Publié le 17 Jan 2024 - 21:43

Tournant capital

 

Nous venons de vivre une décennie infernale pour la grande majorité de nos compatriotes. Pour des raisons diverses de mal gouvernance, des espoirs sont sacrifiés, des vies harmonieuses sont détruites, des familles sont disloquées, dans le seul souci de maintenir un clan dirigeant de la Nation, à même de satisfaire sa boulimie pouvoiriste et financière. Nous avons vécu plus de soixante années de soi-disant indépendance, mais où les seuls bénéficiaires auront été les dirigeants et leurs familles biologiques et politiques. Toutefois, depuis 2012, nous avons assisté à une extension vertigineuse de la famille biologique, avec surtout l’immersion de la belle-famille du Président de la République dans la gestion surtout patrimonialiste de l’Etat. Avec les amis, ils ont accaparé, sans état d’âme, ni aucune empathie pour la population, tout le patrimoine financier et foncier qui nous faisait rêver de lendemains meilleurs.

Sans parler des privations abusives et inhumaines de libertés contre simples citoyens, soucieux du bon devenir de leurs pays, ce régime a commis des forfaits que le bon sens n’aurait jamais permis d’imaginer. Beaucoup ont longuement disserté sur les violations des libertés les plus élémentaires de citoyens, mais aussi sur la vassalisation de notre administration publique. Des fonctionnaires qui ont été formés au prix de lourds sacrifices par toute la Nation, ont délibérément choisi de servir, une personne, un clan au détriment destructeur de compatriotes qu’ils se devaient de servir. Au-delà du 25 Février 2024, ne faudrait-il pas penser à un système de nomination des responsables de l’administration publique. Que les gouverneurs, préfets, présidents des différentes cours de justice, etc. doivent être élus par leurs pairs, pour une durée déterminée, ce qui pourrait leur conférer une totale indépendance vis-à-vis de l’exécutif, qui doit d’ailleurs définitivement abandonner sa prééminence sur l’UMS (Union des magistrats du Sénégal). L’IGE (Inspection générale d’Etat) doit être renforcée dans ses pouvoirs de contrôle des corps d’Etat, mais surtout sortir du giron de la Présidence de la République et être dotée du pouvoir de poursuites, sans complaisance. Pour une justice équitable, le Président de la République ne doit plus avoir la possibilité de « mettre sous le coude » des dossiers qui lui paraissent gênants.

La corruption, la concussion, le blanchiment d’argent sont des fléaux qui marquent notre société. Leurs conséquences sont multiformes et sapent durablement le devenir harmonieux de notre Nation. Ces fléaux détruisent les fondements de l’équilibre de nos finances publiques, mais surtout constituent les causes de blanchiment d’argent qui détruisent irrémédiablement des entreprises que des compatriotes se sont évertués à mettre en place. L’agent de la fonction publique qui s’enrichit de manière insidieuse et faramineuse, est obligé d’investir les fonds dans le circuit formel, pour plus tard, pouvoir justifier sa richesse insolente. Par le biais de prête-noms souvent tirés du néant, des entreprises sont montées, en visant les secteurs que leurs fonctions publiques leur ont permis de cibler. Toujours, en utilisant ces mêmes fonctions, ils usent de leur ascendance sur des sociétés et administrations publiques, afin de mettre à genou les entreprises qui y étaient dûment implantées, souvent depuis des décennies. Des factures d’électricité ou d’eau d’entreprises à « descendre » sont brusquement multipliées des dizaines de fois, en plus de jugements et de condamnation par défaut par l’institution judiciaire. A défaut et souvent même en plus de ces pratiques hautement criminelles, ces nouveaux riches, se permettent de vendre avec de grosses pertes (ventes de produits à moins de 20% des coûts de revient), mettant la concurrence très formelle à terre dans un laps étriqué de temps. De telles pratiques font malheureusement florès dans notre pays, surtout durant la dernière décennie. De toutes ces pratiques indignes et répugnantes même des plus grandes mafias mondiales, les victimes se retrouvent sans aucun recours, car même les courriers de réclamation adressées aux sociétés fautives comme la Senelec, restent sans réponse.

Depuis 2012, des institutions financières sont créées, mais davantage dans le souci de précipiter la dégénérescence d’entreprises existantes mais évoluant hors des cercles familiaux et amicaux des dirigeants politiques. Déjà les actionnaires privés de ces institutions sont tirés des cercles précités, mais ils sont les bénéficiaires des plus gros financements de ces institutions. Au pire, le citoyen anonyme qui y cherche un quelconque financement n’a aucune chance d’y obtenir un avis favorable quand ses activités entrent en concurrence avec celles d’un actionnaire privé, mais au pire, les idées développées dans son étude de faisabilité sont utilisées par ces mêmes actionnaires ou d’autres sbires du régime en place. Le pauvre promoteur initial du projet en demande de financement, pourra toujours attendre une réponse qu’il ne recevra jamais.

Pendant que les entrepreneurs nationaux sont systématiquement massacrés, les étrangers, pour la plupart des aventuriers, sont choyés et caressés par le pouvoir. Les faveurs qui leur sont octroyés sont rapidement cédées sur le marché international à l’exemple du terminal des conteneurs du Port de Dakar que le repreneur s’est empressé à revendre avec une très forte plus-value. Des sociétés solides, n’ayant aucun problème de trésorerie, ni de matières premières ou de marchés d’écoulement à l’exemple des ICS (Industries chimiques du Sénégal), sont cédées à des indiens qui ramènent dans leur pays l’engrais produit localement, au détriment effarent de notre paysannerie laissée à elle-même. Le littoral maritime est donné aux navires européens et chinois, privant nos pêcheurs artisanaux de leurs sources de revenus.

Ces actes malsains posés par nos autorités publiques, dont leur seule mission était de nous donner des espoirs de vies meilleures, ont implanté la sinistrose dans le vécu social. Les jeunes qui n’ont plus aucun espoir d’épanouissement dans leur propre pays, tentent d‘émigrer partout ils espèrent obtenir un minimum pour vivre. Les moyens empruntés sont très périlleux et beaucoup trop de morts y sont enregistrés, sans que cela n’émeuve nullement les autorités publiques. C’est à se demander ce nous, sénégalais (ses), avons fait contre nos dirigeants pour qu’ils nous mènent la vie si dure ?

Toutefois, nous allons vers des élections présidentielles cruciales pour notre devenir commun. Tout a été fait par les tenants du pouvoir pour que ces élections ne se déroulent suivant les normes élémentaires de la démocratie. Des institutions sont utilisées pour compromettre la candidature de citoyens, plus particulièrement du principal opposant de l’arène politique. L’objectif de la non tenue d’élections libres et transparentes ne semble être ni de perdurer à la tête de l’Etat, ni de profiter des retombées avantageuses des mannes du pétrole et du gaz dont regorge notre pays, mais plutôt de la peur de devoir rendre compte des crimes en tous genres et forfaitures commises durant cette excessivement longue gouvernance. Et pourtant, nous avons besoin d’une rupture définitive dans le système de gouvernance de notre pays. Notre pays regorge de potentialités humaines et matérielles aptes à nous redonner des espoirs. L’éthique, le patriotisme et la bonne vision doivent être les principaux crédos des futurs dirigeants. Le sursaut doit être général afin d’atteindre ces idéaux. Le préalable est la reddition des comptes des anciens dirigeants, sans animosité, mais sans complaisance aucune.

En attendant l’issue de ces élections cruciales, nos lions du football participent à la CAN. Souhaitons-leur plein succès et qu’ils nous redonnent comme par le passé, la joie des vainqueurs. Ils nous doivent d’illuminer à nouveau nos visages. De tout cœur avec vous pour un début Sénégal meilleur.

El Hadji Malick DIA

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