Moody’s alourdit l’alerte

Nouvelle dégradation pour le Sénégal. Moody’s a ramené de Caa2 à Ca ses notes d’émetteur à long terme et de dette senior non garantie en devises étrangères. L’agence confirme, en revanche, la note à long terme en monnaie locale à Caa2 et fait passer la perspective de négative à stable. La décision a été annoncée le 29 octobre, dans un contexte de négociations sur le traitement de la dette publique.
Au cœur de cette révision : les pertes que pourraient subir les créanciers privés extérieurs. Moody’s estime désormais qu’elles seraient compatibles avec une fourchette de 35 % à 65 %. Il s’agit d’une anticipation de l’agence, et non de conditions de restructuration déjà arrêtées avec les détenteurs de titres.
Le périmètre envisagé pour la restructuration pèse dans cette appréciation. Les autorités sénégalaises ont annoncé vouloir exclure la dette libellée en monnaie locale. Pour Moody’s, cette exclusion concentrerait l’effort demandé sur les autres créanciers. L’agence considère que le rétablissement de la soutenabilité nécessiterait un allègement allant au-delà d’un simple réaménagement des échéances.
La distinction entre les deux catégories de dette explique le maintien de la note Caa2 pour les engagements en monnaie locale. Cette confirmation ne signifie toutefois pas que leur remboursement serait dépourvu de risques. L’agence souligne leur exposition persistante aux difficultés de trésorerie de l’État.
Moody’s attire également l’attention sur les tensions entre l’exécutif et le Parlement. Le soutien parlementaire limité aux politiques du gouvernement pourrait, selon son analyse, compliquer l’adoption de mesures nécessaires au programme négocié avec le Fonds monétaire international, notamment les textes budgétaires.
Un retard dans leur approbation pourrait décaler la validation du programme et les décaissements attendus. L’agence y voit un facteur susceptible d’accentuer les tensions de liquidité à court et à moyen terme, y compris sur les engagements en monnaie locale.
Le passage à une perspective stable accompagne donc une note abaissée. Moody’s met en balance les risques liés à la restructuration et les protections offertes par l’appartenance du Sénégal à l’Union économique et monétaire ouest-africaine. Celle-ci atténue certains risques monétaires et extérieurs, tout en préservant un accès au financement régional.
Pour envisager une amélioration, l’agence attend notamment des pertes moins importantes que prévu pour les créanciers privés et, après la restructuration, un redressement budgétaire reposant sur une mobilisation durable des recettes. À l’inverse, un traitement de la dette plus coûteux pour les prêteurs ou des retards prolongés du programme du FMI pourraient exercer une nouvelle pression sur la notation.






