Publié le 25 Jun 2024 - 13:35

Quelques enseignements sur la Présidentielle de mars 2024

 

Les historiens travaillent sur un sujet quand il est vieilli ou obsolète. "When the storm is over" ( Quand l'orage est passé). Comme disait Hegel, après la guerre les récoltes poussent à nouveau et les bavardages se taisent devant le sérieux de l'histoire. Bref on avait assisté à travers cette présidentielle à quelque chose de surréaliste qui peut faire penser à un conte de fées. Le Président du Conseil constitutionnel Badio Camara qui semblait être surpris par la tournure des évènements ne put s'empêcher de parler de miracle. Même le vainqueur Bassirou Diomaye Faye avait à son tour trouvé utile d'utiliser le terme espérance qui a connotation religieuse et une dose d'aléatoire et de probabilité pour caractériser ce qui venait de se passer dans le pays.

Mais arrêtons-nous par décence sur le fait que les électeurs qui voulaient battre le candidat de la mouvance présidentielle dès le premier tour avaient porté leur choix sur celui qui leur semblait avoir plus de chance de remporter cette élection. C'est ainsi que Diomaye Faye a été choisi au détriment de tous les autres candidats de l'opposition qui aspiraient à diriger ce pays. Même si nous devons éviter de dire hâtivement, que cette victoire sonne la mort de tous les politiciens qui ont blanchi sous le harnais, ou que tous les vaincus à travers cette élection appartiennent désormais au passé.

Néanmoins il serait quand même important de prendre en compte les mutations qui s'opèrent au sein de la société sénégalaise, où on assiste à un dérèglement du jeu politique, et l'émergence d'une nouvelle génération de politiciens qui semble concevoir autrement la politique. Comme il est à remarquer la grande prise de conscience de l'électorat sénégalais dans les zones périurbaines, les banlieues ou les régions lointaines qui semblent vouloir imprimer leurs marques à l'évolution de la société et à la marche du pays. Comme il n'est pas à occulter le rôle des réseaux sociaux qui ont désormais leur place dans le jeu politique sénégalais. La carte électorale du Sénégal semble ainsi se transformer en profondeur.

Partout dans le pays c'était pratiquement la razzia, excepté bien sûr le Fouta qui semble être le dernier bastion de résistance qui échappe pour le moment aux mutations sociopolitiques que traverse le pays. Et on peut y voir le rôle des grands électeurs toucouleurs et la forte fibre régionaliste au niveau de ce territoire qui tient encore à ses vieilles traditions.

Même s'il faut encore reconnaître que le Sud du pays n'échappe pas totalement à ce mode de pensée qui s'est fortifié ces dernières années avec l'avènement de Ousmane Sonko sur la scène politique sénégalaise. Donc à la place du vote ethnique dont on fait souvent allusion pour caractériser le comportement des électeurs du nord du pays, on préfère pour le moment se limiter à qualifier ce phénomène de vote de proximité ou de solidarité régionale qui n'est pas l'apanage de ce territoire. Cette pratique que nous avions remarqué à Thies au temps du puissant Idrissa Seck et aujourd'hui au Sud du pays avec Ousmane Sonko ne peut être exclue du mode de fonctionnement de la démocratie sénégalaise. Il faut alors faire la différence entre le régionalisme, l'ethnocentrisme et l'ethnicité. L'ethnocentrisme qui renvoie à une affinité et un regroupement autour de sa communauté d'origine, le régionalisme qui est en lien avec le terroir, l'ethnicité qui intègre des considérations comme le mépris, le rejet de l'autre ou le repli identitaire, et qui repose sur une hiérarchisation sociale, ethnique, raciale ou une échelle de valeurs.

Même la région de Dakar qui est aujourd'hui traversée par des mutations sociopolitiques énormes n'échappe pas totalement à cette métamorphose sociétale qui est constatée dans le pays. Il est à voir la nouvelle configuration sociologique de cette Ville pour mieux cerner les nouveaux enjeux politiques qui s'y développent.

Partout dans le pays les forces conservatrices qui ont souvent peur des perspectives de rupture qui remettent en cause leurs intérêts et la légitimité de leurs pouvoirs ont pratiquement été en hybernation durant les années qui ont précédé la Présidentielle de 2024. On s'est en tout cas rendu compte, à travers cette élection, que la pénétration des idées de Pastef au sein de la société sénégalaise est une réalité incontestable. Elle dépasse même toutes les projections qui ont été faites sur le devenir de cette chapelle politique. Même le privé national qui est d'habitude très prudent semblait épouser les idées de Pastef sur le patriotisme économique, le souverainisme et la préférence nationale. Mais enfin les attentes sont certes énormes mais tout dépendra du comportement de ces autorités et de la mise en oeuvre de ce Projet qui fait encore rêver beaucoup de Sénégalais.

Babacar Papis Samba

La pensée complexe.

Section: 
Commentaires sur l’avant-projet de loi portant révision de la Constitution
LA RUE COMME MUSÉE : Pour une esthétique populaire de la ville africaine
Hommage à Mame Less Camara (3 ans déjà....)
YAKAAR-TERANGA : Les véritables pertes de l’État du Sénégal et les conséquences dévastatrices
YAKAAR-TERANGA : Les deux raisons du départ de kosmos
MÉMOIRE - TROIS ANS DÉJÀ : Malick Ndiaye, le veilleur de l’éthique Ceddo
REVALORISATION DE LA FORMATION DES JOURNALISTES DANS LE CADRE DU FADP ET RÔLE PIONNIER DU CESTI : Le pari de la qualité
DU TEXTE AU GESTE : L’ordre de préséance et la valorisation des élus à la lumière du décret n°99 252 du 19 mars 1999
AU SENEGAL, LES PAUVRES PAIENT PLUS POUR SE SOIGNER : Le paradoxe de notre système de santé
DE LA SUPRÉMATIE PRÉSIDENTIELLE : Entre conflits et primauté
Analyse de la décision n° 2/C/2026 du Conseil Constitutionnel
De grâce ne nous faites pas ça !
SONKO MOY DIOMAYE - DIOMAYE MOY SONKO : C’est le difficile qui est le chemin
Vous n’avez même pas honte : récit d’une fraternité trahie
Refus de l’intangibilité absolue du titre foncier et fondement juridique d’une politique de récupération des biens publics irrégulièrement appropriés
CULTURE AU SÉNÉGAL : Une puissance créative entravée par ses propres failles
Les mineurs artisanaux africains méritent le développement, pas l’effacement
LE SÉNÉGAL DEVANT UN DÉTROIT D’ORMUZ FINANCIER : Explication métaphorique des TRS
L’ÉCONOMIE DES SOINS : Une condition d’autonomisation économique des femmes et de prospérité partagée au Sénégal
SÉNÉGAL–FMI Entre souveraineté proclamée et dépendance réelle