Publié le 11 Mar 2022 - 23:52
PAPA AMADOU SARR (EX DG DER/FJ)

Un as de la levée de fonds

 

Débauché de la fondation Bill et Melinda Gates en 2015 pour être affecté au ministère de l’Economie et des Finances dirigé à l’époque par Amadou Ba, Papa Amadou Sarr, diplômé de Sciences po Paris, a toujours suscité jalousie et rancœur dans l’appareil d’Etat. As de levée de fonds, réputé être une bête de travail, il a toujours su compter sur un soutien infaillible du président de la République, mais, a commis la faute de trop !

 

‘’Je défie quiconque, demain, si je quitte la DER, la personne, homme ou femme, qui prendra ma place ne pourra faire mieux que ce que j’ai fait.’’ Ainsi parlait Papa Amadou Sarr, il y a environ un an à l’émission Jury du dimanche, face à Mamoudou Ibra Kane. C’était déjà révélateur de la personnalité du ‘’yankee’’, débauché de la Fondation Bill et Melinda Gates, où il a occupé le poste de responsable pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, pendant trois ans. A Dakar, le président de la République Macky Sall le confie à Amadou Ba, alors ministre de l’Economie et des Finances, en lui collant cette mission bien précise : ‘’Je veux que vous me tropicalisiez ce jeune, que vous le formiez à l’Administration’’, informait-il avec fierté. 

La leçon n’est peut-être pas sue. Plus de six ans après son débarquement à Dakar, en 2015, l’ancien employé de Bill Gates a semblé ignorer, qu’au Sénégal, la provocation est interdite sur certains sujets, notamment la religion. Surtout en ces moments tendus où le président de la République a déjà sur son dos une bonne partie de la communauté musulmane, à cause de la polémique autour de la criminalisation de l’homosexualité rejetée par sa majorité mécanique à l’Assemblée nationale. En osant qualifier ‘’d’inepties’’ des prescriptions divines. Le ‘’yankee’’, connu pour son franc-parler, n’a certainement pas mesuré toutes les conséquences qui pourraient en découler. Lui dont la tête était réclamée, depuis des mois, y compris par des pontes même du régime actuel.

Malgré cette levée de boucliers, Papa Amadou a toujours bénéficié de la confiance du grand chef, le président de la République Macky Sall. Une confiance à la dimension de la surprise provoquée par son virement ‘’très brutal’’. Selon des confidences, personne ne voyait venir au niveau de la Délégation générale à l’entrepreneuriat rapide. ‘’Franchement, on n’en revient pas. La journée du mercredi a été un jour comme tous les autres. Nous avons travaillé jusque-tard, comme on a l’habitude. Ce n’est qu’à la maison, en regardant mon téléphone, que j’ai appris la nouvelle. Vraisemblablement, c’est à cause de sa sortie du 8 mars’’.

‘’J’ai commis une erreur et je présente des excuses’’

 Sur les ondes de la RFM, le désormais ex patron de la DER confirme ce que beaucoup pensaient déjà, non sans se justifier, en s’excusant. ‘’J’ai tenu des propos qui ont choqué des populations, notamment les religieux. Je présente mes excuses. En tant que musulman, je n’avais pas comme objectif d’attaquer la religion encore moins les guides religieux. J’ai commis une erreur et je présente des excuses’’, s’amende-t-il, non sans remercier le président de la République.  

A la DER, l’ambiance n’était pas des plus vivantes hier. Tétanisés, les travailleurs ont quand même tenu à témoigner tout leur respect et admiration à leur désormais ex-boss. Ils regrettent surtout le départ d’une ‘’bête de travail’’ qui n’a jamais rechigné à la tâche. ‘’Tous les jours, il est au bureau à 8 heures, 9 heures au plus tard, quand il a un empêchement. Et il est le dernier à quitter, souvent vers 22 heures. Sauf quand il a un match de football à 20 heures. C’est un passionné de football. On peut aussi affirmer que c’est un manager qui a toujours mis en avant la compétence dans ses recrutements. Et il s’impose la même rigueur qu’il attend des autres, voire même plus’’, note-t-on avec regret.

Si les collaborateurs arrivent difficilement à contenir leur peine, d’autres ne se gêneront pas de savourer ce départ. En effet, dans l’appareil d’Etat et du parti au pouvoir, Papa Amadou a toujours fait l’objet de virulentes attaques. Le paroxysme de cette inimitié a été atteint à Diamniadio, lors d’une rencontre des maires. Comme s’ils s’étaient passé le mot, des jeunes de l’Alliance pour la République n’avaient pas hésité à le conspuer sévèrement. Ils lui reprochaient de les laisser en rade dans les financements. Derrière ces huées des jeunes, se cachent des adultes bien identifiés, était-il convaincu. ‘’Je suis entré dans la salle avec la conviction que je vais être hué. J’ai été averti : on m’avait dit : n’y allez pas, parce qu’on va vous huer. On a même payé des gens pour le faire. J’ai les preuves et même les montants. Des gens ont payé 1,5 million FCFA pour qu’on me hue’’, relevait-il intraitable dans Jury du dimanche.

Tête, longtemps, mise à prix par des pontes de la république

En effet, Papa Amadou comptait beaucoup de détracteurs. Outre Aliou Sall, ancien maire de Guédiawaye et frère du chef de l’Etat, qui n’a eu de cesse de faire des reproches à sa méthode. Il était également cité le directeur général de la RTS Racine Talla qui, à l’époque, confiait un des collaborateurs du Délégué général, couvrait rarement leurs activités. ‘’Récemment, dans une rencontre tenue dans le département de Rufisque, il a fait face, à l’ultime moment, à un boycott de la télévision nationale. Son staff de communication a dû remuer ciel et terre pour avoir une solution alternative avec les télés privées’’, rapportait un journaliste dans un article paru dans EnQuête en avril 2021, intitulé ‘’Papa Amadou Sarr, une tête mise à prix.’’

Diplômé en Gestion financière publique de John F. Kennedy School of Government, l’ancien délégué général est titulaire d’une maitrise en Affaires publiques de Sciences Po Paris et d’un DEA en Economie de l’Ecole des Hautes études en sciences sociales de Paris. Il a fait 5 ans à l’OCDE, avant de déposer ses baluchons à la Fondation Bill et Melinda Gates où il a fait 3 ans, avant d’être débauché par Macky Sall.

Au Sénégal, l’enfant de Tambacounda est affecté au ministère de l’Economie et des Finances comme conseiller technique principal durant trois ans. Par la suite, il a été promu directeur général des services financiers et de la compétitivité dans le même département ministériel, toujours auprès de celui qui sera présenté comme son mentor, Amadou Ba. Une proximité qui lui a souvent été collée par ses adversaires pour mieux le combattre. Lui assumait en ces termes : ‘’Je le dis clairement : si c’est un critère pour rester dans le gouvernement, je pense que je ne resterais pas. J’attache de l’importance à la loyauté, la sincérité et l’amitié. Depuis le jour où on me l’a présenté, on ne s’est pas quitté. Il m’a pris comme son fils. Il m’a toujours conseillé d’aider le Président Sall. Il ne pose jamais un acte contraire aux intérêts de la République. Si mon poste doit être mis sur la sellette, parce que je suis proche d’untel, je pense qu’il le sera’’.

Combattu de toutes parts, Papa Amadou a toujours su compter sur le soutien de son patron, Macky Sall. C’était sa force, mais aussi sa faiblesse. Tant son poste et sa position suscitaient de la jalousie. Abdoulaye Cissé disait : ‘’La DER traîne à la fois l'avantage, au moins pour son boss, et l’inconvénient d'être directement "connecté" au Président de la République. C'est un avantage pour ne pas souffrir de l'interventionnisme des N+1, N+2 (ministre, 1er ministre, Dircab de PR etc..), mais c’est un inconvénient en ce qu’elle suscite jalousie, frustration chez tous ces N+, ainsi que tous les autres acteurs (élus), familles (Faye-Sall), institutions, etc....’’

Et comme pour ne rien arranger, est venu se greffer à ce cocktail déjà Molotov, le tempérament bouillant et intraitable, à la limite téméraire, du manager, qui se veut plus technocrate que partisan. Arrogant, selon ses détracteurs. Il est jugé franc par ses sympathisants.

Hué par les jeunes à Diamniadio, menacé par des élus du régime, rappelé à l’ordre publiquement par des plus proches collaborateurs du chef de l’Etat, il a toujours gardé le cap. Par exemple à Diamniadio, alors que beaucoup auraient perdu le nord, lui est allé affronter directement les jeunes mécontents qui lui reprochaient de ne pas leur donner des financements. Il leur dit : ‘’Avez-vous déposé des projets, avant de m’accuser de ne pas vous financer…’’. C’était une manière de montrer que les passe-droits n’existent pas. Il faut respecter les procédures comme tous les candidats.

Aux maires qui demandaient diplomatique leur part du gâteau, il disait : ‘’La Der n’a pas à divulguer les informations financières concernant les bénéficiaires à des élites, quels qu’ils soient et ça c’est un fait sur lequel nous n’allons pas transigerEt si c’est pour dire que je dois passer par eux (les maires), pour accorder des financements dans leurs communes, ou c’est eux et elles qui doivent me donner la liste des bénéficiaires, ça, ils peuvent toujours chercher, je ne le ferai pas’’.

Avec un ‘’courage’’ qui titille parfois le suicide politique, le désormais ex ministre délégué n’hésitait jamais à monter au front pour apporter des clarifications. S’estimant redevable à la République qui lui a tout donné. ‘’On me reproche de ne pas être du parti et tout. Moi, je suis républicain ; je crois aux valeurs républicaines. C’est la République qui m’a éduqué, qui m’a donné une bourse, la chance de partir en France pour étudier… J’ai rejeté des dossiers de personnes se réclamant du parti au pouvoir. J’en ai reçu d’autres qui sont de Y en a marre, de Pastef ou du PDS. Parfois, cela m’a valu des remontrances, mais, je n’ai pas transigé. Nous, ce qui nous intéresse, c’est la République. Et c’est ce que nous recommande le président de la République. Le bon projet, les jeunes, les femmes. L’appartenance politique n’est pas un critère pour nous.’’

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le diplômé de la Harvard Kennedy School a hissé très haut la Direction à l’entrepreneuriat rapide et laisse un énorme challenge à son successeur. Déjà la structure est souvent donnée en exemple et inspire jusqu’au Congo et en Côte d’ivoire, en passant par la Mauritanie, le Togo, le Burkina Faso… La structure est devenue un passage obligatoire pour beaucoup de sommités de la finance internationale. Elle a récemment reçu, tour à tour, le patron de la Banque africaine de développement, la directrice générale du Fonds monétaire international…

Suffisant pour pousser le président Emmanuel Macron à féliciter son boss, en marge du dernier sommet UE-Afrique. ‘’On a besoin de structures comme la DER/FJ’’, se félicitait-il en recommandant le recours aux financements privés, en sus de ceux du public.

 

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