Publié le 9 Feb 2024 - 23:40

Macky Sall, un dictateur à qui son peuple facilite la tâche

 

J’assume ce titre : nous avons à la tête de notre pays un dictateur. Oui, un vrai dictateur, dont les actes et propos de tous les jours confirment cette qualité, qualité en tant que caractère. Selon mon Petit Larousse illustré (2012), un dictateur c’est notamment : 1) une personne qui, parvenue au pouvoir, gouverne arbitrairement et sans contrôle démocratique ; autocrate ; 2) une personne très autoritaire, un tyran. Qui peut me contester d’appliquer ces deux définitions à l’homme qui nous gouverne depuis le 2 avril 2012 ? J’attends cette contestation et les arguments qui la soutiendront.

Je pouvais m’arrêter à sa seule décision arbitraire, autoritaire de reporter l’élection présidentielle du 25 février 2024 et de prolonger son mandat jusqu’au 15 décembre 2024, et peut-être bien au-delà si on le laisse faire. Oui, sa seule décision puisque c’est lui seul qui a tout orchestré. C’est lui qui, depuis le 2 avril 2012, règne en maître absolu sur notre pauvre pays et son peuple qui le laisse malheureusement souvent faire. Ce président-politicien aurait déclaré très tôt qu’il allait gouverner le pays dans la dictature. C’est un de ses très (anciens) proches, aujourd’hui éloigné du pouvoir autoritaire et autocratique – je n’exagère pas  – qui  m’a fait cette confidence dès le lendemain du vote de cette loi scélérate prolongeant son mandat jusqu’au 15 décembre 2024 au moins.

L’homme a commencé par nous décevoir en reniant pratiquement tous les engagements qui lui avaient valu 65% de nos suffrages exprimés le 25 mars 2012. Je n’ai vraiment pas besoin de m’y attarder car tous mes compatriotes ou, du moins, l’écrasante majorité d’entre eux sont convaincus que sa parole ne vaut plus kopeck. La manière dont il les renie sans gêne, sans état d’âme, aucun chef d’État ou de gouvernement d’un pays sérieux, d’un pays de droit, démocratique, n’ose se le permettre. Il courrait énormément de risques qui pourraient lui faire perdre la confiance de ses compatriotes et plus tard son pouvoir.

Lui, se permet tout sans risque, y compris les écarts les plus intolérables, étant sûr qu’il règne sur un peuple qui supporte parfois jusqu’à l’insupportable. Pas seulement. Il se le permet aussi en comptant sur de solides appuis que sont les forces dites de défense et de sécurité, les magistrats, la Commission électorale nationale autonome (CÉNA), ses députés qui lui obéissent en tout, les autorités administratives et même le Conseil constitutionnel. On peut compter aussi parmi ses appuis, une certaine presse, une certaine société civile et une certaine opposition qui sont loin, très loin de jouer le rôle que le peuple est en droit d’attendre d’elles[1]. Il n’a donc en face de lui aucun contre-pouvoir qui pourrait l’empêcher de dormir. Et il dort donc profondément, tout en faisant confiance à ses deux grosses armes que sont son fameux décret et ses fonds politiques qui lui permettent de gouverner comme bon lui semble. Il nous en a administré une preuve amère ce samedi 3 et ce lundi 5 février 2024. Nos rares compatriotes qui ont tenté de s’opposer à son coup d’État constitutionnel ont été vite dispersés par ses forces dites de défense et de sécurité sur lesquelles il peut compter à tout moment.

Oui, l’homme qui nous gouverne comme bon lui semble et sans risques est un dictateur, un autocrate, un tyran. Il ne l’est pas moins que Paul Biya du Cameroun, Teodoro Obiang Nguema de la Guinée équatoriale, le Maréchal Abdel Fattah al-Sissi, pour ne citer que ces dictateurs africains. Comme eux, il gouverne le pays à sa manière et conformément à sa seule volonté. Comme eux, il fait et dit ce qu’il veut, et sans état d’âme. Il entretient et nourrit la corruption, les détournements de deniers publics et tous autres actes de mauvaise gestion, en garantissant l’impunité totale à leurs auteurs, notamment par une déclaration publique qu’aucun chef d’État ou de gouvernement d’un pays de droit, d’un pays démocratique n’aura jamais le toupet de faire. C’est celle-ci qui le suivra comme son ombre jusqu’à sa mort : « Si je n’avais pas posé mon coude sur les nombreux dossiers qui sont sur mon bureau, beaucoup de gens iraient en prison ».

Il a la même attitude vis-à-vis des plus de quarante (40) dossiers de l’OFNAC qui, eux aussi, dorment d’un sommeil profond sur le bureau du procureur de la République. Plus de quarante (40) dossiers qui mettent gravement et lourdement en cause des hommes et des femmes qui l’entourent. Il affiche la même « compréhension » par rapport aux non moins lourds dossiers des vingt-deux (22) restants de la liste des vingt-cinq (25) supposés délinquants dressée par les enquêteurs de la Cour de répression de l’Enrichissement illicite (CREI), tous ces vingt-deux étant aujourd’hui autour de lui, en tout cas membres de sa coalition. L’un d’eux, dont le patrimoine a été estimé entre quatre (4) et cinq (5) milliards de francs CFA a bénéficié de son « généreux » décret qui l’a bombardé sans état d’âme Directeur général de l’Agence nationale chargée de la Promotion de l’Investissement et des Grands Travaux (APIX).

Il a assuré la même protection aux honteux pilleurs des fonds de la COVID19. On se souvient que lors d’un conseil des ministres, il a demandé au Premier ministre de mettre en place une commission pour enquêter sur cette honteuse affaire, comme si le rapport de la Cour des Comptes n’existait pas. Depuis lors, qui en a entendu parler ? On l’a entendu encore, un 31 décembre 2018, prendre sans gêne, vraiment sans gêne, la défense d’un de ses proches, en l’occurrence Cheikh Oumar Ane, ancien Directeur général du Centre des Œuvres universitaires de Dakar (COUD), alors que son dossier était sur la table du procureur de la République et devait être traité. Dans sa défense, il avait même contesté à l’OFNAC sa compétence de s’intéresser à la dépense d’une certaine somme puisque, selon lui, le directeur général avait déjà l’accord préalable du conseil d’administration. Il est allé plus loin, en regrettant le fait que l’OFNAC ne lui ait pas présenté le pré-rapport avant de le rendre définitif. Il ne savait même pas, l’auteur de la loi créant l’OFNAC, que cette loi ne prévoyait pas de pré-rapport. Dans de telles affaires, les personnes mises en cause étaient entendues sur procès-verbal. Le lecteur qui veut en avoir le cœur net, peut s’adresser aux agents de l’Office, membres des commissions d’enquêtes.

On l’a entendu aussi – on l’entend pratiquement sur tout – présenter ses excuses à des magistrats de la Cour des Comptes, qui lui avaient écrit pour lui demander de sanctionner un certain ministre. Ce dernier les avait renvoyés comme des malpropres, non sans les avoir traités de « petits magistrats », et leur Cour de « Cour de règlements des comptes », plutôt que de « Cour des Comptes ». Quel chef d’État ou de gouvernement d’un pays sérieux peut-il se permettre de descendre aussi bas ? Lui, le peut, puisqu’il règne en maître, en buur et bummi, sur un peuple souvent prêt à tout lui tolérer, à avaler toutes les couleuvres. C’est vrai que, parfois, ils n’ont pas le choix face à ses forces dites de défense et de sécurité lourdement armées, et qui n’hésitent même pas à tirer à balles réelles sur de jeunes manifestants.

Oui, ce dictateur, cet autocrate pardonne tout aux membres de son clan et ne s’en cache pas le moins du monde. Nous venons d’en administrer la preuve en rappelant certaines de ses déclarations. Nous en rappelons une toute dernière qui peut être considérée comme le fondement de toutes les autres. Lors d’une interview accordée à un journaliste français, Vincent Herwouet, ce dernier lui a posé un certain nombre de questions. Pour être précis, c’était dans le numéro 1 de son journal, un trimestriel nommé Pouvoir d’Afrique (novembre-décembre 2014/janvier 2015). Le journaliste lui a posé des questions sur les valeurs cardinales notamment sur la loyauté. J’en retiens une et la réponse qu’il a donnée. Donc, à la question « Á l’inverse, la faute pour laquelle vous avez des indulgences ? », il répond, contre toute attente, ceci:« Je peux pardonner la faiblesse de ceux à qui il arrive de profiter des situations. Leur cupidité ou leur incapacité à résister à la tentation les amène à mentir et à trahir la confiance. Cela, je peux le pardonner. » C’est terrible. Avec cette réponse, on comprend que nos maigres ressources soient pillées sans état d’âme et sans risque aucun depuis le 2 avril 2012.

Par contre, autant il est « compréhensif » avec les membres de sa coalition et de sa dynastie, autant il est impitoyable avec l’opposition. Ainsi, le 17  avril 2015, il a présidé une conférence de presse restreinte à Kaffrine et en a profité pour légitimer la détestable transhumance, une transhumance qu’il nourrit à sa manière, par cette déclaration : « Mon rôle, c’est de tout faire pour réduire l’opposition à sa plus simple expression, mais dans les règles d’éthique et de comportement politique. Ça se fera et ça se poursuivra. Donc, je n’ai aucun problème à recevoir des opposants au sein de mon parti ».

Dans quelle démocratie un chef d’État ou de gouvernement ose-t-il faire une telle déclaration ? Et puis lui, a-t-il tenu ses promesses de «réduire l’opposition dans les règles d’éthique et de comportement politique » ? Que répondraient Karim Wade et Khalifa Ababacar Sall si on leur avait posé cette question ? Et aujourd’hui à Ousmane Sonko et aux responsables de son parti qui croupissent en prison depuis des mois, et souvent dans des conditions particulièrement difficiles ? Et il est fort probable qu’ils y resteront jusqu’au 15 décembre 2024 s’il réussit son coup d’État et seront jugés entre-temps pour être définitivement éliminés de tout.

Et ce n’est pas tout. Il nous étonnera encore plus, trois années plus tard, le 3 mars 2016 exactement, par une autre déclaration, faite au Grand Théâtre de Dakar. On était alors à deux semaines du fameux référendum du 20 mars 2016. Voici la terrible déclaration : « Que ça plaise ou non, l’opposition doit subir ma politique ! » Qui ose en douter aujourd’hui, avec le complot qu’il monte depuis le samedi 3 février avec le Parti démocratique sénégalais (PDS) et son propre parti l’Alliance pour la République (APR) ? Et si le texte n’était pas déjà long, je continuerais à rappeler nombre de ses autres déclarations péremptoires, dignes du dictateur, de l’autocrate et du tyran qu’il est, et dont personne ne doute plus.

Il avait toujours le mot « chaos » dans la bouche. Aujourd’hui, c’est lui qui plonge le pays dans le chaos, avec la volonté manifeste qu’il affiche de rester au pouvoir, notamment en regroupant cette famille dite libérale, qui nous en a fait voir de toutes les couleurs en matière de mauvaise gestion pendant vingt-quatre longues années. Allons-nous laisser faire, avec cette loi scélérate votée le lundi 5 février, et cette commission dite d’enquête parlementaire dirigée par un Abdou Mbow de l’APR et un Mamadou Lamine Thiam du PDS ? L’APR et le PDS mener une enquête sur une supposée corruption ? Si la gouvernance de vingt-quatre (24) longues, trop longues années du « père » et du « fils » avait fait l’objet d’un audit sérieux et que les résultats fussent traités par une justice vraiment indépendante, nous n’en serions pas là aujourd’hui, avec ce coup d’État constitutionnel qui risque de mettre sérieusement en péril l’avenir démocratique de notre pays. Oui, ce sera un gros risque mais dont nous protègeront certainement la Cour suprême et le Conseil constitutionnel qui, cette fois-ci, n’auront pas d’autres choix que de prendre leurs responsabilités, celles-ci devant se soucier davantage de l’intérêt supérieur de la Nation que de la volonté manifeste de cette famille dite libérale, de rester au pouvoir contre celle de l’écrasante majorité peuple.

Dakar, le 8 février 2024

Mody Niang

 
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