Publié le 24 Oct 2022 - 14:50
SALLES INONDÉES, TOITS MENAÇANTS, TAS D’IMMONDICES...

Écoles Elimane Ndiaye A et B, deux bombes écologiques

 

Ce mois d’octobre marque le début d’une nouvelle année scolaire dans l’école sénégalaise. Beaucoup d’établissements scolaires ont déjà commencé les cours avec le fameux concept ‘’Oubi tay, Djang tay’’. Mais ce n’est pas le cas pour les écoles Elimane Ndiaye A et B de Pikine qui sont toujours dans leur concept de comment sortir la tête de l’eau. En plus clair, ces écoles pataugent encore dans les eaux usées et nauséabondes provenant de Pikine Tally Bou Mack et de Guédiawaye. 

 

En face de l’hôpital Dominique de Pikine, se trouvent trois écoles regroupées dans un même périmètre. Parmi elles se distinguent les écoles élémentaires Elimane Ndiaye A et B, à cause de l’eau les entourant de partout et de l’état des salles de classe complètement délabrées. Elles existent depuis 1983, ne sont séparées que d’un mur et accueillent de nombreux enfants avides de savoir. Mais ces dernières années, leurs effectifs ont chuté, à cause de la situation déplorable causée par les eaux stagnantes devenues verdâtres et noirâtres avec le temps. L’école Elimane Ndiaye A souffre le plus de cette situation.

Sur place, la récrimination est unanime : le maire de Pikine, qui est l'autorité locale, ne fait absolument rien pour ces grands établissements. Ce sont des parents d'élèves soucieux de l'avenir de leurs enfants qui se cotisent pour acheter du matériel scolaire (règles, équerres...). En mettant les pieds dans ces écoles, on a la confirmation nette qu’elles sont oubliées, laissées à elles-mêmes.

L'adjoint au directeur de l’école B, M. Ndour, explique pourquoi son établissement est toujours inondé depuis années : ‘’Notre école fait face à ce phénomène depuis quelques années, et cela est dû au fait que toutes les eaux de Tally Boumack et de Guédiawaye passent dans l'enceinte de l’école qui est aujourd’hui une sortie de bassin. Le nouveau lycée devant nous a construit un mur pour ensuite faire sortir des tuyaux d’évacuation dans notre école. Cela a conduit à ce que toute l’eau se retrouve ici, avant d’être pompée. Tout notre matériel est gâté. Nous avons perdu, cette année, encore deux imprimantes, une bibliothèque, des livres, des tables, entre autres. L'eau rentre jusqu’à près de 70 cm ou parfois 1 m, du point de vue de l’emplacement de la salle de classe. Dans cette école, chaque année, on reprend à zéro.’’  

‘’Chaque année, on reprend à zéro’’ 

D’ailleurs, un peu plus loin, on aperçoit des élèves, qui auraient dû être en classe comme leurs camarades des autres établissements, aider leurs maîtres à faire sortir des tables et des malles dans lesquelles ils avaient gardaient certains matériaux pour les sauver, mais qui n’ont malheureusement pas été épargnés. L’un des enseignants de cet établissement, M. Dièye, très peiné par cette situation, soutient : ‘’Pour dire vrai, c’est avec le cœur meurtri que je parle en ce moment, car la situation de l’école date de longtemps. Et ni les autorités administratives ni les autorités académiques n’ont rien fait. Récemment, à la veille de l’ouverture des classes, on a vu le maire venir ici faire un show filmé par des journalistes, pour dire qu’il va tout faire pour arranger la situation de l’école. Mais depuis, on n’a rien vu de concret. C’est toujours pareil. Il n'y a pas de matériaux didactiques, ni assez de tables-bancs, parce qu’ils sont gâtés par l’eau. La situation dans les salles de classe laisse à désirer et c’est source de maladies, parce que certaines classes sont toujours sous les eaux et il y a trop de moustiques. Je déplore cette situation, car si c’était leurs enfants, ils n’allaient pas regarder cette situation de près et ne pas agir. Ceci n’est pas normal, dans un État normal, pour une autorité qui se respecte." 

Dans cette commune, poursuit-il, "on peut dire que l’éducation est le cadet de leurs soucis et qu’elle ne fait pas partie de leurs priorités, parce qu’au lieu d’investir dans ce domaine, ils se préoccupent d’autres choses pas aussi utiles. Ils ne viennent ici que pour faire de la politique, rien d’autre que des paroles, pas d’action et cela doit cesser. Avec le PSE du président de la République, l’éducation est l’un des domaines de développement. Donc, on doit revoir les priorités".

Inquiétudes pour les plafonds des classes

À côté se tient une élève de CM1 répondant au nom d’Awa Barry, trouvée en train de nettoyer une salle de classe. Elle a fait part de ses inquiétudes : ‘’Je pense que les gens de la mairie doivent travailler pour l’école, parce qu’elle est inondée, chaque année, à la moindre goutte de pluie. Cela me fait peur moi et mes amis, car le plafond est gâté. Regardez comment est le toit ! Les murs des salles de classe aussi sont fissurés. Les tables-bancs sont en manque et, du coup, on est obligé de s’asseoir à cinq. Il y a aussi beaucoup de moustiques à cause de l’eau. Une de mes amies est déjà tombée malade à cause de ça.  On doit vraiment reconstruire cette école, car ça fait vraiment peur.’’ 

Ainsi, le directeur d’Elimane Ndiaye B, que nous avons rencontré, renchérit que le concept ‘’Oubi tay, Diangue tay’’ n’a pas été respecté, à cause de ces nombreuses difficultés. Et que le démarrage effectif n’a eu lieu que le jeudi 20 octobre, soit deux semaines après la rentrée officielle des classes, ce qui cause un énorme retard pour les élèves tout comme pour les enseignants. 

En effet, sur les 18 salles de classe de l’école Elimane Ndiaye A, il reste encore de l’eau dans trois salles. Cela fait des semaines qu’ils se battent contre les eaux.

De ce fait, il interpelle les autorités administratives et locales de venir prendre en charge les destinées de ces écoles qui, malgré toutes les situations difficiles notées chaque année, obtiennent de très bons résultats et les enseignants font tous les sacrifices pour améliorer le niveau des élèves. Il en appelle à l’autorité administrative, en l’occurrence le maire, pour la réfection des murs de l’établissement et de certaines salles de classe, son bureau y compris.

Le préfet a fait venir 16 camions de sable

Concernant toujours le problème des inondations, le directeur fustige la démarche du maire, tout comme celle l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas) qui avait souligné que le problème est plus complexe qu’on le pense et ça va même au-delà des inondations… ‘’La réalité en est que l’Onas veut faire de cette école un bassin de rétention, qu’on le dise ou pas’’, fulmine-t-il.

Malgré tous les efforts que le préfet a déployés, à savoir apporter 16 camions de sable pour recouvrir l'eau, le problème reste entier. Directeurs, enseignants et élèves déclarent à qui veut les entendre qu’il est temps que les autorités compétentes règlent une bonne fois pour toutes le problème, même si cela requiert une délocalisation de l’école. 

Car la situation au sein de ces établissements est tout simplement intenable. L’humidité est partout présente. À cela s’ajoutent les immondices. Puisque les camions de ramassage de l’UCG n’arrivent pas jusque dans les écoles  qui sont au bord du gouffre et appellent à l’aide. 

FATIMA ZAHRA DIALLO (STAGIAIRE)

Section: 
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