était derrière. Les joueurs ont été utilisés comme du bétail ; il y avait toute une mafia.’’ Il note qu’il y a eu des réformes en vigueur au niveau de la FIFA, depuis le 23 octobre 2023. Il explique qu'aujourd'hui, pour exercer le métier d'agent de joueur, il faut avoir la licence FIFA. Et pour pouvoir représenter un footballeur, il faut qu'il signe un contrat de représentation.
Sur le contrat de représentation, le numéro de la licence de l’agent doit y figurer. ‘’Le contrat de représentation ne doit pas excéder deux ans. Dans le contrat aussi, il y a une clause extrêmement importante qu'il faut signer. En dehors du contrat de représentation, il faut signer au joueur qu'il peut ou ne pas prendre l'avis juridique pour sa bonne gouverne. Là, c'est une clause extrêmement importante. Si on ne le fait pas, le contrat n'est pas valide’’, a expliqué Moustapha Diop.
En ce qui concerne les footballeurs mineurs, l’agent explique qu’au niveau de la licence FIFA, il faut faire ce qu'on appelle la certification pour la représentation de footballeurs mineurs. Autrement dit, pour faire signer un footballeur, il faudrait qu'il ait 18 ans, mais quand il y a la certification mineure, l’agent peut faire signer un garçon qui a 17 ans et demi. Un avantage.
‘’On a montré qu'il y avait des personnes véreuses qui sont attirées par l'appât du gain. Chaque fois qu'on le voyait, le gars (le personnage principal) ne s'occupait pas du plan de carrière du garçon, de ce qu'il voulait exactement. Il décidait à sa place parce qu'il y avait des guerres tout autour. Et c'était des familles qui s'étripent tout en oubliant que les footballeurs sont des enfants à qui on a volé leur jeunesse. On ne leur donne pas la paix’’, a relevé le consultant en management du sport.
Parlant des clauses pour les représentations de mineurs, il renseigne qu’il y a quatre points sur les droits des enfants. Parmi lesquels le droit de bénéficier d’une formation et donc ne pas mettre les aspects du football au-devant. ‘’Par exemple, les académies ou les clubs de foot aujourd'hui ne tiennent pas compte de ça. Aujourd'hui, la FIFA peut les sanctionner et même retirer leur licence d'équipe. Aujourd'hui, on tient à protéger les footballeurs’’. La formation permet aux jeunes joueurs d’avoir un métier, nécessaire à la reconversion.
Revenant sur le film, Moustapha Diop considère qu'’’on n'avait pas affaire à un agent ; mais un affairiste. Quelqu'un qui cherche à gagner sa vie, c'est pour cela que la FIFA a mené ces réformes-là’’.
Pierre Gomis est de la 14e promotion de la formation FIFA. Cet agent de joueur trouve le film très instructif. ‘’Ça nous apprend beaucoup de choses, montrant comment se passe la vie d’un joueur face à un agent ou soi-disant agent de joueur. On se rend compte que quelquefois, les jeunes sont bernés. C'est de la mafia’’, a-t-il déclaré.
Et d’ajouter : ‘’Ce genre de film-là aide un peu à mieux construire l'avenir des jeunes, pour les aider à mieux s'insérer dans le milieu du foot.’’
Ce qui a le plus marqué M. Gomis dans ce film, c'est le comportement d'abord des parents. ‘’Quelque part, les parents influencent. Il y a des parents qui sont avertis et qui arrivent un peu à retirer les enfants, à les aider, à les accompagner pour pouvoir au moins mieux s'insérer’’, a dit le confrère de Moustapha Diop.
L’autre interlocuteur s’appelle lui aussi Pierre Gomis, mais il s’agit d’un jeune joueur qui faisait partie des Espoirs de Guédiawaye. Aujourd'hui sans club, ce footballeur qui rêvait d'intégrer les U17 s'entraîne seul dans l’espoir d’un avenir meilleur. Venu des Parcelles-Assainies, après avoir visionné le film, il a, pour sa part, bien apprécié le rôle joué par Driss qui est un vrai débrouillard, selon lui. ‘’Il ne s’est jamais découragé, malgré les difficultés. S’il avait baissé les bras, il n’aurait pas réussi. Il accompagne le joueur jusqu'à ce qu’il décroche un contrat. Au Sénégal, c’est ce qu’on manque. Les gens ne nous aident pas malgré notre talent’’, a soutenu le jeune joueur.
Mita Salim dit ‘’Boy MK’’ est un influenceur sportif. Ce jeune a aussi apprécié l’agent de joueur dans le film. ‘’Il n’a pas lâché. Il a tout le temps cherché à faire signer des joueurs, de leur trouver un gros contrat et en même tirer son épingle du jeu. Il ne réussissait pas, mais à la fin ça s’est bien passé’’ a apprécié l’influenceur qui a effectué le déplacement dès qu’il a vu que c’est Jamel à l’affiche.
BABACAR SY SEYE