Publié le 26 Mar 2013 - 09:37
RETOUR SUR LE 25 MARS 2012

 Le PDS : autopsie d’une défaite électorale

Le 25 mars 2012, Macky Sall est élu président de la République du Sénégal avec 65,80% des voix. Pour mieux appréhender le sacre électoral de Macky Sall, il faut légitiment se poser une question très simple : pourquoi Abdoulaye Wade, malgré son charisme, son intelligence politique avec une machine de guerre(le PDS) et un bilan marqué par des réalisations concrètes a-t-il perdu les élections avec 34,20% des voix ?

 

Nul ne pouvait, avec une vision angélique et une certitude scientifique, prédire la défaite d’Abdoulaye Wade. Par contre, il y a mille manières d’interpréter cette défaite. Mais ce n’est que par une analyse a posteriori qu’on peut véritablement évoquer les raisons objectives de cet échec électoral. En se basant sur la vérité des chiffres, on se rend compte que l’écart entre Macky et Wade est très large. Et cela peut susciter beaucoup de commentaires et d’interrogations.

 

Dans les élections présidentielles, les écarts entre vainqueurs et vaincus sont souvent limités et faibles. On retrouve cette réalité systématiquement dans toutes les démocraties où il est rare que le camp perdant soit à moins de 45%. Donc la défaite de Wade avec 34,20% est assez rare et même inédite. Macky Sall a gagné sur le rejet de Wade. On pourrait même dire que le second tour du 25 mars 2012 avait l’allure solennelle d’un référendum : pour ou contre Abdoulaye Wade ?

 

Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte pour expliquer la déroute électorale de Wade et le PDS : les tensions liées au processus électoral, le contexte social, la configuration politique, les forces en présence, la situation économique du pays... Mais il y a une constance dans une élection présidentielle : tout se joue sur l’image et la personnalité du candidat, surtout sur l’idée que les citoyens se font du candidat. Nul n’a bien compris cela que De Gaulle « l’élection présidentielle c’est la rencontre d’un Homme avec son peuple ». Comprendre cela, c’est saisir le sens du vote dans une élection présidentielle, surtout en Afrique où la majeure partie des citoyens votent par l’affect, « la bouillie du cœur » avec de la sympathie et des sensibilités personnelles.

 

Au demeurant, ce qui a suscité le rejet de Wade, au-delà de son mode de gestion du pouvoir décrié, c’est l’effet de son âge assez avancé (86 ans) combiné avec un fort soupçon de dévolution dynastique du pouvoir au profit de son fils Karim avec un entourage pas bien organisé suivi par une cohorte de transhumants. Voilà des facteurs déterminants qui peuvent édifier sur la déroute électorale du PDS. Abdoulaye Wade a traîné la question de l’âge comme un boulet tout au long du processus électoral. Même sur l’opportunité de sa candidature, au-delà des arguments juridiques déployés par l’opposition, la question de son âge apparaissait toujours en filigrane. Et les autres candidats ont joué à fond sur la carte de l’âge jusqu’à installer insidieusement dans la conscience des Sénégalais que Wade se bat pour Karim. S’il gagne c’est Karim qui va gouverner avec une « bande » de profiteurs. Et si Wade était manipulé ?

 

Le wax waxeet finira par créer un malaise et jeter un discrédit sur la personnalité du candidat. Les citoyens peuvent, par exemple, accepter qu’on les trompe sur les chiffres de l’emploi et peuvent aussi tolérer l’incapacité à gérer la crise casamançaise, même si on leur avait promis de la régler en cent(100) jours. Mais ils ne peuvent pardonner que le candidat Wade leur trompe sur sa réelle personnalité, sur qui il est vraiment en avouant publiquement son manque de respect à la parole donnée ; ceci, dans une société de l’oralité. Les citoyens veulent souvent un dirigeant qui les renvoie l’image d’un modèle de vertu et d’éthique (esthétique de l’âme). Donc le wax waxeet a coupé brutalement le lien affectif qui reliait Abdoulaye Wade à une frange importante de l’électorat. On ne pouvait plus compter sur les propos de Gorgui et tout ce qui l’intéresse, finalement, c’est d’installer vaille que vaille son fils dans le fauteuil présidentiel.

 

C’était délicat pour Abdoulaye Wade de sortir de cet engrenage et de cette perception de l’opinion. En laissant Serigne Mbacké Ndiaye, Iba Der Thiam, Djibo Ka, Mamadou Diop Decroix, Mamour Cissé porter la parole de leur candidat, le PDS et ses alliés n’avaient pas, ainsi, fait preuve d’imagination pour contrebalancer l’argument sur l’âge avancé de leur chef de file. Les jeunes du PDS et les compagnons de route de Maître Wade ont disparu ou étaient mis à l’écart alors que c’était leur combat, en plus, ils symbolisaient la fidélité à toute épreuve.

 

Tout se passe comme si l’unique stratégie du PDS et son axe de communication reposaient sur la mise en avant des réalisations concrètes et des chantiers du Président Wade. C’était une posture naïve. Car un bon bilan ne garantit pas forcément une réélection. Et la bonne gestion même louable ne fait pas souvent gagner des élections. L’électeur doit ressentir que la personnalité du candidat est rassurante et que l’avenir passe forcément par lui.

 

Ainsi, du sopi au Gorgui doli nu, on sentait une autocélébration assimilable au narcissisme qui risquait de basculer fatalement dans l’immobilisme. Avec tout ce qui s’était passé au 23 juin 2011, les dirigeants du PDS, au lieu de reconnaitre leurs erreurs, les réparer et ne plus les refaire, ils ont cherché à sauver les apparences et du coup, ont perdu la réalité du Sénégal. Maintenant, le calice de la défaite est là, il faut le boire jusqu’à la lie tout en se débattant contre l’épée de Damoclès que constitue la traque des biens supposés mal acquis. Cependant, il n’y a pas de honte à perdre une élection, même les plus grands l’on connu. Quand on est battu, on se bat en silence en mobilisant les troupes.

 

Aujourd’hui, la démocratie sénégalaise a besoin d’une opposition bien organisée qui met une pression républicaine sur le gouvernement en le poussant à la vigilance. Une bonne opposition permet au pouvoir de mieux affirmer ses positions et de ne pas dévier de ses engagements. Donc, pour la vitalité du débat démocratique, le PDS doit renaître de ses cendres. L’unanimité générale et le consensus mou qui sévissent dans le pays ne sont guère rassurants. Et il serait bien de rappeler ses propos de Bruno Le Maire à l’actuelle majorité au pouvoir : « Il faut se méfier des victoires triomphales qui donnent un sentiment de domination sans partage, étouffent tout esprit critique et conduisent souvent à des choix erratiques ». Pour tout dire, la démocratie est faite de pouvoirs et de contre-pouvoirs.

 

Lamine Souané

 

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