Publié le 7 Dec 2013 - 01:11
PROCÉDURE DANS LE DOSSIER HABRÉ

 Les juges ouvrent la chasse aux charniers

 

Les magistrats sénégalais et tchadiens sont en plein dans la phase active qui mène droit au procès de l’ancien Président Hissein Habré. Depuis mercredi, ils ont entamé l’identification d’une dizaine de charniers présumés mais très fortement documentés par les organisations de défense des droits de l’Homme.

 

Les actes de procédure devant conduire à l’organisation prochaine du procès de M. Hissein Habré se poursuivent au Tchad. En fin de semaine dernière et au début de la présente semaine, des policiers, magistrats et autres fonctionnaires sénégalais ont débarqué à Ndjamena afin de reprendre les auditions entamées lors de la première commission rogatoire internationale.

Ces auditions ont lieu au Commissariat central de Ndjamena dans le quartier de Diambalbar, et au Pool judiciaire, depuis mardi, à raison d’une vingtaine de témoins par jour sélectionnés de commun accord entre les associations de victimes et les enquêteurs.

Pendant ce temps, les magistrats des Chambres africaines extraordinaires (CAE) préparaient leurs déplacements à l’intérieur de ce pays grand comme six fois le Sénégal. Ce mercredi, en compagnie des avocats constitués partie civile, ils ont débuté les opérations d’identification des charniers présumés provenir des exactions du régime de l’ancien président tchadien. Trois experts argentins réputés pointus dans ce domaine sont de la partie, dont Anahi Jinarte.

Le travail a débuté à la ferme expérimentale de Deli, un village situé à 30 km de Moundou, la grande ville économique du Sud tchadien. D’après différents témoignages très documentés, ce sont 200 rebelles Codos qui y ont été massacrés le 17 septembre 1984 (beaucoup plus, rectifient des responsables d’associations de droits humains sur place), suite à un traquenard attribué aux Forces armées nationales tchadiennes (FANT) de Hissein Habré, d’après un livre d’enquête de l’organisation «Human Rights Watch» qui sera lancé la semaine prochaine à Ndjamena.

«Nous avons avancé certaines informations, mais il faut que les juges les vérifient avec l’aide de certains experts. C’est cela le travail le plus important», explique Jacqueline Moudeïna, une des avocates des victimes. «Pour certains charniers, nous avons les noms des personnes qui y ont été enterrées, et leurs parents sont là. Il y a donc un travail d’analyse qui pourrait se faire à partir de l’ADN», ajoute-t-elle.

Flanqués de leurs collègues tchadiens, les juges sénégalais Jean Kandé et Souleymane Téliko, ainsi que le Procureur général Mbacké Fall qui représente le ministre de la Justice, étaient sur place, avec une forte colonie de collaborateurs, sous l’œil d’agents des forces de sécurité tchadiennes plutôt débonnaires. Les deux seuls journalistes présents qui désiraient accompagner les juges, les experts argentins, les avocats de la partie civile Jacqueline Moudeïna et Delphine Adjiraïbe et leurs collaborateurs, à l’intérieur de la ferme ont été priés de rester à bonne distance. Il était 14H15.

C’est deux heures plus tard environ que le groupe est ressorti avant de prendre la direction du Sud. Après avoir passé la nuit dans une petite auberge de Koumra, à plus de 700 km de Ndjamena, les juges, experts et avocats ont repris hier matin les opérations d’identification des charniers. Selon les associations de défense des droits de l’Homme locales, les populations du grand Sud tchadien ont particulièrement souffert de «la barbarie» de l’ancien régime dont le chef réfugié à Dakar depuis près de trois décennies, y est en état d’arrestation.

Des charniers partout

Des charniers sont signalés à Koumra, Maiguide, Mandaguire, Maro, toutes localités situées dans la ville de Sarh (ex Fort Archambault), non loin de la frontière centrafricaine. Il en existerait également à Moissala, notamment à Ngalo, Moissala, Doboro, Ouangteiyan, Nabo et Djola.

Les juges fouineront sans doute dans le Guera où les sites identifiés sont dans les zones de Mongo, Bitkine, Ambazira, Tchalme. Des scènes de tueries d’une grande atrocité ont été documentées par des organisations nationales et internationales de défense des droits de l’Homme. Les plus terribles de ces massacres auraient eu lieu à Djola où des villageois auraient été rassemblés (dans une église) et mitraillés, avec zéro survivant.

Le retour des juges sénégalais à Ndjamena est prévu ce samedi, mais il pourrait être repoussé à dimanche eu égard aux gros problèmes d’organisation et de planification ayant entraîné du retard dans l’exécution du calendrier initial, avec la descente en province. En attendant, il se pose beaucoup de questions, sans réponse du reste, par rapport à l’absence des avocats de M. Hissein Habré dans cette phase de procédure jugée si importante…

MOMAR DIENG (A Koumra, près frontière centrafricaine)

 

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