Limites et avantages du dépistage en croissance
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Avec plus de 4 000 tests réalisés, hier, un suivi plus important des cas contacts. Le Sénégal traque le variant Delta dans l’espoir de maitriser la troisième vague. Mais le manque de proactivité des autorités sanitaires n’a pas fini de susciter incompréhension et étonnement.
En France, les spécialistes s’apprêtent déjà à une quatrième vague, dès la rentrée prochaine. Laquelle sera moins intense que les trois précédentes, en raison du niveau de couverture vaccinale, prédisent les spécialistes. Au Sénégal, jusqu’à la veille des niveaux records de positivité, les autorités sanitaires ont brillé par leur attentisme, leur manque de prévision. Rien qui présageait qu’une troisième vague était imminente. Même les plus hautes autorités de la République semblent totalement être prises au dépourvu.
Ce qui est fort regrettable, selon certains spécialistes qui estiment que la situation actuelle était bien prévisible. C’est à se demander si le Comité national de gestion des épidémies sert à grand-chose. Interpellé sur la stratégie mise en branle par le Sénégal pour faire face à la troisième vague, le docteur Alioune Blondin Diop explique : ‘’En fait, on le voit dans beaucoup de pays. Lorsque la population n’a plus en préoccupation une question, les décideurs ont tendance à la reléguer au second plan. Cela a été le cas dans de nombreux pays. Mais quand on est décideur, à un certain niveau de responsabilité, il y a des informations dont on dispose et que tout le monde n’a pas. Les bons épidémiologistes, et il y en a dans notre pays, ont des indicateurs ; et quand ces indicateurs sont présents ; ils peuvent tout de suite présager d’une vague. C’est le cas en France, par exemple. On sait déjà qu’il y aura une quatrième vague, mais elle n’aura pas la même virulence que les autres.’’
En fait, dans le cas de la pandémie actuelle, il est difficile de connaitre la nature et l’ampleur de la vague. Mais il est tout à fait possible de prévoir d’éventuelles résurgences de la maladie. ‘’C’est à l’Etat de mettre en place des dispositifs pour anticiper sur les évènements. Et c’est ce qui est dommage dans la situation que nous vivons actuellement’’, souligne le spécialiste de la médecine interne.
Système de dépistage ajusté
Avec plus de 1 700 cas positifs enregistrés hier, soit un taux de 38,97 %, le Sénégal est devenu un des pays les plus touchés en Afrique de l’Ouest par la troisième vague de Covid-19. Il faudra, selon le Dr Blondin Diop, y regarder de plus près, avant toute conclusion. Face à cette situation, en tout cas, le gouvernement a ajusté son système de dépistage. Depuis quelque temps, le pays est monté en puissance dans la réalisation des tests.
Hier, ce n’est pas moins de 4 419 tests qui ont été présentés par les autorités sanitaires. Qu’est-ce qui pourrait expliquer un tel changement de paradigme ? Le Dr Diop explique : ‘’La démarche semble effectivement avoir changé, parce que les réalités ne sont plus les mêmes. On a besoin, par exemple, de faire un séquençage. C’est-à-dire de déterminer quelle est la source du virus qui est responsable de ces contaminations ? Quand on est à 30 % de Delta qui circule, la stratégie ne doit pas être la même que quand on est à 10 % de ce variant. Il ne s’agit pas de montrer qu’on a le meilleur système de santé, de surveillance, mais de définir une stratégie qui nous est propre avec des objectifs clairs.’’
Pour ce faire, souligne le spécialiste, il faut connaitre la population contaminée, les tranches d’âge concernées, les variants en circulation, le niveau de létalité… Il précise : ‘’On doit connaitre des éléments épidémiologiques qui permettent d’affiner la stratégie. C’est ce qui me parait intéressant dans l’augmentation du nombre de tests. Autrement, on peut facilement verser dans la suffisance, la prétention et cela ne sert pas à grand-chose.’’
Retour du suivi des cas contacts
Longtemps abandonné, le suivi des cas contacts a aussi fait son retour avec l’apparition du variant Delta. De l’avis d’Alioune Blondin Diop, c’est une bonne chose, en ce qu’il peut permettre de savoir quel est le type de virus avec lequel ces cas ont été contaminés, quelle est la part de Delta dans les nouvelles contaminations pour mieux définir la stratégie. ‘’Cette nouvelle démarche, si tant est qu’elle se justifie par ces paramètres, elle pourrait permettre de déterminer la suite de la prise en charge. C’est ainsi qu’il faut le comprendre, à mon avis’’.
Selon lui, les capacités de tests sont déterminantes dans cette perspective. ‘’Ce qu’il faut savoir, analyse-t-il, c’est que plus on fait des tests, plus on a des éléments pour faire des études comparatives. Après, c’est une question de moyens qui se pose. Plus de 4 000 tests, c’est une excellente capacité, si l’on se réfère à ce qui se fait dans la sous-région. Mais en Tunisie par exemple, ils en sont à 10 000 tests par jour. Ils sont beaucoup plus touchés. Mais c’est une excellente capacité qui peut permettre de définir une bonne stratégie de prise en charge’’.
En ces temps de grippe, la demande de tests a aussi connu une hausse considérable dans de nombreux districts. Or, les centres ont des capacités de dépistage très limitées, de l’ordre de 100 par jour. Ce qui fait que les demandes de tests ne sont pas toujours satisfaites. Pour le docteur Blondin Diop, les tests antigéniques pourraient être une bonne solution. Il explique : ‘’En France, vous allez dans une pharmacie, on vous fait ces tests tout de suite. Je pense que dans la stratégie, les autorités devraient essayer de développer davantage ces types de test. Moi, on m’en a proposé, mais comme la loi sénégalaise ne me le permet pas, je ne les ai pas ramenés. Mais c’est une piste à développer. Surtout quand on se retrouve avec autant de cas positifs et une demande de tests importante. Cela pourrait aider à faire face à la maladie, non seulement de manière préventive, mais aussi sur le plan curatif, dans une certaine mesure.’’
Cela dit, a-t-il précisé, il faut faire face aux faux négatifs dans l’utilisation de ces types de test. ‘’Quand un test antigénique est positif, fait-il remarquer, on est sûr que la personne a la maladie. Mais quand c’est négatif, on n’est pas sûr que la personne n’a pas la maladie. Il faut un test PCR pour confirmer ou infirmer. Maintenant, cela permet, si la personne est testée positive, de prendre tout de suite les dispositifs pour protéger sa famille, prendre des médicaments le plus tôt possible’’.
MOR AMAR