Publié le 27 Feb 2017 - 18:19
25E EDITION

L’ombre de Thomas Sankara plane sur le Fespaco

 

Thomas Sankara était l’absent le plus présent samedi au stade municipal de Ouagadougou. Tous ceux qui ont pris la parole à la cérémonie d’ouverture du festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) ont tenu à lui rendre hommage. Ce qui a donné un cachet politique à cette rencontre culturelle.

 

‘’Personne ne se soumet à personne.’’ Voilà la première phrase de Smokey, samedi soir au stade municipal de Ouagadougou. Le rappeur et membre fondateur du mouvement ‘’Balai citoyen’’ a crié ses mots devant le Président Roch Marc Christian Kaboré. Ce qui prouve que  le peuple, aujourd’hui au Burkina Faso, est libre de donner son opinion. Une impression qui s’est renforcée au fil des hommages rendus à Thomas Sankara. Le défunt ‘’révolutionnaire tué par un faux frère’’, comme l’a dit Smokey,  est en train d’être réhabilité en véritable héros du Burkina Faso. Avant, sous l’ère Compaoré, nul n’osait rendre hommage à Sankara publiquement ou au cours d’une cérémonie officielle. Aujourd’hui, ‘’on le chante et on le chantera’’, avertit Smokey. Au cours de sa prestation, il a passé un extrait d’un discours de Sankara ; et c’était l’effervescence totale dans le stade. Tout le monde criait. Il en fut également ainsi, à chaque fois qu’un officiel a rendu hommage au révolutionnaire.

‘’Sankara était l’un des premiers à avoir cru au Fespaco’’, s’est rappelé le maire de Ouagadougou Armand Lorand Pierre Béouindé. Le ministre ivoirien de la Culture, Maurice Kouakou Bandaman, a lui aussi rendu hommage à Thomas Sankara en le citant dans son discours. A l’en croire, il faut faire comme ce dernier pour faire du cinéma un levier de l’émergence. Mais l’hommage le plus original reste celui de son homologue burkinabé. Tahirou Barry a couru de la tribune officielle au podium où il devait faire son discours. Tout le stade riait. Renseignement pris auprès de quelques confrères, l’on a appris que c’est une méthode bien ‘’sankariste’’. Il faut courir pour répondre à l’appel du peuple. Aussi, dans la philosophie de ces derniers, le ‘’protocole’’ n’existe pas. Tout se fait naturellement. D’ailleurs, loin du grand froufrou de ses collègues ministres, il était simplement habillé en chemise et pantalon. ‘’Bienvenue au pays du peuple insurgé, bienvenue au pays de Thomas Sankara’’, a-t-il déclaré sur un ton fier.

Grande attraction de l’ouverture de la 25e édition du Fespaco, Alpha Blondy n’a pas été en reste. Lui aussi a rendu hommage au révolutionnaire et a interprété son titre ‘’journaliste en danger’’. Un morceau en l’honneur de Norbert Zongo, un journaliste ‘’sankariste’’ qu’aurait liquidé le gouvernement de Blaise Compaoré. ‘’Les journalistes, on ne les tue pas, ça devient amer’’, a-t-il lancé sur scène. L’interprétation de ce titre en live, Alpha Blondy en avait fait l’annonce, lors de sa conférence de presse à Ouagadougou, le jeudi 23 février.

C’est pour cela peut-être que samedi à 14h, le stade municipal était presque plein. Il faisait 40 degrés à l’ombre, mais voir Alpha Blondy en valait le coup. Le public semblait timide et ne réagissait pas au cours des prestations des premiers artistes. Mais à chaque rappel du programme, le nom de l’auteur de ‘’Jérusalem’’, titre qu’il a chanté en chœur avec le public, était comme une sonnerie de réveil. On entendait les cris du public de partout. A ce public, Blondy a fait plaisir samedi. Il leur a dédié une chanson spéciale qu’il a jouée en exclusivité pour eux, ‘’Ouaga crack’’.  

BIGUE BOB (envoyée spéciale à Ouagadougou)

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