Publié le 12 Feb 2026 - 15:40
AFFAIRE FARBA NGOM

Les avocats dénoncent un “piratage d’État”...

 

Le ton était grave et offensif. Le pool d’avocats de Mouhamadou Farba Ngom, député-maire des Agnam placé en détention depuis le 27 février 2025 dans le cadre d’une procédure instruite par le Pool judiciaire financier, a tenu une conférence de presse ce mercredi à Dakar. Au cœur de leur sortie : la saisie et l’exploitation du téléphone portable de leur client, qu’ils qualifient de « violations graves et manifestes » des droits constitutionnels et du secret professionnel.

 

Farba Ngom est poursuivi notamment pour blanchiment de capitaux dans une affaire portant sur des transactions financières suspectes évaluées à plus de 125 milliards de FCFA, selon des éléments communiqués antérieurement par les autorités judiciaires. Malgré une ordonnance de mise en liberté provisoire sous contrôle judiciaire rendue début janvier par le juge d’instruction pour « contestation sérieuse » des faits, le parquet a interjeté appel, maintenant ainsi l’élu en détention.

Ses avocats dénoncent un « traitement inéquitable », estimant que leur client est maintenu en prison malgré des éléments jugés favorables à sa défense. Lors de leur conférence de presse, les conseils de Farba Ngom ont longuement développé leurs griefs concernant la saisie d’un téléphone portable découvert lors d’une fouille inopinée en décembre 2025. Selon Me El Hadji Amadou Sall, membre du collectif, la levée de l’immunité parlementaire aurait été sollicitée « rien que pour un téléphone portable ».

Les avocats affirment que l’appareil aurait été conservé pendant plusieurs jours avant l’audition de leur client. Après le refus de ce dernier de communiquer son code d’accès, le téléphone aurait été « craqué » et son contenu exploité, en dehors de la présence de ses conseils. Pour la défense, ces faits s’apparentent à une perquisition irrégulière et constituent une atteinte grave aux droits de la défense.

Le pool d’avocats s’en est également pris à la ministre de la Justice, qu’il accuse d’avoir publiquement évoqué le contenu du téléphone alors que l’instruction est en cours. « Le ministre de la Justice n’est pas une autorité judiciaire », ont martelé les avocats, estimant que la divulgation d’éléments issus du téléphone constitue une violation du secret des correspondances, notamment des échanges entre l’élu et ses avocats.

Ils annoncent envisager une plainte pour violation du secret professionnel et ont saisi le Bâtonnier de l’Ordre des avocats afin d’arbitrer ce qu’ils considèrent comme une immixtion inédite de l’Exécutif dans un dossier en instruction.

Autre axe d’attaque : la procédure d’arrestation elle-même. Les avocats soutiennent que l’interpellation et la garde à vue de Farba Ngom auraient été menées avant la levée effective de son immunité parlementaire, ce qui rendrait, selon eux, la procédure « nulle de plein droit ». Ils affirment par ailleurs avoir saisi la Chambre d’accusation pour demander l’annulation du réquisitoire introductif et de l’ensemble de la procédure, dénonçant une « orchestration politique ».

La défense a également alerté sur l’état de santé du député-maire. Des rapports médicaux versés au dossier concluraient à une incompatibilité entre son état de santé et la détention en milieu carcéral, selon ses avocats. Malgré cela, le parquet financier aurait systématiquement fait obstacle aux demandes de liberté provisoire. Une situation que le collectif qualifie de « tragédie médicale annoncée ».

Au-delà de l’aspect strictement judiciaire, l’affaire Farba Ngom continue d’alimenter le débat politique. Des soutiens de l’élu ont récemment dénoncé une « détention arbitraire » et annoncé des mobilisations, tandis que la question de la levée de son immunité parlementaire reste au cœur des discussions à l’Assemblée nationale.

En concluant leur conférence, les avocats ont réaffirmé leur conviction que le dossier serait « vide d’éléments incriminants sérieux » et ont promis de poursuivre « la bataille juridique sur tous les fronts ». L’évolution du contentieux devant la Chambre d’accusation et la position définitive du Parlement sur l’immunité du député pourraient désormais constituer des tournants décisifs dans cette affaire à la croisée du judiciaire et du politique.

MAMADOU DIOP

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