Publié le 28 Dec 2014 - 20:15
ENTRETIEN AVEC BENOIT SAMBOU, MINISTRE CONSEILLER DU PRESIDENT LA REPUBLIQUE

‘’Notre devoir est de laisser le Président se concentrer sur la gestion de pays’’

 

Dans cet entretien, le ministre conseiller Benoît Sambou se prononce sur les relations entre l’Apr et ses alliés et les reproches faits à Macky Sall de prendre fait et cause pour les alliés, au détriment de son parti. Il s’exprime aussi sur les attaques de l’ex-président Abdoulaye Wade et les attentes du PSE, entre autres sujets d’actualité.

 

Monsieur le ministre, il est de plus en plus question de l’élection présidentielle 2017 au sein de la classe politique. Comment appréhendez-vous ces joutes électorales ?

 De manière très sereine. Une élection est un rendez-vous entre un homme et son peuple. Le président Macky Sall a été élu sur la base d’un projet, sur la base d’un programme. Il sera jugé sur la base des engagements qu’il a eu à prendre et sur le contrat ficelé avec les Sénégalais. Si le bilan est positif, je ne vois pas ce qui peut empêcher sa réélection. Nous sommes d’autant plus sereins que le président est en train de répondre de manière pertinente aux préoccupations des Sénégalais. Aujourd’hui, avec le Plan Sénégal émergent (PSE) qui est un instrument majeur de réalisation du Yoonu Yokkute, le président est sur la bonne voie.

A propos de cette échéance, comment appréciez-vous la passe d'armes actuelle entre le Ps et l'Apr. Pensez-vous comme certains que les alliés, notamment le Ps, doivent se déterminer pour 2017 ? Quelle est votre position dans le débat ?

Il y a des débats qui ne participent pas à installer un climat de confiance entre alliés et qui nous éloignent des préoccupations du chef de l’Etat. Le président Macky Sall nous a toujours appelés à la générosité et au renforcement des bases du partenariat avec les partis de la mouvance présidentielle. De ce point de vue, je considère que ces passes d’armes entre certains responsables de l’Apr et du Ps sont inutiles et indisposent au plus haut niveau. Il faut que les uns et les autres comprennent que les élections locales sont derrière nous. C’est un combat d’arrière-garde qui n’engage que ceux qui le portent. Le pays a besoin de calme et de sérénité.

D'aucuns reprochent au chef de l’État de prendre fait et cause pour les alliés au détriment des apéristes ?

Le président Macky Sall est convaincu de la nécessité de construire le Sénégal avec toutes ses forces vives et pour cela, il faut s’élever au dessus des contingences politiciennes. Il est clair que dans un compagnonnage aussi large, il y a un besoin permanent d’équilibrage et d’arbitrage. Les positions de certains partis ou de responsables peuvent évoluer en fonction du contexte et des ambitions des uns et des autres. Le mérite du Président Macky Sall est d’avoir de la considération et du respect pour tous. Notre devoir est de le laisser se concentrer sur la gestion de pays.

Mais au sein de l’Apr, on reproche souvent aux alliés de ne pas mouiller le maillot. Partagez-vous cet avis ?

J’ai beaucoup de respect pour les alliés. Ce sont des partis souverains qui ont leur mode de fonctionnement. Bien sûr, nous aurions souhaité que sur toutes les questions, il y ait un soutien sans faille à l’action du président. Puisqu’au sein du gouvernement, les partis alliés siègent. A l’Assemblée nationale, nous avons le même groupe parlementaire. Donc, forcément, nous portons ensemble la politique du chef de l’Etat. C’est vrai qu’il y a eu un déficit de communication au sein des différentes coalitions : Macky 2012, Benno Bokk Yaakaar et nous Apr.

Ce que le président de la République est en train de rectifier. Il y a deux mois, nous avons tenu deux séminaires de mise à niveau. Nous allons vers un autre séminaire qui consistera à mieux organiser notre coalition. A ce niveau, ce qui est gênant, c’est de voir des alliés prendre le contre-pied de la politique du gouvernement. Cela pose un problème de cohérence et de cacophonie. Il faut faire les arrangements nécessaires et renforcer notre communication avec les alliés pour qu’ils soient au même niveau d’information et d’implication.

Vous avez parlé du PSE, mais vous n’êtes pas sans savoir que la situation économique est difficile. Pensez-vous que Macky Sall a les réponses aux défis économiques qui se posent ?

Aujourd’hui, le PSE a pour objet de créer les conditions d’un pays développé qui réalise les conditions de bien-être des populations, en s’appuyant sur trois éléments fondamentaux : le développement économique par la mobilisation d’investissements au service de la construction de notre pays ; par la redistribution des retombées de cette croissance ; en faisant en sorte que, sur le plan social, les Sénégalais des profondeurs, toutes les couches sociales puissent bénéficier de manière équitable des fruits de notre croissance, des fruits de leur labeur.

Le troisième élément, c’est de faire en sorte que par la bonne gouvernance, nous puissions inscrire de manière durable notre pays à l’aune des nations les plus fortes. Parce que, encore une fois, ce qui a le plus fait mal à notre pays, c’est la mal gouvernance, la dilapidation des ressources. En s’inscrivant sur ces trois axes, le président est en train de créer les conditions d’un monde rural qui participe à l’effort de développement et qui est en train de se transformer. Mais aussi de faire en sorte que la problématique de l’emploi, qui est l’une des plus difficiles à prendre en charge, puisse être réglée. Il n’y a pas de secret, il faut créer les conditions de l’investissement. L’investissement générant la croissance. La croissance créant les conditions de l’emploi.

A propos de l’emploi, le président avait fait des prévisions. A mi-mandat, on est loin des chiffres avancés. N’y a-t-il pas un retard ?

Sur les prévisions, je ne vois pas sur quoi les gens se basent pour dire qu’il y a un retard. Dans le programme Yoonu Yokkute, les prévisions s’étalaient sur 7 ans. Aujourd’hui, il a décidé de réduire son mandat. La logique voudrait qu’on revoie à la baisse ces prévisions de 500 000 emplois sur 7 ans. Mais, ma conviction est qu’au bout de 5 ans, le président aura posé les bases et les jalons du respect de cet engagement. Toutes les conditions s’y prêtent. Le PSE est la réponse pertinente. La problématique de l’emploi interpelle tous les dirigeants du monde.

Un monde qui est en crise. Dans le secteur de l’agriculture, il y a la possibilité de dépasser largement les 300 000 emplois. Le programme des domaines agricoles prioritaires, qui a pour soubassement de valoriser les métiers du secteur, va permettre aux jeunes sénégalais de trouver du travail. L’autre chantier important est le secteur de l’artisanat. Les artisans vont être bien formés et vont acquérir le matériel adéquat à même de leur permettre de répondre convenablement aux besoins de la commande publique. Si nous ne nous laissons pas rattraper par les questions politiciennes, on peut juguler le problème du chômage.

L’actualité politique reste dominée par les attaques d’Abdoulaye Wade contre le régime de Macky Sall. Comment appréciez-vous ces sorties de l’ancien président de la République ?

Abdoulaye Wade est dans son rôle. C’est ce qu’il a toujours su faire : exister par les effets d’annonce et la désinformation, pour occuper l’espace public, en tout cas pour gêner les régimes en face desquels il s’est retrouvé. Cela a été le cas avec Senghor et Diouf. Aujourd’hui, il est devenu l’opposant de Macky Sall. C’est vrai qu’il est très préoccupé par le sort de son fils, qu’il veut sortir du mauvais pas dans lequel il est. Et pour cela, il est prêt à tout.

C’est le dernier combat de sa vie et il considère qu’il doit coûte que coûte sauver Karim de la justice. Il a commencé par tenter de politiser cette affaire qui est essentiellement judiciaire. Ne l’ayant pas réussi, il tente d’en faire une affaire de famille. Ce qui est malheureux. Il n’est pas acceptable qu’un citoyen, fût-il un ancien président, puisse apostropher ou menacer le président en exercice du Sénégal. C’est à condamner. Il faut qu’il comprenne que les Sénégalais ont tourné la page Abdoulaye Wade. Maintenant, il faudrait que le gouvernement reste concentré sur sa mission et ne se laisse pas divertir par les acrobaties de Me Abdoulaye Wade.

Mais justement, on se rend compte que les membres du gouvernement, à commencer par le Premier ministre, passent le temps à réagir aux sorties et aux apostrophes de Me Wade. Notamment dans les dossiers Arcelor Mittal et Petro-Tim. Ne sont-ils pas en train de faire son jeu ?

Il faut reconnaître à Wade qu’il a réussi à installer ce mauvais débat. La presse a tellement parlé de cette question qu’il était important que le gouvernement puisse rétablir la vérité des faits. Les ministres en charge de l’Energie, des Mines et des Finances ont réagi pour rétablir la vérité. Le Premier ministre est intervenu pour clore le débat. J’invite personnellement mes camarades de parti et le gouvernement à ne plus parler de cette question. On en a assez parlé et cela nous éloigne des préoccupations des Sénégalais. Il ne faut pas laisser Wade et le Pds nous divertir. C’est un faux débat qu’il faut clore.

-Vous n’avez pas réussi à déloger Abdoulaye Baldé de la mairie de Ziguinchor, lors des Locales. Quelles sont vos ambitions pour cette région ?

Mes ambitions pour cette région restent intactes. Je n’ai jamais eu la préoccupation du rôle que je peux jouer, ni de la station que je peux occuper. Mon engagement pour la Casamance ne date pas d’aujourd’hui, parce que ma conviction est qu’une Casamance développée et une Casamance de paix peuvent jouer un rôle extrêmement important pour le développement de ce pays. Ce combat est éternel et il continue. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas réussi à déloger Abdoulaye Baldé que tout s’arrête. Nous avons, malheureusement par des dissensions en interne, fait en sorte que les Ziguinchorois n’ont pas pu adhérer à notre discours, à notre démarche.

C’est nous qui avons créé les conditions de notre défaite, maintenant, il faut en tirer les conséquences, repartir sur de nouvelles bases et comprendre qu’aujourd’hui la seule préoccupation que nous devons avoir tous est de réélire le président de la République et de faire en sorte que les ambitions qu’il a pour la Casamance puissent se réaliser. Aujourd’hui, Ziguinchor est en train d’être transformée. Le réseau routier est en train d’être repris.

La RN6 est en train d’être construite. Deux navires sont arrivés et ils vont marquer un tournant pour le désenclavement de la région. Ils ont des capacités d’emport de 13 camions par navire. Cela va permettre aux productions de sortir rapidement de la Casamance. A côté, il y a le programme pôle de développement de la Casamance. Pour dire qu’une Casamance de paix appelle des investissements importants dans la région pour que les populations puissent trouver dans les actes des gouvernants les conditions de leur bien-être.

Des avancées ont été notées dans le dossier Casamance. En ce 32e anniversaire de l'éclatement du conflit, pensez-vous que Macky Sall va réussir là où ses prédécesseurs ont échoué? Et selon-vous comment parvenir à une paix ?

Le Sénégal et les populations de Casamance ont assez soufferts de ce conflit qui est sûrement le plus vieux en Afrique. La Casamance a besoin de paix et le Sénégal a besoin de pouvoir compter sur toutes ses ressources, notamment celles qu’offre la région Sud, pour son développement. Il nous faut donc arriver au plus vite à une paix définitive. Je félicite le Président Macky Sall pour les résultats à ce jour obtenus.

En privilégiant le dialogue, la concertation et la discrétion, je pense que le Président est sur la bonne voie. Aussi, il a compris que le développement de la Casamance est le seul gage d’une paix durable. Maintenant, il faut que tout le monde joue franc jeu, car si ce conflit perdure, c’est également parce que les acteurs sont innombrables et certains intérêts inavoués.

Gaston Coly

 

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