Publié le 22 Apr 2017 - 23:29
PROFIL : MOUSTAPHA NDIAYE (SCULPTEUR)

De père en fils au nom de la calebasse

 

Il est né dans le Nord du Sénégal. Mais a grandi et gagne sa vie dans la ville carrefour de Thiès. A 68 ans, Moustapha Ndiaye, sculpteur sur calebasse tient son atelier au village artisanal de ladite ville et y trouve son compte. Son principal regret, c’est de ne pas pouvoir livrer son savoir-faire à la jeune génération, car tous ses apprentis lui ont tourné le dos.

 

Il existe encore des génies, des gens super doués dans ce pays. Des Sénégalais qui vivent de leur art, de leur savoir-faire. Né en 1949 à Saint-Louis, Moustapha Ndiaye fait partie de la génération de ces jeunes qui, très tôt, ont abandonné les études pour se tourner vers des formations professionnelles. Certains s’étaient orientés vers la mécanique, la menuiserie et la maçonnerie… Moustapha Ndiaye, quant à lui, a préféré se lancer dans la sculpture sur calebasse après avoir affronté les équations à deux inconnues de la classe de quatrième (secondaire). Et depuis 1969, il fait de cette activité son véritable gagne-pain. ‘’J’ai débuté la sculpture en 1969 aux côtés de mon papa. A cette époque, j’avais 20 ans. Mon père était un ancien cheminot. Après sa retraite, il s’est lancé dans la sculpture sur calebasse, et je l’avais suivi dans cette activité. Aujourd’hui, je suis fier d’avoir bénéficié de sa formation et de son soutien’’, confie-t-il avec un brin de sourire.

D’imagination en imagination, il a réussi à installer depuis 1977 son propre atelier au village artisanal de Thiès, où il capitalise les expériences d’une année à une autre. Dans une petite pièce qui lui sert de lieu de travail, Moustapha Ndiaye fait tout. Des modèles de sculpture, il y en a plein. Des lampes de chevet, des lampadaires, des abat-jours, des bonbonnières etc. Et tout, à base de calebasse. Son travail est très fin et raffiné. Il a fait la vieille école.

 Le doyen Ndiaye est un génie qui doit son savoir-faire à son papa. ‘’Il m’a tout donné. Je suis fier de l’héritage qu’il m’a légué’’, lance-t-il avec insistance. Avec ce travail, informe-t-il, il nourrit sa famille sans aucune difficulté. ‘’Je rends grâce à Dieu même si ce n’est pas facile. J’ai une clientèle qui me reste fidèle. Par conséquent, je me bats tous les jours pour être à la hauteur. Je fais des enseignes pour les officiers de l’armée et de la gendarmerie. Depuis 1987, je travaille en collaboration avec l’armée. Pour l’instant, tout va bien’’, se réjouit le sculpteur. L’artisan est un homme du monde dans la mesure où il a beaucoup voyagé. Son art l’a conduit en Hexagone pour la première fois en 1979 et en Afrique du Nord. Trente années sont passées, mais Moustapha Ndiaye n’oublie pas son passé. ‘’C’est grâce à la sculpture sur calebasse que j’ai découvert les villes de Caen, Rouen (France) où j’ai une médaille de reconnaissance… En 1996, je me suis également rendu au Maroc dans le cadre d’une exposition du salon arabo-islamique. J’ai vécu de grands moments’’, précise-t-il.

‘’Je suis obligé de travailler encore…’’

 La sculpture a tout donné à Moustapha Ndiaye. Par contre, il éprouve une seule désolation. ‘’Je voudrais bien léguer cet héritage aux jeunes Thiessois, qu’ils soient mes enfants ou pas, avant de mourir. J’avais de jeunes apprentis qui travaillaient avec moi. Mais aujourd’hui, je suis seul parce qu’ils sont tous partis. Et je n’y peux rien ; peut-être que ce n’est pas de leur goût. Ce qui est une passion chez moi ne l’est pas forcément chez mes enfants ou les autres’’, tente d’analyser le sculpteur en chef du village artisanal de Thiès. Ainsi, estime-t-il, il va continuer à travailler en dépit de son âge. ‘’Je suis vieux. Je ne peux plus faire tout ce que je faisais avant.

Je devais partir à la retraite. Mais je n’ai personne pour me relever. Donc, je suis obligé de travailler encore parce que si j’arrête, il n’y aura plus de sculpteurs sur calebasse au village artisanal de Thiès’’, se désole Moustapha Ndiaye. Pour lui, il faut qu’il y ait à tout point de vue une relève pour perpétuer l’œuvre. Toutefois, il indique avoir adressé des correspondances à l’Office national de l’artisanat afin que des jeunes puissent être formés dans son domaine d’activité. ‘’L’art est une passion que nous vivons. Les jeunes doivent être formés pour continuer le travail. Ce n’est pas moi qui ai inventé la sculpture sur calebasse. J’ai appris. Donc, les gens doivent penser à faire la même chose’’, préconise-t-il. Par ailleurs, il reste convaincu qu’à pareille heure, le Sénégal pouvait exporter des tonnes d’objets faits à base de sculpture sur calebasse.

Au village artisanal de Thiès, Moustapha Ndiaye est bien connu grâce à son talent.  Le responsable du village, Cheikh Fall, par ailleurs agent technique à la Chambre des métiers de Thiès, trouve qu’il réalise de ‘’bonnes choses’’. Par contre, dit-il, ses produits comme ceux de ses collègues sont confrontés à un problème de labellisation. D’après lui, le ‘’génie Moustapha Ndiaye’’ pouvait faire la fierté du Sénégal, de l’Afrique et du monde si ses œuvres d’art n’étaient pas confrontées à la problématique de la ‘’concurrence déloyale’’.

GAUSTIN DIATTA (THIES)

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