Publié le 14 Jul 2025 - 14:27
Sénégal

Pour une orientation stratégique fixée au-delà des alternances politiques

 

Comment ancrer les stratégies de développement dans une vision nationale pérenne pour 2050

 

Le syndrome de la table rase : pourquoi nos programmes meurent avec chaque président ?

Depuis les années 2000, le Sénégal vit au rythme des alternances politiques et des stratégies économiques associées. Wade lance la Stratégie de Croissance Accélérée (SCA), Sall lui succède avec le Plan Sénégal Émergent (PSE), Diomaye Faye dévoile aujourd’hui le "Sénégal Vision 2050". Chaque changement de régime enterre le programme précédent, y comprisqsz certains projets viables. Cette réinitialisation itérative se manifeste par :

  • La malédiction de la "tabula rasa" en lieu et place de la gestion de l'héritage stratégique : L'arrivée de chaque nouveau président s'accompagne naturellement de nouvelles orientations, mais cette nécessaire évolution mérite d'être conciliée avec la préservation des acquis antérieurs pour garantir l'efficacité administrative et l’efficience des ressources.
  • Des stratégies personnifiées : La SCA = Wade ; le PSE = Sall ; Vision 2050 = Faye. Leur survie dépend du mandat présidentiel, non de leur pertinence économique.
  • L'incompatibilité des temporalités : La durée du mandat est de 5 ans alors que l’émergence par des transformations profondes (éducation, industrie, infrastructures…) exige 30 à 50 ans de continuité.
  • Le piège de la verticalité : Programmes conçus "d’en haut", sans consultation réelle de l’opposition, des collectivités locales, du secteur privé ou de la société civile. Résultat : légitimité fragile et appropriation limitée.
  • Le risque de gaspillage : Arrêts brutaux de projets, perte de crédibilité auprès des investisseurs, défiance des partenaires internationaux.

Conséquence majeure : Le Sénégal peine à sortir de la trappe des revenus intermédiaires, faute de capitaliser sur des acquis de long terme.

Du court-termisme politique à la patience du bâtisseur.

Quels piliers pour une révolution de gouvernance ?

Face à ce constat, une refonte de la démarche peut être envisagée. Sans prétendre à l'exhaustivité, voici quelques exemples de leviers pour une Vision Long Terme (VLT) :

  1. L’ancrage institutionnel pour une boussole indépendante
  • Consécration référendaire d’une Vision Long Terme (VLT), rendant son "noyau dur" inamovible sauf par la même procédure.
  • Loi-Cadre d’Orientation du Développement (LCOD) : Votée à la majorité qualifiée, fixant les objectifs stratégiques pour 30-50 ans. Sa modification exigerait le même seuil.
  • Conseil National de la Prospective (CNPDD) : Institution technique indépendante (experts, Cour des Comptes, CES, HCCT, société civile). Missions clés :
  • Aligner les plans quinquennaux sur la VLT
  • Publier des évaluations indépendantes accessibles
  • Servir de "mémoire stratégique" lors des alternances
  1. Le consensus national comme méthode
  • États Généraux ou Dialogue National du Développement : Assises nationales inclusives (opposition, patronat, syndicats, OSC, diaspora) pour co-construire la vision.
  • Consensus Social solennel : Engagement signé par les forces politiques et sociales, transcendant les clivages.
  • Décentralisation opérationnelle : Intégration de la vision dans les plans locaux de développement.
  1. Flexibilité encadrée : cap stable, agilité des moyens
  • Noyau dur intangible : Valeurs, objectifs finaux (souveraineté alimentaire, transition énergétique…) et projets structurants (ex : boucle ferroviaire nationale)
  • Ajustements tactiques : Chaque gouvernement adapte les moyens via son plan quinquennal, sous contrôle du CNPDD.
  • Revues décennales : Évaluations participatives pour mises à jour structurées.

Conclusion : Le pari de la maturité

L’enjeu est profond et mérite, à minima, réflexion. Comment passer des programmes présidentiels éphémères à une vision nationale pérenne, dépersonnalisée et institutionnellement ancrée ? Il s'agit là d'une véritable maturité politique, où la prise en compte de l’intérêt général doit prévaloir sur les calculs partisans.

Le défi n’est pas technique, mais éminemment politique : voulons-nous doter le Sénégal d’une boussole fixe pour les générations futures ? L’alternance récente offre une opportunité renouvelée de bâtir enfin les fondations de l’émergence du pays. La réussite de la « Vision 2050 » dépendra de sa capacité à s’inscrire dans ce cadre pérenne.

Mamadou THIAM

Citoyen Républicain

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