La révolte des populations contre les sociétés minières
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La marche des populations de Ndendory et de Hamady Ounaré contre les sociétés exploitantes des phosphates était bien autorisée, hier. Et pourtant les forces de l’ordre ont lancé des gaz lacrymogènes sur la foule. Malgré les tentatives de dissuasion des gendarmes, les manifestants ont marché jusqu’au site de la Somiva pour exiger des sociétés minières l’acquittement de leurs responsabilités sociétales.
C’est sous un soleil peu clément que les populations des villages de Ndendory et de Hamady Ounaré se sont retrouvées sur la route nationale pour manifester contre la présence ‘’néfastes’’ des sociétés minières dans le département de Kanel. Les manifestants, vêtus de rouge, ont brandi des pancartes où on pouvait lire : ‘’Libérez nos terres’’, ‘’Respectez les codes miniers’’.
Djiby Diaby, un des meneurs de la manifestation, par ailleurs coordonnateur du mouvement Fouta Insoumis, parlant au nom de la foule, a déclaré : ‘’Nous sommes plus que contents, aujourd’hui, de voir un peuple qui a décidé et qui décidera, pour le restant de son existence, de prendre son destin en main. Nous sommes ici pour dire à qui veut l’entendre ou à qui veut le voir que le Fouta va très mal, que le département de Kanel souffre, que toute la région de Matam en a marre la situation actuelle.’’
En effet, depuis plus de quatre années, les populations, qui avaient placé beaucoup d’espoir dans l’implantation des sociétés minières dans la région pour l’exploitation des phosphates de Ndendory, ont commencé à manifester des signes de désillusion. Les immenses projets emballés dans le volet de la responsabilité sociétale de l’entreprise ont vite pris l’allure d’un mirage.
‘’Notez bien que depuis l’implantation de la Société minière de la vallée du fleuve en 2014, l’environnement de cette partie du Sénégal est totalement pollué. Ce qui est à l’origine du développement de beaucoup de maladies pulmonaires chez les populations. Actuellement, 60 % des jeunes de 20 ans sont asthmatiques et avec la pression atmosphérique, les eaux subissent de grandes transformations chimiques que la population consomme avec ses animaux domestiques’’, renseigne Diaby.
Ces désagréments que les deux sociétés minières qui exploitent les phosphates causent aux populations ont fini de décupler la colère des manifestants. Ils étaient, hier, déterminés à se regrouper à l’entrée de la société Somiva et n’ont pas été dissuadés par les lacrymogènes. Après quelques minutes d’affrontements où gaz lacrymogènes et grosses pierres se sont croisés, les forces de l’ordre se sont résignées à laisser la foule progresser vers le site de l’entreprise en cause. ‘’Nous tiendrons notre point de presse à l’entrée de la Somiva. Nous n’allons pas le tenir à la gare, car ce n’est pas avec les transporteurs que nous avons des problèmes ; ce sont les sociétés minières qui sont la cause de tous nos soucis. Il faudrait qu’ils entendent nos cris de colère’’, a martelé un dirigeant. Diaby de renchérir : ‘’Ces entreprises sont néfastes pour les populations. Elles nous ont pris nos terres sans nous dédommager. Cela fait 9 ans que nous attendons qu’ils tiennent leurs promesses. L’exploitation des phosphates nous arrose de poussière. Aujourd’hui, à la place du sang dans nos veines, nous avons de la poussière.’’
La société civile, représentée par Ousmane Ba de l’ONG 3D, est venue prêter main-forte aux manifestants de Ndendory et d’Hamady Ounaré. Elle a fait cause commune avec les populations impactées par l’exploitation des phosphates. ‘’Nous dénonçons la non compensation des pertes de champs, la perte de pâturages pour nos animaux. Nous dénonçons aussi la gestion partisane et politicienne des maires. Nous fustigeons le non-respect de la législation, notamment par la SERPM. Neuf mois sans salaire pour les travailleurs de cette société, c’est normal ?’’, a-t-il lancé, avant que la clameur ne réponde par un vigoureux ‘’non !’’. ‘’La présence d’une main-d’œuvre étrangère au détriment de l’expertise locale, est-ce que c’est normal ? Maintenant, nous demandons à l’Etat de diligenter et de régulariser le versement des fonds de développement local’’, a-t-il conclu.
Pour rappel, dans le dernier rapport 2018 de l’ITIE, la Somiva a versé plus de 950 millions de francs CFA sur les 1 milliard 200 millions captés par la région. La SERPM, quant à elle, s’est montrée invisible pour n’avoir quasiment rien versé.
DJIBRIL BA (MATAM)