Publié le 22 Aug 2026 - 23:22
OUMY GUÈYE - ARTISTE

L’Europe comme nouvelle scène

 

De juin à août, Oumy Guèye a multiplié les scènes en Europe et au Royaume-Uni. De Liverpool à Londres, en passant par l’Italie, l’Allemagne, la Suisse et la France, la chanteuse et rappeuse sénégalaise défend son nouvel EP, « Fleur d’Hibiscus ». Une tournée qui s’inscrit dans un mouvement plus large : celui d’une artiste qui cherche désormais à transformer ses expériences internationales en véritable trajectoire.

 

L’agenda est chargé. Sur l’affiche de son « Europe & UK Tour 2026 », Oumy Guèye aligne les dates et les villes : Bolzano, Gênes, Liverpool, Londres, Munich, Heidelberg, Stuttgart, Florence, Milan, Venise, Bologne, Leipzig, Berlin, Bern, puis Greiz. Une succession de concerts et de festivals qui, de juin à août, emmène l’artiste sénégalaise sur plusieurs scènes européennes. Mais derrière cette série de dates, il y a davantage qu’une tournée de promotion. Pour Oumy Guèye, l’enjeu est désormais de consolider une présence internationale déjà amorcée depuis plusieurs années.

L’une des étapes les plus significatives de ce parcours a été Liverpool. Le 20 juin, Oumy s’est produite à Africa Oyé, l’un des rendez-vous majeurs consacrés aux musiques et cultures africaines et caribéennes au Royaume-Uni. Elle figurait au programme aux côtés notamment de Fatoumata Diawara, Patoranking, Janet Kay, Kizaba et King Ayisoba. Le festival, organisé à Sefton Park, a attiré quelque 80 000 personnes cette année.

Oumy y représentait le Sénégal sur la scène principale. « Je suis très heureuse d’être l’artiste qui représente le Sénégal », déclarait-elle à la chaîne britannique. Quelques jours plus tard, Londres constituait une autre étape importante avec un showcase à la Hope 93 Gallery. Ces rendez-vous britanniques prolongent une ouverture internationale déjà visible dans son parcours récent. Avant cette tournée, Oumy avait notamment été sélectionnée pour le showcase officiel de Womex 2025 à Tampere, en Finlande, un rendez-vous professionnel majeur consacré aux musiques du monde.

Cette tournée intervient surtout autour d’un nouveau projet. Sorti le 3 juillet, « Fleur d’Hibiscus » compte sept titres, parmi lesquels « Sama Khol », « Motto », « Addiction », « No Bayi », « 4 Avril 1960 », « Sur les plages de Saly » et « Fleur d’Hibiscus ». Le projet est crédité à Conscious Music Group et distribué par Warner Music Africa FR. Le disque arrive dans un moment où Oumy cherche à élargir encore son registre.

Elle navigue entre rap, afro-pop et chant, sans vouloir se laisser enfermer dans une seule étiquette. Le single « Motto », sorti fin juin, illustre cette orientation. Le média britannique Record of the Day décrit une chanson portée par des rythmes ouest-africains et une production afro-pop, avec des paroles en wolof et en français. Mais l'internationalisation de son projet ne signifie pas l'effacement de ses repères.

Au contraire. Les différents titres de l’EP font cohabiter introspection, amour de soi, résilience et attachement aux racines. Le projet est ainsi présenté comme celui d’une femme en reconstruction, avec une identité sénégalaise qui demeure au centre de sa démarche.

Une artiste, mais aussi une voix

La tournée actuelle est donc moins une rupture qu’une accélération. Le parcours international d’Oumy avait déjà commencé à se dessiner avant 2026. En 2022, elle a participé au projet My Sahel, porté par les Nations unies, aux côtés notamment d’Amadou & Mariam, Vieux Farka Touré et Bassekou Kouyaté. Elle a ensuite participé à la COP 28 à Dubaï comme ambassadrice artistique du projet. Son passage par Womex en Finlande en octobre 2025 a constitué une autre étape.

Sa sélection officielle l’a placée devant un public de professionnels internationaux de la musique. Dans le même temps, ses morceaux ont continué à circuler sur les plateformes. « Sama Khol », premier extrait de la nouvelle séquence, avait dépassé 1,5 million de vues sur YouTube avant la sortie de « Motto », selon Record of the Day.

Cette ouverture internationale s’appuie également sur un discours artistique qui dépasse la seule musique. Oumy est présentée par Womex comme une rappeuse, chanteuse et activiste dont les textes abordent notamment les violences faites aux femmes, les grossesses non désirées, les mutilations génitales féminines et les violences domestiques. Elle y défend également la place des femmes dans les musiques urbaines.

Cette dimension accompagne son parcours depuis ses débuts et contribue à donner une cohérence à son identité artistique. À Liverpool, l’enjeu n’était donc pas uniquement de présenter quelques chansons à un nouveau public. Il s’agissait aussi de porter une certaine représentation du Sénégal et d’une scène musicale africaine contemporaine.

Changer d’échelle

Avec cette tournée, Oumy Guèye entre ainsi dans une phase où la question n’est plus seulement de sortir des morceaux ou de se produire ponctuellement à l’étranger. Il s’agit de construire un public au-delà du Sénégal et d’inscrire son nom dans les circuits internationaux.

Le dispositif autour de « Fleur d’Hibiscus » va dans ce sens : un label britannique, une distribution par Warner Music Africa FR, une équipe élargie entre le Sénégal et la France, des showcases professionnels et une tournée qui traverse plusieurs pays. Reste maintenant à transformer cette succession de scènes en véritable implantation.

Car une tournée européenne, aussi dense soit-elle, ne suffit pas à consacrer une carrière internationale. Elle en constitue plutôt un test grandeur nature : celui de la capacité d’une artiste à faire voyager son univers, à rencontrer de nouveaux publics et à revenir, de scène en scène, avec quelque chose à leur raconter. Pour Oumy Guèye, l’Europe n’est donc plus seulement une destination. Elle devient désormais un nouveau terrain de jeu artistique.

F. BA

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