Publié le 15 Feb 2022 - 18:30
LUTTE CONTRE LES CANCERS DE L’ENFANT AU SENEGAL

Deux cent cas répertoriés par an sur les 1200 attendus 

 

La journée mondiale de lutte contre les cancers de l’enfant a été célébrée, hier. Une occasion saisie par les acteurs de lutte au Sénégal, à travers un panel, pour lancer un appel pour le renforcement des structures de prise en charge, de dépistage et de diagnostic précoce. Car, sur les 800 à 1200 cas attendus par an dans le pays, seuls 200 à 250 sont répertoriés.

 

Les cancers de l’enfant deviennent de plus en plus nombreux dans le monde. Au Sénégal, il est attendu, chaque année, 800 à 1200 cas de cancer. Cependant, seuls 200 à 250 cas sont répertoriés. L’annonce a été faite, hier, par le Directeur de la Lutte contre la Maladie, Docteur Babacar Gueye, au cours d’un panel organisé à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de lutte contre le cancer des enfants. L’activité d’oncologie pédiatrique, renseigne-t-il, a été formalisée en 2000 avec la création d’une Unité d’oncologie pédiatrique (UOP) dans le service de pédiatrie de l’hôpital Aristide Le Dantec. 

De 2000 à 2021, poursuit Dr Gueye, 2877 enfants ont été pris en charge dans cette unité. ‘’Les résultats satisfaisants obtenus avec des taux de survie estimés à environ 50% témoignent de la qualité de prise en charge au sein de l’unité’’. De l’avis de Dr Gueye, depuis l’adhésion du Sénégal au Groupe franco-africain d’oncologie-pédiatrique (GFAOP) en 2000, les enfants atteints de cancer ont eu un accès plus facile au diagnostic et au traitement. Il a magnifié les réalisations du Groupe franco-africain d’oncologie-pédiatrique (GFAOP) pour l’appui indéfectible apporté à l’UOP pour une prise en charge adéquate des enfants malades. A cela s’ajoute la subvention de l’Etat à hauteur de 60% de la chimiothérapie et la disponibilité de la morphine sirop pour soulager la douleur.

Pour le Directeur de la lutte contre la Maladie, le meilleur moyen d’améliorer la survie globale relativement aux cancers de l’enfant est de s’orienter vers un diagnostic précoce suivi d’un traitement efficace. C’est ainsi que les prestataires des districts sanitaires sont en train d’être formés sur le diagnostic précoce des principaux cancers de l’enfant. Toujours dans l’optique d’améliorer la survie globale, le ministère de la Santé collabore avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour la mise en œuvre de l’initiative mondiale contre le cancer de l’enfant dont l’objectif est de relever le taux de survie d’au moins 60%, d’ici 2030. Car, selon l’OMS, chaque année, 400 000 cancers sont diagnostiqués chez les enfants. Les cancers de l’enfant, même s’ils représentent 1 à 2% des cancers, demeurent un réel problème de santé publique.

Malgré tous ces efforts, souligne Dr Babacar Gueye, les défis demeurent. C’est pourquoi, le ministère de la Santé s’engage à accroître les ressources humaines et les structures de prise en charge comme inscrit dans la politique sanitaire. D’ailleurs, c’est dans ce cadre qu’un centre d’oncologie pédiatrique est en cours de construction à Mbour. Il est prévu la mise en place d’un réseau national de soins en oncologie pédiatrique du Sénégal (RéNOPS) dont le but est de garantir l’équité, la qualité et l’accessibilité des soins. ‘’Tous les acteurs, les experts, la société civile, les partenaires, les populations ont un rôle pour réduire la morbi-mortalité due à ces cancers. Je les exhorte à renforcer le partenariat pour qu’ensemble nous puissions relever le défi de la lutte contre le cancer de l’enfant’’, recommande-t-il.

‘’Le cancer de l’enfant a la chance d’être curable dans 80 % des cas’’

De l’avis du Professeur Claude Moreira, dans quelques décennies, le cancer de l’enfant sera traité facilement. Mais, précise-t-il, pour le moment ce n’est pas le cas. ‘’Le cancer de l’enfant n’a strictement rien à avoir avec le cancer de l’adulte. Un des principaux combats, c’est de bien montrer que l’oncologie pédiatrique n’est pas la cancérologie. Ce sont des maladies très différentes, des prises en charge très différentes. Surtout, le cancer de l’enfant a la chance d’être curable dans 80 % des cas, lorsque les moyens sont disponibles. C’est une maladie grave, difficile à prendre en charge, mais c’est une maladie curable’’, précise Pr Moreira.

Avant d’ajouter que les soins sont pluridisciplinaires. Ils interpellent tous les soignants et la plupart des disciplines de la médecine. ‘’L’enfant est le modèle qui va permettre demain de gagner le combat de la lutte contre le cancer en général. Le service a fait énormément de choses. Ce qui reste à faire c’est la décentralisation dans d’autres régions’’, conseille-t-il.

Dans la même veine, Professeur Ousmane Ndiaye souligne que les cancers doivent être pris en charge de façon plus rigoureuse. ‘’Ces pathologies sont en progression. Au Sénégal, le nombre attendu par an est énorme. Ce n’est que le côté visible de l’iceberg. Des efforts doivent être faits en termes de dépistage et de diagnostic précoce.  Il faut le renforcement des capacités des agents à tous les niveaux de la pyramide de santé et décentraliser la prise en charge de ces cancers. C’est vrai que dans les autres villes, il est difficile de prendre en charge, parce qu’il n’y a pas d’infrastructures et les ressources humaines qu’il faut. Mais, c’est important de capaciter les infirmiers, les paramédicaux pour le dépistage précoce’’, fait-il savoir.

Pr Ndiaye recommande, en outre, le renforcement de capacité par des formations de courtes durées sur les compétences, parallèlement des renforcements de capacités pour l’obtention de la licence. ‘’C’est difficile de former les gens, quand ils sont déjà sur le terrain. Les pédiatres sont très engagés pour une prise en charge optimale de ces cancers’’.

VIVIANE DIATTA

 

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