Publié le 4 Jun 2012 - 21:43
IBRAHIMA SALL, MINISTRE DE L’ÉDUCATION NATIONALE

''Si le quantum horaire n’est pas atteint ...''

 

Après avoir réussi à sauver in extremis l’année scolaire, le ministre de l’Éducation nationale, Ibrahima Sall a un autre défi à relever : la qualité des diplômes. Dans cet entretien accord à EnQuête, M. Sall prévient qu’il ne va pas accepter les examens si le quantum horaire n’est pas atteint.

 

 

M. le ministre, peut-on dire que le sauvetage de l'année scolaire n'a pas été facile ?

 

D’abord, je voudrais remercier l’ensemble des acteurs notamment les syndicats (d’enseignants) qui ont fait preuve de patriotisme, mais aussi toutes les personnes qui se sont impliquées, les chefs religieux, le président Amadou Makhtar Mbow des Assises nationales, les organisations de la société civile, les parents d’élèves. Il faut savoir qu’une année blanche nous aurait coûté au bas mot 300 milliards de francs Cfa qu'on ne pourrait pas rattraper. Parce qu’il y aurait des flux, des surcharges de classes énormes. Dans cette situation, ce sont le plus démunis qui l’auraient le plus senti. Si j’avais attendu seulement 10 jours, l’année blanche aurait été inévitable.

 

 

Comment ?

 

Quand j’ai pris fonction, j’ai pris langue avec les syndicalistes et démarré les négociations de manière officieuse avant même que je forme mon cabinet. C’est par la suite que j’ai rencontré les responsables syndicaux et discuté sur les plate-formes. Nous sommes tombés d’accord. Dès que je suis arrivé, les syndicalistes ont dit qu’ils me font confiance. C’était une première, mais aussi un challenge parce que je suis tenu de dire ce que je fais et faire ce que je dis.

 

 

Quels sont les termes de l’accord ?

 

Nous leur avons dit qu’on a hérité d’une situation économique difficile et qu’il n’était pas possible de tout faire. Néanmoins, le gouvernement s‘est engagé à négocier avec eux. D’abord, voir les points d’accord conclus avec l’ancien régime et qu’on peut résoudre. Pour le reste, nous allons essayer d’établir un calendrier. Ce sont des termes de références assez compliqués, mais rassurez-vous, nous allons ouvrir bientôt les négociations. Dès cette semaine, nous allons envoyer des convocations aux différents syndicats pour qu’on se mettre autour d’une table avec le ministre de la Fonction publique et de l’Économie et des Finances.

 

 

Concrètement, qu’est-ce qui est possible de faire et qu’est-ce que ne l’est pas ?

 

Ce que je peux dire, c’est qu’on ne peut pas tous les ans avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je vais essayer pour qu’on ait des rencontres d’anticipation qui nous permettront de discuter des questions du secteur. Ça, c’est un point. Le deuxième point, ce sont les Assises de l’éducation. Nous allons mettre d’abord un comité préparatoire et en faire des Assises inclusives qui vont réunir les enseignants, les parents d’élèves, l’organisation des Daaras, etc. L’objectif sera d’abord de pacifier l’espace scolaire, d'avoir un programme de développement de l’école et d'améliorer les conditions des enseignants.

 

 

Vous avez réaménagé le calendrier scolaire pour permettre à tout le monde de faire les examens. Pensez-vous que vous parviendrez à atteindre le quantum horaire ?

 

À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle. Ce sont les services techniques composés de gens qui ont 30 à 40 ans d'expérience qui ont proposé le réaménagement, en accord avec les élèves qui ont choisi les dates. Ce sont les enseignants eux-mêmes, en accord avec les élèves, qui ont choisi ces dates. Il n’est pas permis d’ailleurs pour le ministère d’accepter des examens si le quantum horaire n’est pas atteint. Il sera atteint, selon le découpage du calendrier et nous allons prendre toutes les dispositions pour que les diplômes ne soient pas au rabais. Il n’y aura pas bâclage.

 

 

La COSYDEP a attiré l'attention sur d'éventuelles perturbations des cours durant la campagne pour les législatives, compte tenu du fait que certains enseignants sont engagés en politique.

 

Non, je peux tout de suite dire qu’on ne permettra pas à des enseignants de liquider l’école pour aller faire la politique. Nous seront intransigeants là-dessus. Nous ne pouvons pas mettre en péril l’avenir des enfants pour les questions électorales. Nous allons prendre toutes les dispositions pour que les gens soient dans les classes et que le quantum horaire soit atteint. Encore que tous les enseignants ne sont pas des politiciens.

 

 

Au-delà de ce fait, des arabisants se plaignent d'une circulaire qui les empêche de passer des concours de l'EFI...

 

Cette circulaire émane du chef de service de ce département. Mais pour des raisons humanitaires, j'ai décidé d'abroger la circulaire en question. Mais, il faut savoir qu'il y a 250 baccalauréats arabes qui sont délivrés et même vendus par les écoles franco-arabes. C'est pourquoi dès l'année prochaine, nous allons convoquer tous les acteurs pour mettre de l'ordre dans ce secteur.

 

 

Pape Diop et Farba Senghor ont été entendus par la section de recherche de la gendarmerie aujourd’hui (l’entretien a été réalisé le jeudi) dans le cadre des biens mal acquis. Quelle lecture en faites-vous ?

 

D’abord, il faut souligner que le président Macky Sall a été injustement attaqué pendant des semaines par des individus qui ont perdu les élections et qui devaient avoir l’élégance de se taire. Il y a des gens qui devaient creuser un trou pour s’y cacher.

 

 

Pourquoi ?

 

C’est parce qu’ils ont tellement fait du tort au pays. Ils ont détourné des sommes énormes. Il y a des individus qui étaient pauvres et qui sont aujourd’hui riches comme Crésus et qui ne peuvent pas le justifier. Ils ont dilapidé les biens du pays et se permettent d’attaquer celui qui a été élu de manière démocratique. Pour des raisons politiciennes, on ne doit pas déstabiliser le régime. Nous ne l’accepterons pas. Il n’est pas acceptable que des prédateurs de l’économie se mettent à nous attaquer injustement. Nous riposterons prochainement. Je parle en ma qualité de président de la coalition Macky 2012. Le président de la République mérite respect. Il faut que ceux qui ont quitté aient l’élégance d’Abdou Diouf qui, après son départ, n’a jamais prononcé le nom de Wade.

 

 

Mais est-ce que Me Wade n’est pas en droit de faire cette sortie puisqu’il s’estime attaqué par votre camp ?

 

Pour ma part, tout ce que je pensais à propos de Wade, je l’ai dit durant la campagne. Je le respecte en tant que personne et chef de l’État, mais s’il ne respecte pas le président Macky Sall, nous serons obligés de riposter. Je ne sais pas qui a attaqué le président Wade.

 

 

Me Wade estime que sa famille et lui font l’objet d’acharnement de la part de l’actuel régime. Il vous réclame même ce qu’il considère comme ses véhicules ?

 

(Il coupe net) Écoutez, ces histoires de véhicules, laissez-les de côté. Ce sont des broutilles par rapport à ce qu’ils ont fait. Ce sont des sommes énormes qui ont été détournées dans le pays. C’est l’arbre qui cache la forêt. Ce n’est pas parce que qu’on a levé un lièvre qu’il n’y a pas un lion caché derrière.

 

 

C’est quoi le lion ?

 

Vous savez, il y a tellement de choses qui n’ont pas été tirées au clair. C’est le dossier de l’ANOCI, des grands projets dont certains ont été réactivés par la Justice. Vous verrez que par rapport à ce qui sera révélé, les véhicules sont des broutilles.

 

 

Parlons de gestion. Pouvez-vous nous faire l’inventaire de votre Département ?

 

Nous sommes en train de faire l’État des lieux, ce n’est pas encore terminé. Quand nous aurons terminé, nous allons faire une conférence de presse. Il y a des questions majeures qui ont été posées sur le recrutement, sur les ressources humaines.

 

 

C’est-à-dire ?

 

On ne peut pas dans un ministère embaucher des gens à tour de bras pour des raisons politiques. Nous allons mettre un terme à ça.

 

 

Est-ce qu’on peut connaître le nombre de personnes dans cette situation ?

 

Pour l’instant, je ne peux avancer de chiffre. En tout cas, je peux dire que beaucoup de choses seront mises sur les rails et que le Ministère de l’Éducation ne sera plus un domaine privilégié pour un régime qui se met à embaucher des gens en fonction de leur appartenance politique. Moi je ne le ferai pas. Ces choses seront portées à la connaissance. C’est mon devoir.

 

 

Il y a beaucoup de frustrations au sein de Benno Bokk Yaakaar liées aux investitures. Est-ce que cela ne peut se retourner contre vous ?

 

Toute le monde est frustré. Même Macky Sall est frustré par ce partage parce qu’il n’a pas pu investir tous les membres de son parti sur les listes. Moi, j’aurais voulu avoir plus de gens dans le système, à l’Assemblée nationale, au gouvernement parce que le MODEL est un grand parti. Je me suis donné corps et âme ainsi que tous les alliés, mais on ne peut pas avoir tout ce que l’on veut. On n’a pas gagné pour partager le gâteau. Nous sommes un gouvernement de mission qui va se mettre au service des Sénégalais. Ce n’est pas le moment de se battre pour des postes.

 

 

Que pensez-vous du maintien ou non du Sénat alors que les Assises nationales proposent sa suppression ?

 

(Il coupe) Personnellement, je suis contre la suppression du Sénat. Je suis pour son maintien.

 

 

Pourquoi ?

 

Parce que le Sénat ne nous coûte que 7 milliards alors que le téléphone du président Wade, c'était 30 milliards. Alors que le Sénat réformé permettra - je ne le cache pas - de caser du personnel politique ; aussi permettre aux personnes âgées qui le peuvent d'apporter une expérience dans le domaine de la politique ; servir de guide au gouvernement. Pour toutes ces raisons, le Sénat doit être reconduit. C’est ma conviction.

 

 

Dans l’opposition, vous aviez toujours dénoncé le fait que plus de la moitié des sénateurs soit nommée par le président de la République.

 

Oui, c’est sûr que la Sénat ne sera pas reconduit sur la forme actuelle.

 

DAOUDA GBAYA

 

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