Publié le 27 Jun 2016 - 08:41
MOTS CHOISIS

Tsippora (l’épouse Noire de Moïse) de Marek HALTER – Editions : Robert Laffont

 

Dans la Bible, aussi bien dans le livre de l’Exode que dans celui des Nombres, Tsippora, cette épouse kouchite (noire) de Moise qui lui donna deux fils Guershom et Éliéze, y apparaît de manière furtive sans que l’histoire nous dise qui elle était réellement.

Ce que l’on connait plutôt c’est la libération des esclaves  d’Egypte et  l’exode avec la mer qui se divise en deux pour laisser passer les Hébreux sous la direction de Moise, les Dix Commandements….etc

Marek HALTER revient sur une histoire de plus de trois mille ans pour  d’abord restituer un pan important d’une époque et surtout  rendre hommage à une petite fille noire recueillie au bord de la mer Rouge  qu’on décida de nommer Tsippora (l’oiseau) sans qui, Moïse ne serait pas devenu Moïse.  Il veut ainsi qu’on s’en souvienne…

La couleur de sa peau était déjà un handicap et elle ne pensait jamais trouver époux dans le peuple qui l’avait accueillie parce que  kouchite…  Au bord d’un puits et victime de  bergers malfaiteurs qui voulurent abuser d’elle, un homme apparut pour la mettre hors de danger et pour qu’elle ne soit point souillée.  Cet homme, c’est Moise en fuite de l’Egypte où ne pouvant plus supporter l’injustice que subissait le peuple hébreu  maintenu dans l’esclavage par ces jours d’efforts sans fin consistant à extraire les roches des falaises, les transporter d’un bout à l’autre de l’immense pays et les accumuler les unes sur les autres pour en des constructions vertigineuses, il avait décidé de la réparer à sa manière…

Ce Moïse là n’était pas encore l’homme qui fendit la mer et encore moins celui à qui Yhwh (Yahvé)- Dieu ordonna de libérer le peuple hébreu, ni celui qui reçut les Table de la Loi. Il était simplement en homme en fuite, ignorant tout de son destin.

Seule Tsippora avait vu son destin  en rêve.

Malgré la convoitise des autres femmes de Madiân, ce peuple qui l’avait reçu dans sa fuite,  Moïse n’eut d’yeux que pour Tsippora et Tsippora elle aussi en avait son choix bien avant de le connaitre. Leur amour, pur et pudique à la fois,  rappelle ces unions bénies décrites par Balzac disant « qu’il y a un amour qui ne s’avoue point devant les hommes et dont les confidences sont reçues avec des sourires de bonheur par les anges. »

Cette femme, vive et savante le poussera à retourner en Egypte et assumer la mission que Yhwh avait dessinée pour lui : libérer le peuple hébreu du joug de l’esclavage et les faire sortir du pays de Pharaon. Elle avait pour sacerdoce, l’accomplissement de la mission de Moïse, mission qu’elle portera de tout son être. N’avait-elle pas dit à Moïse qu’elle l’avait vu en rêve et qu’il est de ceux qui sauvent la vie lorsqu’elle menace d’être engloutie. Grâce à elle, il entendra le message de Dieu, retourne en Egypte avec sa femme et ses enfants et mènera son peuple vers la terre promise.

Cependant et hélas, les drames et les jalousies n’épargnèrent pas Tsippora, disséminant sa famille et la firent regagner Madiân,  son royaume d’enfance près de son père adoptif, le tendre et affectueux Jéthro….

Sa condition de femme noire assombrit définitivement son avenir….

Et Marek Halter de conclure ainsi son texte : «  …de Tsippora, la Noire, la Kouchite, qui s’en souviendra ? Qui se souviendra de ce qu’elle a accompli et qui prononcera encore son nom ? Que ce livre soit pour elle un modeste tombeau. »

Bel hommage sur 318 pages  pour celle qui fut oubliée parce que certainement  Noire…, celle-là même qu’on désigna par Séphora ou Safûra en arabe.

Ce roman historique de Marek Halter est absolument à lire. Tsippora fait partie de  la trilogie La Bible au féminin parue en 2004 avec Sarah et Lilah.

Lauréat de plusieurs prix, Marek Halter a publié de nombreux ouvrages tels Les mémoires d’Abraham, Marie, Les femmes de l’Islam (Tome 1 : Khadija   Tome 2 : Fatima, Tome 3 : Aïcha)….etc

Ameth GUISSE

 

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