Le dépassement

Pendant que les supporters des deux pays continuent de se regarder en chiens de faïence, alors que la fédération marocaine de football manœuvre pour corser les sanctions contre le Sénégal, les deux gouvernements semblent plutôt avoir tourner la page de la CAN.
Il suffit de lire la presse marocaine pour se rendre compte que la pilule de la CAN ne passe toujours pas. Tous les prétextes sont bons pour traîner le Sénégal dans la boue, se plaindre devant les instances du football international. De plus, c’est un secret de polichinelle que la fédération marocaine manœuvre ferme pour faire subir au Sénégal des sanctions retentissantes. C’est dans ce contexte que c’est tenu hier à la Rabat,l’ouverture de la 15e session de la grande commission mixte sénégalo-marocaine, co-présidée par le premier ministre Ousmane Sonko et son homologue marocain Aziz Akhannouch. A cette occasion, le Premier ministre sénégalais s’est largement épanché sur les tensions qui ont résulté de la finale de la Coupe d’Afrique des nations. “Cette visite intervient dans un contexte chargé d'émotions sportives, de débordements regrettés et d'images parfois douloureuses pour deux peuples profondément liés. Sa portée historique réside dans la forte capacité des deux États de ne pas laisser l’émotion surplomber et décider du sens”, a plaidé Ousmane Sonko.
Pour lui, ce déplacement ne vise pas seulement à calmer les tensions, il vise à affirmer et à réaffirmer que le sport n'a pas divisé les deux peuples, il a éprouvé leurs liens, mis àl'épreuve l'intensité de deux passions nationales. “Les dérapages observés ne doivent être ni niés ni dramatisés. Ils doivent être requalifiés comme des excès émotionnelles produits par la ferveur et non comme des facteurs politiques ou culturelles”, a ajouté le Premier ministre sénégalais. Parmi les débordements, on a noté certes quelques actes de violences (violences contre un restaurant marocain à Dakar et à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar contre des étudiants marocains). Au Maroc, des actes de violences ont également été perpétrés contre des sénégalais (destruction de biens, actes de racisme, mais aussi la mort d’un compatriote dans des circonstances troubles). Ce qui a poussé Ousmane Sonko a prôné un esprit de dépassement de part et d’autre. “Ce n'est pas un voyage d'apaisement. C'est un voyage de confirmation, de dépassement et de refondation du lien à la hauteur de deux nations qui se respectent. Plus que de clore un incident, nos travaux doivent sceller un avenir commun, réaffirmer que l'amitié sénégalo-marocaine est plus forte que les émotions”, a-t-il insisté.
17 nouveaux accords signés entre les deux États
En matière de signature d’accords avec le Sénégal, le Maroc est en passe de battre tous les records s’il ne l’a déjà fait. Dans le cadre de la 15e session de la grande commission mixte, les deux États ont signé 17 nouveaux accords, qui viennent s’ajouter aux 140 déjà existants. Le Premier ministre Ousmane Sonko a insisté sur la nécessité de veiller à l’effectivité des accords conclus. “La réussite ne saurait se mesurer au nombre d’accords conclus, mais à leur mise en œuvre effective”, a souligné le chef du gouvernement, qui préconise la mise en place d’un Cadre d’échange permanent, l’établissement de bilans d’étapes pour s’assurer de l’état d’avancement dans les différents secteurs. Parmi les accords : un partenariat entre l'Agence marocaine des ports et le Port autonome de Dakar, un mémorandum d'entente en matière de développement des PME, un accord de coopération dans le domaine des infrastructures industrielles, un accord de coopération dans le domaine agricole, un accord de coopération dans le domaine des filières animales, un protocole d'application de l'accord relatif aux transports internationaux routiers de voyageurs et de marchandises, un accord relatif à l’assistance technique dans le domaine des autoroutes, un accord cadre relatif aux bourses d'étude, de stage et de partage d'expertise…. La liste est loin d’être exhaustive.
Un déjeuner royal
Et comme pour témoigner de l’excellence des relations entre les deux pays, le roi Mohammed VI a offert un déjeuner en l’honneur du Premier ministre sénégalais et de la délégation qui l’accompagne. Ont pris part à ce déjeuner les membres de la délégation sénégalaise dont le ministre de l’Intégration africaine, des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur, le ministre en charge de l’Economie Abdourahmane Sarr, le ministre de l’Agriculture Mabouba Diagne, entre autres. Côté marocain, il y avait notamment le président de la Chambre des représentants, Rachid Talbi El Alami, le président de la Chambre des conseillers, Mohamed Ould Errachid, le conseiller du roi, Omar Kabbaj, le ministre des Affaires étrangères, de la Coopération africaine et des Marocains résidant à l’étranger, Nasser Bourita et l’ambassadeur du Royaume du Maroc au Sénégal, Hassan Naciri.
EnQuête a appris que le Premier ministre Ousmane Sonko a eu un long tête à tête avec le ministre marocain des Affaires étrangères. Le sort des 18 Sénégalais arrêtés en marge de la finale de la Coupe d’Afrique des nations aurait été abordée au cours de ces échanges. Rappelons que le procès de ces supporters est prévu ce 29 janvier à Rabat, après un premier renvoi. Il y a quelques jours, leur avocat Me Patrick Kabou faisait part de ses craintes quant à la tenue du procès à cause de la grève des avocats au Maroc. Mais l’espoir reste grand quant à la libération prochaine de ces compatriotes. Par contre, renseignent nos sources, rien a filtré sur le dossier du Sénégalais Cheikh Charles Diouf trouvé mort à Rabat dans des circonstances troubles.
MOR AMAR






