Publié le 5 Jul 2024 - 15:02
KANEL

Coumba Dialel, l’amazone du Damnga

 

À Kanel, Coumba Dialel représente la figure de Winnie Mandela dans la mémoire collective des femmes. Résolument tournée vers le social, elle est particulièrement engagée dans tous les combats de femmes à travers les nombreux groupements qu'elle dirige dans la commune et dans le département. Dépositaire en son état au poste de santé de Kanel, elle attend toujours son recrutement dans la Fonction publique.

 

Contrainte de stopper prématurément ses études et donnée en mariage à l’âge mineur, Coumba Dialel, de son vrai nom Fatimata Oumar Diallo, était destinée à suivre le sort de l’écrasante majorité des femmes des milieux ruraux. Elle devait rester à la maison, entièrement dépendante d'un mari et donner naissance à plusieurs bouts de bois de Dieu. Mais c’est méconnaître le caractère trempé de la fille d’Aissata Dia et d’Oumar Diallo. Coumba est un antidestin.

Pourtant, ses parents et ses voisins auraient pu, avec un peu plus d'attention, deviner que Coumba était vouée à une trajectoire atypique. Elle était née pour briller. Elle était une élève brillante et particulièrement entreprenante, qui avait les meilleurs résultats de sa classe. ‘’J’étais une élève excellente. J’avais de très bonnes notes en classe, très souvent les meilleurs de la classe, mais j’ai été obligée d’abandonner mes études suite à une décision familiale’’, révèle-t-elle dans un trémolo qui peine à étouffer ses remords.

En effet, la décision de quitter l’école n’était pas la sienne, mais en fille docile et exemplaire, elle se résigna et épousa l’homme qui lui était proposé. Aujourd’hui, elle ne regrette pas d’avoir dit oui à cet homme, qui s’est avéré être un ‘’mari adorable et attentionné’’ avec qui elle a deux enfants : une fille et un garçon.

Brillante élève mariée à 12 ans !

Cet obstacle à ses ambitions majuscules était survenu quand elle faisait la classe de 6e. Elle avait 12 ans et venait de réussir au CFEE et à l’entrée en 6e avec brio. Elle arrivait au collège, les rêves pleins la tête. Hélas, le destin s'acharnait. Mais Coumba refusait toujours de jeter l’éponge.

Après quelques années, Coumba Dialel nourrissait toujours le rêve de reprendre ses études. Ce qui va s’avérer impossible au vu de ses obligations conjugales. Alors, sous une autre forme, Coumba cherchera à se former. C’est dans le domaine de la santé que son étoile la guidera. Elle sera formée sur le tas aux rudiments de la maternité pour être matrone. ‘’La santé était un secteur qui m'attirait particulièrement. Ainsi j’ai fait une formation en santé en me spécialisant à la maternité. J’y ai fait quelques années avant d’aller vers la médecine généraliste où j’ai reçu mon attestation’’, se rappelle-t-elle. Elle deviendra la dépositaire du poste de santé, sur demande de l’infirmier-chef de poste d'alors et par validation du comité de santé. Poste qu'elle occupe toujours en attendant d’être recrutée dans la Fonction publique.

L’énergie dans le social

À l’heure actuelle, Coumba Dialel occupe la fonction de secrétaire générale de l’Association des ‘’ndeyu daaras’’. Elle conjugue son énergie débordante avec celles des femmes volontaires pour venir en aide aux enfants talibés. Périodiquement, des séances de lessive collectives sont organisées pour laver et repasser les habits des talibés. ‘’Notre mission, c’est de veiller sur ces enfants qui sont en réalité les nôtres. Nous sommes des mamans et nous avons ce devoir moral de prendre soin de ces enfants qui, de surcroît, apprennent le Coran’’, dit-elle. Chaque mois, de bonnes volontés contribuent et la somme amassée sert à appuyer les ‘’daaras’’. Dans son quartier, c’est elle qui est la trésorière. Les habitants cotisent pour envoyer un pactole au vénéré marabout de Madina Gounass.

Présidente d'un GIE de 120 femmes

L’autonomisation des femmes  n’est pas qu'un creux slogan chez Coumba Dialel ; c’est une conviction. Gagnant sa vie dignement dans le secteur de la santé, elle nourrit le rêve de changer le quotidien de beaucoup de femmes. Elle a mis sur pied le groupement d’intérêt économique Dar' Ndé Debo qui réunit 120 femmes pour enclencher la création de richesses. Une aubaine pour les femmes qui croulent sous le poids de la pauvreté, les activités génératrices de revenus se révèlent fructueuses. Coumba va étendre ses tentacules à l’échelle départementale en créant le Réseau pour le développement qui compte aujourd’hui plus de 200 adhérentes. Les veuves, les mères célibataires, les femmes persécutées, tout le monde vient et Coumba est là pour les accueillir ‘’à bras ouverts’’.

Avec le nouveau régime en place, Coumba Dialel espère que les conditions des femmes vivant en zones déshéritées seront améliorées. En attendant, elle s'est vue confier la présidence du pool des Sipa (Société d’intensification des productions agricoles) de Kanel et des deux Madina. La mission sera de tenir la dragée haute aux spectres de l’insécurité alimentaire qui rôde toujours dans la partie nord-est du Sénégal.

Djibril BA

Section: 
DISCOURS DE LA HAINE AU SÉNÉGAL - ÉTUDE DE “TOURNONS LA PAGE” Les facteurs déclenchants, recommandations et impacts
"Terou JOJ"
MIGRATION EN MER VERS L'EUROPE : Unreculdeprèsde60%au premier semestre de 2026
NON-RESPECT DES ACCORDS DANS L’ÉDUCATION Le G7 annonce trois jours de grève
Affaire Nourah Ba
MARIE KHONE FAYE (PREMIÈRE DAME) : "Pourquoi je me suis engagée aux côtés des femmes et des filles"
Justice climatique
CORED : L’intelligence artificielle à l’épreuve de l’éthique journalistique
MENACES DE GREVE GENERALE - LE FSDT A MBOUR Mody Guiro hausse le ton face à l'État
Des comprimés de tapentadol saisis dans un bus à Koungheul
IA ET CYBERMENACES : Les États africains face à l’urgence d’une riposte continentale
Affaire Modou Ngom
PARUTION - « A LETTER TO MY YOUNGER SELF » Dix-sept femmes africaines écrivent à celles qu’elles étaient
RENTRÉE SCOLAIRE 2026-2027 À NOTTO DIOBASS : Vingt-trois millions pour les fournitures, des besoins en papier persistent
CONSEIL DES MINISTRES : Diomaye Faye en croisade contre les inondations
RENTRÉE SCOLAIRE 2026-2027 : Les cours reprennent, les inondations retardent encore certaines écoles
LUTTE CONTRE LES VBG : Quand le Sénégal s'inspire du modèle Béninois
EXÉCUTÉS À GIGNY EN 1940 Yali Fall et Souleymane Ly, la mémoire retrouvée
ACCUSATIONS SUR LE FINANCEMENT DES SALAIRES : Sen TV porte plainte contre Cheikh Bara Ndiaye
VIOLENCES CONTRE LES FEMMES ÂGÉES : Des abus encore largement invisibles