Publié le 26 Feb 2025 - 12:03
UN AVENIR SANS CANCER DU COL DE L’UTÉRUS

PROMOUVOIR L’ÉQUITÉ, L’INNOVATION ET LA COLLABORATION

 

« Éliminer le cancer du col de l’utérus signifie riposter. Cela signifie rejeter le statu quo où les femmes en Afrique continuent de porter le fardeau le plus lourd du cancer du col de l’utérus. »

Angélique Kidjo, chanteuse-compositrice primée aux Grammy Awards et ambassadrice de bonne volonté de l’UNICEF  (Extrait de la transcription de la conférence de presse virtuelle sur le cancer du col de l'utérus– 17 Novembre 2021)

Chaque année, le 4 février, le monde célèbre la Journée mondiale contre le cancer, dédiée à la sensibilisation, à l’action et à la réduction du fardeau mondial du cancer. Pourtant, pour des millions de femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire – en particulier en Afrique – l'un des cancers les plus faciles à prévenir, le cancer du col de l’utérus, reste une menace majeure et une cause de décès évitable.1

Bien que des progrès aient été réalisés dans la lutte contre ce cancer en Afrique, il reste encore beaucoup à faire. Le cancer du col de l’utérus, causé par une infection au papillomavirus humain (HPV), est le quatrième cancer le plus fréquent chez les femmes dans le monde.

Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), en 2022, il y a eu environ 660 000 nouveaux cas et environ 350 000 décès dus au cancer du col de l’utérus. La majorité (90 %) de ces décès surviennent dans des régions à ressources limitées et parmi les 20 pays les plus touchés au niveau mondial, 18 se trouvent dans la région Afrique de l’OMS. Et cela, malgré l’existence d’outils capables de prévenir – et même d’éliminer – cette maladie.1

De plus, les femmes vivant avec le VIH ont six fois plus de risques de développer un cancer du col de l’utérus. Or, avec l’incertitude actuelle entourant les aides liées au VIH pour plusieurs pays africains, les femmes africaines seront encore plus vulnérables en 2025.2

Tout problème peut être résolu s’il est traité à sa source. En Afrique, le problème vient du fait que l’accès à des soins de santé de qualité reste limité. Bien que 34 pays africains disposent de programmes de dépistage et de traitement du cancer du col de l’utérus, la qualité des tests est remise en question, car les tests de haute performance, comme le kit ADN HPV, sont souvent indisponibles.3

La vaccination, le dépistage et le traitement existent, mais l’accès inégalitaire continue de mettre en danger d’innombrables vies. En 2022, seuls 28 des 47 pays africains avaient intégré le vaccin contre le HPV dans leurs programmes nationaux de vaccination, et seulement cinq pays avaient atteint un taux de couverture de 90 % pour la première dose.3

S’attaquer à la source

Les objectifs d’élimination du cancer du col de l’utérus 2030 « 90-70-90 » fixés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), visent à garantir que 90 % des filles soient entièrement vaccinées contre le HPV, 70 % des femmes soient dépistées avec un test performant à 35 ans, puis à 45 ans, 90 % des femmes diagnostiquées avec un cancer du col de l’utérus reçoivent un traitement. 4

Depuis son introduction il y a un peu plus de 15 ans, le vaccin contre le HPV joue un rôle essentiel dans la prévention du cancer du col de l’utérus. Pourtant, sa couverture reste inégale à l’échelle mondiale. Les pays à revenu élevé atteignent une couverture vaccinale de 70 à 80 % , de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire sont à la traîne, avec une couverture de l'ordre de 15 à 20 %5

Au cours des dix dernières années, des progrès remarquables ont été réalisés en matière de prévention et de traitement du cancer du col de l’utérus. Le vaccin HPV permet de prévenir jusqu’à 90 % des cas de cancer du col de l’utérus. Pourtant, la couverture vaccinale dans de nombreux pays africains reste bien inférieure aux niveaux recommandés, en raison d’obstacles logistiques, d’un manque de sensibilisation et de priorités sanitaires concurrentes. Nous avons tous la responsabilité de changer cela.

En Afrique, certaines régions montrent des avancées encourageantes. Le Rwanda a atteint un taux de vaccination HPV exceptionnellement élevé, dépassant 90 %, grâce à un programme scolaire et à une forte implication communautaire. D’autres pays africains, comme l’Éthiopie, l’Érythrée, le Botswana, le Cap-Vert et l’île Maurice, ont également réalisé des progrès significatifs, avec des taux de couverture dépassant 70 %. Ces réussites démontrent que l’engagement politique, les partenariats stratégiques et la vaccination scolaire sont des solutions efficaces pour augmenter l’adhésion au vaccin et en améliorer l’accessibilité.6

Les conséquences de l'inaction vont au-delà des patients individuels. Les femmes sont le pilier des économies africaines. Elles prennent soin des familles tout en contribuant au commerce, à l'agriculture et aux réformes socio-économiques. Le cancer exerce une pression immense sur des systèmes de santé déjà surchargés. À l’inverse, investir dans la prévention et le diagnostic précoce permet, de réduire drastiquement les coûts, d’améliorer les taux de survie et de garantir que les femmes restent des acteurs clés au sein de leurs familles et communautés.

L’élimination du cancer du col de l’utérus est un effort collectif

L’éradication du cancer du col de l’utérus nécessite une action collective. Les gouvernements, les ONG, le secteur privé et les communautés locales doivent travailler ensemble, pour s'assurer que chaque fille et chaque femme ait accès à un diagnostic et à des soins vitaux en développant les programmes de vaccination dans les écoles et au sein des communautés. Cela, pour permettre à toutes les filles de recevoir le vaccin contre le papillomavirus et ainsi augmenter l'accès au dépistage à grande échelle.

Les technologies d’auto-prélèvement représentent aujourd’hui une solution révolutionnaire, permettant à davantage de femmes – en particulier dans les zones rurales – d’effectuer un dépistage facilement et en toute confidentialité. Enfin, pour garantir des progrès durables, il est essentiel de former les professionnels de santé, de sécuriser les chaînes d’approvisionnement et d’intégrer le dépistage du cancer du col de l’utérus dans la routine des services de santé.

Notre feuille de route vers l’éradication du cancer du col de l’utérus

L’élimination du cancer du col de l’utérus est à notre portée.  Le Rwanda a déjà démontré que c’était possible. En menant la voie en Afrique, grâce à un fort engagement politique et des partenariats stratégiques, le pays a atteint l’un des taux de vaccination contre le HPV les plus élevés au monde.6

À la Fondation Gates, nous restons déterminés à combler les inégalités en matière de prise en charge du cancer du col de l’utérus et à faire avancer la recherche et les traitements innovants. Pour donner à chacun une chance de mener une vie saine et productive, nous visons à stimuler les innovations qui améliorent la condition humaine en intervenant là où les gouvernements et les entreprises laissent des lacunes. Cependant, nous ne pouvons pas gagner la bataille seuls.

La Journée mondiale contre le cancer nous rappelle à tous l’urgence de réaffirmer notre engagement pour un avenir où plus aucune femme ne mourra d’une maladie évitable. En plaçant l’équité, l’innovation et la collaboration au cœur de nos actions, nous pouvons renverser la tendance face au cancer du col de l’utérus et créer un monde où chaque femme peut vivre pleinement sa vie.

Le moment d’agir, c’est maintenant – car, comme l’a si bien dit la remarquable Présidente Ellen Johnson Sirleaf du Liberia – la première femme présidente en Afrique : « Les générations futures ne nous jugeront pas sur ce que nous disons, mais sur ce que nous faisons.

Par Cynthia Mwase,

Directrice de la Santé pour l’Afrique,

Fondation Gates

Références:

  1. WHO Cervical Cancer Fact Sheet
  2. New York Times – trump Administration Halts HIV Drug Distribution in Poor Countries
  3. The Status of Cervical Cancer Elimination in the WHO African Region
  4. WHO (World Health Organization) 2030 “90-70-90” cervical cancer elimination targets.
  5. Pubmed
  6. World Bank Blog
  7. The Gates Foundation
  8. CDC HPV Page

 

Section: 
Ousmane Sonko : Radioscopie d’une Réussite Exemplaire en Politique
Et si les États-Unis se désengageaient de l’ONU ? 
Analyse des facteurs socio culturels influençant la santé mentale au Sénégal : Défis, représentations sociales et accès aux soins
Quand les épidémies ouvrent la porte aux régimes totalitaires !
Plaidoyer pour une citoyenneté sécuritaire dans nos quartiers et communes dans un contexte de police de proximité !
Pastef doit éviter de mener le pays dans un cul-de-sac
ENTRÉE ET SORTIE DE L'HISTOIRE
De la nécessité de sécuriser nos sites pétroliers offshore
 ‘’Cinq mesures immanquables pour un Sénégal prospère’’
SITUATION SOCIO-ÉCONOMIQUE DU SÉNÉGAL : Quand l'ineptocratie frappe à nos portes
TRANSFORMATION INDUSTRIELLE DU PETROLE DE SANGOMAR PAR LA SAR : UN PAS DE GEANT DU SENEGAL VERS LA SOUVERAINETE ECONOMIQUE
Des interventions contre l’érosion côtière : Cas de la commune de Bargny
Impardonnable!
Projet de tribune portant sur l'élimination de l'onchocercose au Niger : Le triomphe historique du Niger sur la cécité des rivières est une lueur d'espoir pour l'Afrique
Géopolitique : Un nouvel ordre mondial en gestation sans l’Europe
Sos pour le Pont Émile Badiane de Ziguinchor...
FMI : Le Rapport choc sur la complexité de la dette publique : Quels Défis pour le Sénégal et l’Afrique ?
Le rapport de la Cour des Comptes : Un outil citoyen de lutte contre les flux financiers illicites
L’aménagement au défi de tuer la pauvreté…60 ans après.
Authenticité, intégrité et faux dans le monde des archives : Un enjeu de confiance !