Publié le 14 Jul 2025 - 12:49

Un luxe que le Sénégal ne peut s’offrir

 

Le Sénégal est à un carrefour. Il avance, mais il vacille. Et s’il vacille trop fort, il pourrait tomber. Non pas dans un chaos spectaculaire, non. Mais dans ce glissement lent et silencieux qui mine les États plus sûrement que les révolutions : l’usure de l’espérance.

Peut-on, dans un pays où des milliers de jeunes tapent à toutes les portes sans jamais entendre « entrez », se permettre une crise institutionnelle ? Peut-on, avec une économie exsangue, une dette abyssale, et le souffle du jihadisme qui rôde de plus en plus près, se lancer dans une guerre froide au sommet de l’État ?

La question n’est pas théorique. Elle est brûlante, urgente, tangible. Elle ne concerne pas seulement les cercles du pouvoir, mais aussi – et surtout – les femmes de Pikine, les pêcheurs de Joal, les jeunes chômeurs de Saint-Louis ou les cultivateurs de Kolda. Car ce sont eux, et non les titulaires de maroquins ministériels, qui paieraient les pots cassés d’un éventuel bras de fer entre le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre, Ousmane Sonko.

L’histoire qui les lie est belle, presque romanesque : deux hommes, deux complices, un même combat pour rompre avec un système. Ensemble dans la prison, ensemble dans la victoire. Mais l’histoire politique est capricieuse. Elle s’écrit parfois à l’encre invisible de l’ambition, de la divergence ou de la méfiance. Et déjà, les rumeurs courent. Les regards se figent. Les camps se dessinent. Comme si, soudain, l’on s’occupait davantage des équilibres de palais que du panier de la ménagère.

Le Sénégal a déjà fort à faire pour rester debout dans une région où la poussière des insurrections ne retombe jamais vraiment. Les voisins – Mali, Burkina, Niger – s’enfoncent dans une instabilité dont personne ne sait où elle mène. Chez nous, pour l’instant, la démocratie tient bon. Mais elle est comme un baobab fatigué : imposante encore, mais creusée de l’intérieur par les termites du doute.

Il serait tragique de gâcher une transition inédite, applaudie à l’étranger, par un affrontement au sommet. Le peuple n’a pas voté pour un duel, mais pour un souffle nouveau. Il a misé sur une rupture avec les querelles stériles et les calculs partisans. Il a voté avec le cœur, mais aussi avec l’estomac vide.

Car les urgences sont là, et elles n’attendent pas. Le chômage des jeunes n’est pas un chiffre. C’est un cri. La dette n’est pas une abstraction. C’est un fardeau. Chaque jour sans action concertée est un jour perdu. Et chaque signe de discorde au sommet est un message décourageant envoyé à ceux qui espéraient enfin respirer.

Ce n’est pas une question de prendre parti. C’est une question de lucidité. D’humilité, peut-être. L’histoire politique du Sénégal est riche, mais elle n’est pas immunisée. Les institutions, aussi solides soient-elles, peuvent vaciller quand le sommet chancelle.

Diomaye et Sonko doivent s’en souvenir : leur union n’est pas un symbole à exhiber, c’est une responsabilité à assumer. Gouverner ensemble ne signifie pas penser à l’identique, mais travailler à l’unisson. Dans le concert des nations, le Sénégal est une voix singulière. Qu’elle ne devienne pas un murmure désabusé.

Ce pays mérite la stabilité. Il mérite le courage. Et il mérite mieux qu’une querelle de leadership.

Sidy Diop 

Section: 
DÉFENDRE LA CONSTITUTION, C'EST D'ABORD DÉFENDRE LE DROIT : Quelques observations sur la Déclaration du Réseau des Universitaires pour la Défense de la Constitution et de la démocratie du 29 juin 2026
LE SOMMET DU G7 À ÉVIAN : Une ambition affichée, mais des limites structurelles persistantes
MOURDIAH ET NARA : Le JNIM et la conquête des fonctions étatiques
ASSEMBLÉE NATIONALE : AU NOM DE LA DÉMOCRATIE, IL EST TEMPS DE DÉCIDER Appel de 143 personnalités pour l’adoption de la révision constitutionnelle
NOUVEL ARTICLE 92 DE L'AVANT-PROJET REPRIS PAR LA PROPOSITION DE RÉVISION CONSTITUTIONNELLE : L’intrusion du Juge dans l’Hémicycle
ÉPISTÉMOLOGIES DU SUD : CAPITAL HUMAIN ET PLANS TACTIQUES Temps long vs posture tactique dans le Sénégal contemporain
DU TERRAIN DE FOOTBALL AU CORPS FÉMININ : Quand une défaite sportive révèle les normes sociales du corps au Sénégal
APPEL HSF POUR 40 MIGRANTS SÉNÉGALAIS EMPRISONNÉS EN MAURITANIE “Ils meurent à petit feu”
MOBILITÉS HUMAINES- SPORT ET CULTURES : Une coupe du monde raciste, xénophobe et discriminatoire !
CONCILIER LES AMBITIONS SOUVERAINES DU PEUPLE AVEC LES EXIGENCES DE RIGUEUR DU FMI Un exercice cornélien pour le nouveau gouvernement ?
De la nécessité d’une réforme de l’enseignement à la nécessaire rééducation de l’intelligentsia au Sénégal
MES CONSEILS AU DUO DIOMAYE-SONKO : Tout est possible !
Lettre ouverte à Monsieur Bacary Sarr, Ministre de la Communication et des Relations avec les Institutions, Porte-parole du Gouvernement
CONCERTATIONS NATIONALES : L’économie ne peut plus attendre
AU-DELÀ DES RÉFORMES : Refonder l’éducation sénégalaise pour bâtir le capital humain du XXIe siècle
SÉNÉGAL : Quand gouverner sans la majorité devient le défi démocratique
Petite reflexion sur la figure messianique au Sénégal
Au fond des pensées d’un homme
Abdoulaye Wade, ou la grandeur d’un destin sénégalais
De l’exigence de résultats et les raisons de douter