Publié le 21 Nov 2013 - 12:19
RADICALISATION DE MANSOUR SY JAMIL CONTRE MACKY SALL

 Bés Du Ñakk face à son destin

 

Sa sortie incendiaire contre la «milice» du pouvoir a cassé un ressort dans le compagnonnage avec le président de la République. Mais ce serait peut-être le prix à payer pour Serigne Mansour Sy Jamil de prendre ses distances avec le régime.

 

En s’attaquant à l’Agence pour l’assistance à la sécurité de proximité (ASP), un des projets-phares du président de la République porteur d’un stock de «10 000 emplois pour les jeunes», Serigne Mansour Sy Jamil a sans doute tapé là où ça peut vraiment faire mal. Membre de la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY), le leader de Bés Du Ñakk n’y est pas allé de main morte, lors du forum organisé samedi dernier par son mouvement.

En assimilant ASP à une ‘’milice privée’’ au service du pouvoir, et le président Macky Sall à «Laurent Gbagbo» (voir notre édition du mardi), Mansour Sy Jamil a exaspéré et indigné des responsables du régime. Une sortie qui a obligé le ministre de l’Intérieur, Abdoulaye Daouda Diallo, à monter au créneau. Le premier flic du pays trouve ‘’irrespectueux’’ de comparer Macky Sall à l’ancien président ivoirien aujourd’hui à la Cour pénale internationale pour ‘’crime de guerre’’.

Mais au-delà de cette affaire, les déclarations du marabout politicien traduisent un malaise profond au sein de la majorité présidentielle dont beaucoup de membres, comme Youssou Ndour sur le départ, songeraient à quitter le...navire. Bés Du Ñakk serait-il frustré de n’être pas assez impliqué dans la gestion de affaires publiques depuis la défaite d’Abdoulaye Wade, comme l’avait déploré Aliou Diack, responsable des cadres du parti, dans une interview accordée à EnQuête ?

Pour le député Cheikh Oumar Sy, membre de Bés Du Ñakk, des clarifications s’imposent. «Nous ne sommes pas dans une logique de partage de gâteau. Ce qui nous intéresse, ce sont les populations. A chaque fois que nous voyons des choses anormales, nous les dénonçons. La coalition (BBY) n’est la propriété de personne, que ceux qui veulent nous en exclure prennent leurs responsabilités.»

Revenant sur la polémique suscitée par l’ASP, le jeune parlementaire réitère la position de son leader. ‘’Nous ne pouvons pas comprendre qu’on recrute 10 000 jeunes et les payer  50 000 chacun alors que les forces de sécurité n’ont pas de moyens pour mener à bien leur mission. Ce qui est plus grave, c’est qu’on a créé une agence pour la confier à quelqu’un qui n’est pas issu du corps (de l’armée)’’. Avant d’ajouter : ’’Il nous semble plus pertinent d’utiliser les 8 milliards que l’ASP devra coûter au Trésor public pour financer des projets agricoles. Cela pourrait certainement régler la question du chômage et permettre d’atteindre l’autosuffisance alimentaire.’’

L’autre point de désaccord entre Bés du Ñakk et ses alliés porte sur l’acte 3 de la décentralisation, initié par le président de la République. ‘‘On s’est battu contre Wade pour des principes. Il ne faut pas que l’on reconduise les mêmes pratiques de l’ancien régime. Il faut que l’on respecte le calendrier républicain’’. Même si Bés Du Ñakk approuve le ‘’principe’’ de l’Acte 3, la démarche du pouvoir est inacceptable. «Nous n’avons pas reçu de document pour nous imprégner des réformes envisagées par l’Etat sur une question cruciale. On ne peut pas discuter d’une question aussi importante que celle de la décentralisation sans en connaître au préalable les tenants et les aboutissants», explique M. Sy.

Profitant de l’occasion, il a également répliqué au ministre-conseiller,  le Pr Malick Ndiaye qui a qualifié Mansour Sy Jamil de ‘’communiste en soutane’’. Indiquant ne pas vouloir s’attarder sur le ‘’passé trouble’’ du sociologue, le député de Bés Du Ñakk a dit : ‘’Nous attendons de Malick Ndiaye des réponses de fond et non des invectives. Nous savons qu’il a été un fervent défenseur de Laurent Gbagbo, aujourd’hui il s’érige en donneur de leçons’’.

Actuellement à Vienne (Autriche) où il prend part à une conférence islamo-chrétienne, selon des sources concordantes, Jamil semble décidé à prendre son destin en main, hors de la sphère du pouvoir. Face aux enjeux électoraux des prochaines locales, rien ne sera donné à son mouvement, surtout après le clash sur l’ASP. Dans ce cas, il devra rééditer ses performances des législatives de juillet 2012.

DAOUDA GBAYA

 

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