Publié le 27 Jun 2012 - 20:13
REVELATIONS DE NOGUI

"Avant d'être mannequin, j'étais sans papier et j'ai dormi dans la rue"

 

Paris, une journée de juin, où les éléments semblent s’être déchaînés. La combinaison du léger vent froid avec un crachin discontinu transforme l’après-midi de printemps en une scène hitchcockienne angoissante. L’attente devant le lieu du rendez-vous semble interminable. Soudain le ciel s’éclaircit avec l’apparition d’une silhouette filiforme, à la démarche élégamment chaloupée.

 

«Je suis Nogi», se présente t-elle, en courbant son 1,83 m pour «claquer» la bise. On va s’asseoir à l’intérieur?» Rendez-vous était pris au Café du commerce dans le XVe arrondissement de la capitale française, où la jeune sénégalaise est venue participer à des défilés et faire des photos.

 

«Je sors d’une séance photos pour Valège (marque de lingerie, Ndlr)», s’excuse-t-elle presque, pour justifier son retard. Malgré ses 23 ans, la jeune femme a un visage d’adolescente, sur lequel règne des yeux subtilement globuleux, sublimés par ses cheveux rasés de près, d’un blond artificiel. Ses lèvres sont ostensiblement pulpeuses. Des tatouages au cou viennent se perdre sur sa peau mate, fruit d’un métissage sous régional ouest-africain (ses ancêtres sont Sénégalo-Mauritaniens).

 

L’attirail du parfait mannequin est complété par des jambes interminables croisées et décroisées à la même cadence que le regard récurrent qu’elle jette sur son téléphone et qui trahit une gêne que son sourire ne parvient pas à dissimuler.

 

«Cherche un vrai travail ou un autre toit»

 

Que de chemin parcouru. De son enfance à Pikine, dans la banlieue dakaroise, elle se souvient que ses formes étaient souvent moquées, car pas toujours conformes aux canons sénagalais de beauté de la drianké (la femme aux formes arrondies). Le temps d’une traversée de l’Atlantique, elle a l’impression de prendre une revanche sur ce passé douloureux en étant «une icône de beauté, au point d’en vivre».

 

Son parcours n’a pourtant pas été sans embûches. Arrivée à la mode «comme une évidence», dès l’âge de 17 ans, elle a commencé à défiler à Dakar. Cette passion lui permettra de travailler pour la styliste Oumou Sy et lors de la Dakar Fashion Week. Après plusieurs succès et une réputation naissante, elle choisit de partir en Europe et particulièrement à Milan, «l’une des capitales de la mode».

 

«Le Portugal fut ma porte d’entrée vers l'Europe, en avril 2010», se souvient-elle. Le soir même de son arrivée, elle prit la direction de Turin (Italie) pour rejoindre un oncle qui l’hébergeait, le temps de chercher une agence de mannequins, indispensable pour travailler dans la mode en Europe.

 

Malheureusement les relations se sont rapidement détériorées avec sa famille du fait «d’une incompréhension et de la mauvaise réputation du milieu de la mode, chez beaucoup de Sénégalais». On lui enjoint d’aller «chercher un vrai travail ou un autre toit».

 

C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée à la rue. Et c’est le début des galères. «Mon visa d’un mois était arrivé à terme. Je ne pouvais pas travailler, parce que les agences de mannequinat ferment pendant l’été pour rouvrir en octobre et je n’avais plus d’argent pour me payer l’hôtel.»

 

Livrée à elle-même, elle dormira dans la gare centrale de Milan, pendant trois nuits. Bonjour tristesse n’évoque pas seulement pour elle le nom d’une fiction romanesque mais une vraie réalité. Une période difficile mais qui l’a réconciliée avec l’espérance grâce à des rencontres fortuites.

 

«D’abord, celle un concitoyen qui m’accueillie chez lui, sans contrepartie, juge-t-elle utile de préciser. Puis, avec un Italien du nom de Maurizio qui m’a permis par la suite de mettre un pied dans le métier. Il connaissait le patron de l’agence Urban. Après quelques essais, j’ai commencé à travailler pour eux.»

 

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