Publié le 19 Apr 2024 - 10:18

OUI MONSIEUR LE PRESIDENT … POUR UN CADRE LEGISLATIF ET JURIDIQUE DE LA MEDECINE TRADITIONNELLE.

 

Au Sénégal, on retrouve des pratiques culturelles et cultuelles séculaires dans toutes les composantes ethnolinguistiques. Une donnée qui nous interpelle, chacun en ce qui nous concerne, et nous invite à repenser le devenir de nos spécificités et particularités culturelles face aux assauts répétés et multiformes de la modernité. Les rites et rituels sont souvent sujets à diverses interprétations fantaisistes et parfois dévalorisantes en raison de leur caractéristique.

Force est de reconnaître que le recours à la médecine moderne ne saurait pleinement répondre à ce besoin de tranquillité et de sérénité mystique qui habite chaque africain en général et chaque sénégalais en particulier. Trouver une tranquillité psychologique et une assurance symbolique pour l'africain et le sénégalais est essentiel pour créer les conditions d'une guérison physique et/ou morale.

En ce sens que l’emprise du modernise ne peut aucunement influer totalement sur cette croyance ancestrale que bon nombre de sénégalais, et pas des moindres, ont en l’endroit de ces pratiques. La prédisposition culturelle est influencée par des préoccupations religieuses, qui sont partagées de manière active par les membres des différentes communautés. Elle se manifeste à travers des cérémonies ponctuellement planifiées et supervisées par des prêtres et des prêtresses, guérisseurs,

La médecine traditionnelle n'est pas opposée, ni opposable à la médecine moderne, bien au contraire. Elle la complète et s’accommode des savoirs endogènes en communion avec la nature et ces « êtres » « extraordinaires » invisibles et insaisissables par l’esprit cartésien.

La médecine traditionnelle est fragilisée et sujette à des spéculations multiples et variées en raison d'un vide juridique qui définit et oriente ses divers domaines d'intervention. Une situation qui est sérieusement préoccupante, car elle pose un réel défi pour la santé publique et nécessite des solutions durables et efficaces. D’autre part la valorisation des savoirs traditionnels s’avère plus qu’indispensables car participant à la sauvegarde, à la protection et à la promotion des pratiques et cultes ancestraux dans ce qu’ils ont de plus positifs et de plus fiables. Toutefois quelque puisse en être la nature, ces pratiques s’inscrivent dans un processus d’offrir aux populations se bien-être physique et ce confort psychique et moral indispensable à l’équilibre collectif et individuel garant de tout développement socioéconomique et culturel.

Notre présente modeste réflexion participe de la recherche d’un juste équilibre spirituel et temporel apte à offrir une possibilité de concilier les aspects traditionnels des spécificités culturelles de nos composantes ethnolinguistiques avec ce qui constitue les contraintes et exigences de la modernité. Il est clair que cette opposition a engendré une sorte de fracture culturelle en propageant une autre manière de voir, mais surtout de percevoir nos traditions et coutumes. Cependant à l’heure d’un redimensionnement et d’une adaptation contextuelle de ce qui constitue nos valeurs identitaires, il nous revient de procéder à une démarche de sensibilisation et d’explication pour conférer plus de lisibilité à nos expressions culturelles.

Dans un autre registre, la préservation de nos richesses culturelles est une priorité pour mieux prendre en compte nos spécificités et particularités identitaires. Ces éléments sont indispensables pour toute affirmation culturelle. La diversité des approches et la pluralité des rituels qui caractérisent les cérémonies au sein de d’une communauté donnée doit être un leitmotiv qui suscite un regard particulier pour appréhender l’environnement socioculturel dans lequel elles se déroulent. Se pose alors la question de savoir à quel cadre se référer pour une approche efficiente et une analyse objective des situations dont nous sommes acteurs et spectateurs à la fois.

A travers différentes manifestations qui jalonnent les rituels, nous sommes amenés à prendre conscience de ce qui constitue un défi à relever pour une confirmation de notre capacité à concilier nos traditions aux exigences du modernisme. La prise en compte des exigences socioéconomiques est indispensable avant toute démarche scientifique.

Force est de constater qu’au moment où chaque peuple s’efforce de faire ressortir ce qui, loin de le différencier des autres, se projettent et se matérialisent les jalons d’une participation à l’évolution des hommes. Une action rendue possible par cette détermination et cet effort qui animent les uns et les autres d’œuvrer en direction de la sauvegarde et de la protection de ce qui, à travers une diversité culturelle convergente mue par ce « commun vouloir de vie commune » dont parle le poète président Léopold Sédar Senghor. Je fais fi de tout ce qui peut jeter le doute à sa justification, car ayant pour seul souci de préserver les acquis qui ont contribué à l’édification du tissu social confectionné bien avant la modernité et qui, au cours des âges, a pu évoluer et s’exprimer de manière souveraine parce que puisant sa conviction dans ses racines profondes.

La mise en place d'écomusées, en particulier pour les pratiques divinatoires et curatives, est un moyen moderne et pratique de sauvegarder et de valoriser les savoirs et connaissances thérapeutiques endogènes. En plus de générer des emplois et des revenus, cette infrastructure offrira une visibilité au patrimoine local, ce qui encouragera le développement d'un tourisme culturel qui génère des devises et favorise le développement local.

 

Abiboulaye NIANG,

Conservateur de musée, Directeur du centre culturel régional de kédougou

Master II - histoire des sciences et des techniques/ Paris1-Panthéon Sorbonne.

Master II - histoire des sciences / université de Padou.

Master II - valorisation du patrimoine historique et culturel/ Université Evora

Masters : Techniques, Patrimoine, des territoires des industries TPTI-Erasmus Mundus.

 

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