Publié le 1 Oct 2013 - 01:10
LIBRE PAROLE

La crise de l’eau et ses leçons

 

 

La pénurie d’eau à Dakar présente les allures d’une véritable crise. L’eau n’est pas, en effet, une variable interchangeable. C’est un bien vital et capital, en tant que produit de consommation et facteur de production, élément fondamental des pratiques cultuelles, destiné à assurer la purification, et base même de l’hygiène corporelle. L’impatience des populations n’est donc que légitime.

Le Président de la République l’a si bien compris qu’il a écourté son séjour aux Etats Unis après avoir envoyé son Premier ministre à Keur Momar Sarr, au lieu même où la panne technique plonge les Dakarois dans la désolation. Plus, le Chef de l’Etat est descendu lui-même sur le terrain. Il n’a pas que constaté. Il a donné des instructions fermes pour la reprise de la distribution dans les meilleurs délais. Et face à l’urgence, les techniciens de la SDE et de la SONES, appuyés par des entreprises sénégalaises, aussi déterminés que motivés, sont à pied d'œuvre pour assurer un nouvel équilibre. Dans le même temps, le Chef de l'Etat a annoncé que les consommateurs privés d’eau durant une bonne partie du mois ne paieront pas de facture.
C’est dans le calme et la sérénité que le Président Sall a ainsi réagi, avec promptitude et méthode, à la crise de l’eau qui frappe durement les ménages dakarois. Il convient de rappeler que durant les années 2009-2012 consacrées à la rencontre avec les Sénégalais de toutes les régions, de tous les départements et de toutes les communautés rurales du pays, l’actuel Chef de l’Etat a pris acte du fait que l’accès à l’eau potable constitue une sur-priorité pour les Sénégalais. Son engagement dans cette crise n’est donc pas circonstanciel. Il s’inscrit parfaitement dans sa vision de la politique qui puise son sens dans l’exigence de justice sociale ainsi que l’illustre le lancement, il y a une dizaine de jours, de la couverture maladie universelle, entre autres.
Logique de la démarche, réponse juste à une situation exceptionnelle et ouverture d’une perspective forte pour la qualité du service public : tel est le fond du comportement du Chef de l’Etat qui a rassuré les Dakarois et convaincu les jeunesses des quartiers qui ont mis au placard la logique des émeutes le long des nuits d’angoisse.
Nous sommes loin, ainsi, des rhétoriques démagogiques dont les porteurs, déconnectés du réel et ignorants des formes de conscience populaires face aux épreuves, fantasment sur une illusoire « insurrection » ! En d’autres termes, il est évident que la volonté du Président de la République à apporter une solution urgente à la situation a rencontré, opportunément, la compréhension informée des populations.
Une telle conjoncture devient alors propice pour envisager lucidement l’avenir, forts des leçons que nous devons tirer de la crise de l’eau. J’en propose trois.
Leçon 1. Il est nécessaire et urgent d’effectuer un audit technique des chantiers entrepris ces dernières années selon une approche systémique qui évaluera l’opportunité, les corrélations entre ces chantiers et les éventuels conflits d’itinéraire pouvant entraîner, à terme, des situations de crise. Il est utile et salutaire de réprimer l’enrichissement illicite. Il est utile et salutaire d’auditer les comptes de la Nation. Il est tout aussi utile et salutaire d’assumer, sans complaisance, l’inventaire exhaustif des réalisations physiques de l’ancien régime pour s’assurer de la conformité à des normes de sécurité et de qualité.
Leçon 2. Il est nécessaire et urgent de sécuriser l’ensemble des ouvrages aussi sensibles que ceux de l’hydraulique urbaine et rurale en déployant des plans alternatifs. Il n’y a pas que l’eau. C’est le cas de l’électricité, des télécommunications, des routes, des transports, des ports et aéroports, des installations industrielles, etc. En somme, la culture de la qualité et de la sécurité doit désormais imprégner toutes nos entreprises, tous nos projets, toutes nos infrastructures.
Leçon 3. Il est nécessaire et urgent de mobiliser les compétences et expertises les plus diverses, forgées dans l’expérience de terrain, pour la production de stratégies de gestion prévisionnelle des situations de crise de ce genre. Le monde est devenu un véritable village planétaire, accentuant l’interdépendance entre les pays les plus éloignés les uns des autres. Les normes en matière de technologies bougent et changent constamment. La science de l’adaptation et de l’anticipation n’est plus alors un luxe de pays développés. Elle est un impératif pour toutes les nations qui veulent passer d’une époque de manque et de rareté à un niveau d’autosuffisance, de savoir et de savoir-faire qui garantissent le bien-être des générations actuelles et futures.

 

El Hadj H. KASSE
Conseiller spécial, Présidence de la République

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